Voyager sans mettre sa conscience en vacances

Bolom Ajaw, Etat de Chiapas
6 décembre 10 - Cette année, pour la Journée Internationale des Droits humains du 10 décembre 2010, Peace Watch Switzerland et Peace Brigades International se penchent sur la question du "Tourisme et droits humains au Mexique". Une soirée est notamment organisée le 9 décembre 2010 à Berne sur la cette thématique
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conférence du 9 décembre 2010

Mexique, Stéphanie Giauque/PWS et PBI - Nombreux sont celles et ceux qui, dès les premiers jours d’hiver, rêvent de vacances au soleil. On peut alors être tenté de profiter de l’une des offres alléchantes proposant de passer Noël sous les tropiques. Au Mexique, par exemple ! Mais comme l’idée de poser sa serviette aux côtés de milliers d’autres n’est pas très tentante, une option peut être de choisir une offre d’écotourisme. Dès lors, pourquoi ne pas porter son choix sur l’Etat du Chiapas, que le New York Times qualifie de nouvelle destination à la mode, accessible à toutes les bourses : « Le Chiapas est bon marché ! Les villages indigènes sont florissants et les prix y sont bas ! ». S’imaginer déambulant entre les ruines mayas de Palenque, dans une végétation luxuriante, tout en dégustant une succulente quesadilla, fait rêver. Et pourtant, cette destination de rêve cache une réalité bien moins ensoleillée.

Loin des plages bondées de Cancun ou d’Acapulco, l’État du Chiapas, dans le sud-est mexicain, possède de nombreux attraits touristiques que le gouvernement souhaite développer pour en faire une des destinations phares des voyageurs avides de culture et de nature. Ses nombreuses cascades, ses réserves naturelles et la culture maya de ses populations indigènes sont mises en avant dans le cadre de projets « d’écotourisme » qui, selon le gouvernement, permettront à l’État et aux autochtones d’assurer leur développement.

Le plan pour un Centre Intégralement Planifié de Palenque (CIP) prévoit, par exemple, le développement d’un méga projet touristique. Celui-ci englobe six municipalités où huit circuits touristiques, écologiques, culturels et de luxe devraient voir le jour. Même si l’exotisme des populations indigènes mayas sont mises en avant comme appâts à même d’attirer les touristes, celles-ci n’ont pas été intégrées dans le développement du projet et n’en toucheront aucune retombée économique. Pire, la mise en place de ce projet nécessite l’acquisition de territoires appartenant aux communautés locales.

Par exemple, à Bolom Ajaw où le gouvernement du Chiapas cherche à tout prix à acquérir un terrain lui permettant de construire un hôtel de luxe et d’exploiter les impressionnantes cascades de ce site paradisiaque. Seul hic pour les magnas de « l’écotourisme », le territoire de Bolom Ajaw a été récupéré, en 1994, par les populations autochtones qui y travaillent la terre et la protègent. Puisque ces populations ne vendront jamais leurs terres, le gouvernement a mis en place une stratégie visant à les acquérir, quitte à violer les droits de ses habitants-es légitimes. A cet effet, il passe par l’intermédiaire d’un groupe paramilitaire au nom trompeur, l’Organisation pour la Défense des Droits Indigènes et Paysans (OPPDIC), chargé d’intimider les populations locales jusqu’à ce qu’elles cèdent la zone qui sera ensuite revendue au gouvernement. A cette fin, l’OPPDIC a monté une coopérative « d’écotourisme », permettant de blanchir et de légitimer la transaction.

Depuis 2007, année du lancement du projet touristique CIP Palenque, les attaques à l’encontre de la population de Bolom Ajaw se succèdent : exactions, enlèvements, mises en détention arbitraires. La population vit quotidiennement dans la peur d’actes de représailles. Des observateurs internationaux accompagnent depuis lors les communautés afin d’éviter de nouvelles attaques.

Même si à première vue, l’écotourisme semble être une alternative séduisante au tourisme de masse, il peut parfois cacher une réalité beaucoup moins reluisante, faite d’expropriation des terres et d’exacerbation des tensions entre communautés indigènes. Et ceci peut être le cas aussi bien aux Maldives, à Goa, qu’au Mexique. Le choix d’une destination de rêve n’est donc pas évident.

Ce n’est pas pour autant que valises et crèmes solaires doivent rester tout l’hiver au placard. Pour éviter de tomber dans les travers de la planète tourisme une seule recommandation, s’informer. La recherche d’informations sur la situation sur place permet de faire un choix conscient et de développer un tourisme équitable donnant véritablement une place centrale aux communautés locales et au respect des écosystèmes. Les sites www.tourismconcern.org.uk et www.fairunterwegs.org donnent par exemple de précieuses informations sur de nombreuses destinations tout en posant une réelle réflexion sur la question du tourisme et des droits humains. Être bien informé permet de voyager sans mettre sa conscience en vacances.

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