Violence domestique, intervention fébrile de l’Etat turc

Affiche de la campagne officielle de l’Association Human Rights Watch en Turquie.
21 mars 12 - Le Parlement turc vient de voter une loi pour la protection des femmes contre la violence domestique, qui touche près de 40% d’entre elles. Un texte encore trop léger pour les organisations féministes.

Istanbul, Jürgen Gottschlich/InfoSud - La fréquence est intense, intenable : chaque jour cinq femmes turques sont tuées par leur mari, leur concubin ou par un proche. Selon les chiffres officiels, la violence domestique s’est même intensifiée au cours des dix dernières années. Un rapport de l’ONU publié en 2011 montre que cette violence toucherait 39% des Turques, et en première ligne les crimes d’honneurs.

Face à ce constat alarmant, le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a dû se saisir du dossier. Après de longs débats, le parlement a adopté le 8 mars dernier une loi visant à mieux protéger les femmes contre la violence domestique. Un texte qui s’appliquera quel que soit le statut marital : mariée, divorcée ou simplement en couple. Sur le plan légal, la police sera habilitée à répondre à un danger imminent, même sans mandat. Les femmes pourront aussi être placées deux mois avec leurs enfants dans des refuges. Les hommes ayant été violents seront munis d’un bracelet électronique. Par la suite, les autorités pourront aider les femmes dans la recherche d’un emploi et d’un nouvel appartement. Sur ordre d’une cour, les femmes pourront aussi acquérir une toute nouvelle identité pour les protéger des persécutions. En outre, les policiers seront spécialement formés pour gérer ce type de violence.

« Il était très important d’adopter une nouvelle loi pour mieux protéger les femmes », explique Dilek Karal de l’organisation des femmes (USAK). Si les organisations de défense des droits des femmes qui ont fait campagne pendant des années saluent cette avancée, beaucoup restent sur leur faim. Selon elles, les maux sont plus profonds et un changement de mentalité est nécessaire. Notamment au niveau de la police qui au lieu de protéger les victimes de violences a plutôt tendance à les dissuader de porter plainte. Un combat à mener aussi au niveau de l’éducation. « Il faut absolument commencer à la maternelle et à l’école. » Dans le cadre de cette nouvelle loi, des cours sur les droits des femmes et l’égalité de sexes seront instaurés. Or, l’adoption de cette nouvelle loi coïncide avec un vif débat sur ​​la réforme de l’école, qui selon l’avis de nombreuses féministes pourrait restreindre sérieusement les chances de formation de jeunes filles. En réduisant la durée de la scolarité obligatoire, elles craignent que les filles finissent dans des écoles religieuses ou professionnelles, ou restent tout simplement à la maison.

La famille d’abord

Dans les pages du quotidien « Radikal », l’avocate Hülya Gülbahar souligne que plusieurs revendications de la plateforme « Pour mettre fin à la violence » - composée de 24 organisations féministes et impliquée dans le projet de loi – ont disparus dans la version finale du texte. Une version allégée où la protection des gays et des lesbiennes a disparu. Et où les refuges pour femmes qui devaient être crées dans chaque ville ne sont restés qu’à l’état de promesse.

Mais la plus grande critique porte sur l’esprit même de la loi qui est désormais plus axée sur la notion de famille que de femme. Originellement intitulé « Protection des femmes et des membres de la famille », le texte a été rebaptisé « Protection de la famille et la prévention des violences contre les femmes ». Pour les militants, il est évident qu’ainsi elle concerne avant tout la famille et ne donne pas assez de protection à la femme en tant qu’individu. Derrière ce repositionnement, beaucoup voient l’influence du parti au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP). Une formation issue de la mouvance islamiste, qui a clairement fait comprendre que l’unité familiale passait avant tout.

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