Une série télévisée indonésienne combat l’extrémisme dans les prisons et dans les chaumières

Les prisons indonésiennes sont l’endroit par excellence où le football rassemble les gens tout en faisant obstacle à l’extrémisme. © thecommongroundblog.com
20 février 12 - L’organisation internationale Search for Common Ground (SFCG) propose, via une série produite pour la télévision, de nouvelles façons de résoudre les conflits dans la vie de tous les jours.

Jakarta, Suci Haryati*/CGNews - De nombreuses personnes diront que le football est autant une expérience spirituelle qu’une activité physique. Comme on le voit lors de la coupe du monde et autres championnats régionaux ou interclubs, le football peut en effet faire bouger les gens dans un sens à la fois positif et négatif. Positif : parce qu’il rassemble des personnes de différents milieux pour partager une activité. Négatif : parce que le fanatisme de certains supporters peut dégénérer en violence. Au fond, on peut même dire pour plaisanter que ce sport est une véritable religion.

Le football a de nombreux adeptes dans le monde musulman. Il s’y est infiltré dans la culture, les universités, l’art, la politique et la religion. C’est le cas, pour la religion, en Indonésie.

Le jeu de la boule de feu est sans doute l’exemple le plus extrême de fusion entre religion et football. Ce jeu consiste à utiliser une coquille de noix de coco enflammée en guise de ballon de foot. On pratique ce sport un peu partout en Indonésie, dans les régions de Yogyakarta, Bogor, Tasikmalaya et Papua, pour célébrer l’arrivée du Ramadan, période de jeune pour les musulmans. Le rituel qui précède la partie est tout aussi important pour les joueurs que la partie elle-même. C’est un rituel spécial, qui les rend supposément insensibles au feu. Ils doivent notamment jeuner durant la journée, sur une période de 21 jours, réciter des prières particulières, éviter des mets cuisinés au feu et ceux qui contiennent des produits d’origine animale (œufs et viande). Ils doivent aussi jeuner une fois, pendant 24 heures, sans dormir.

Etant donnée son importance en Indonésie, le football a le potentiel de démontrer aux musulmans du pays – qui est actuellement en proie au radicalisme religieux et à l’extrémisme – que travailler ensemble pour atteindre des objectifs communs, c’est beaucoup mieux que de recourir à la violence. Il est important de combattre les idéologies radicales et extrêmes, surtout dans les endroits où elles ont une chance de se développer et de se répandre.

Les prisons indonésiennes – terrain de prédilection des terroristes en détention qui y répandent activement leur idéologie - sont l’endroit par excellence où le football rassemble les gens tout en faisant obstacle à l’extrémisme. Les autorités indonésiennes admettent volontiers qu’elles ont des difficultés à arrêter la propagation des enseignements radicaux dans les prisons. En général, les détenus optent pour la confrontation plutôt que pour des solutions collaboratives, dans les conflits où leurs différences sont en cause. Cela les rend vulnérables aux idéologies qui justifient et encouragent le radicalisme.

C’est pour ces raisons, que l’organisation internationale Search for Common Ground (SFCG) qui se consacre à la résolution de conflits, a produit, en collaboration avec l’administration pénitentiaire indonésienne, une petite série télévisée intitulée Tim Bui (L’équipe de la prison). L’histoire se passe en Indonésie, dans une prison fictive, et incite les téléspectateurs à envisager de nouvelles façons de résoudre les conflits dans leur vie de tous les jours.


L’équipe pénitentiaire de football et son coach dans la série Tim Bui .
© thecommongroundblog.com

Tim Bui, raconte la vie dans une prison. L’intrigue de chaque épisode évolue autour de deux gardiens qui ont des approches différentes face aux conflits – notamment raciaux et religieux. Les problèmes de race et de religion surgissent dans la vie de tous les jours du fait de l’incompréhension entre les gens d’origines différentes, de leur tendance à stéréotyper et de leur manque d’information les uns sur les autres. Le héros de l’histoire - l’un des gardiens - se met au football pour donner l’exemple d’un nouveau modèle de comportement coopératif. Cette mini-série aborde aussi d’autres questions telles que la réforme institutionnelle, la corruption et l’égalité des sexes.

Selon Sugeng Wahyudi, réalisateur de la série, qui travaille pour SET, coproducteur local de SFCG, « le football est un moyen de réaliser un objectif, de parvenir à un but commun et à l’unité. Le football, c’est un tiers de chance, un tiers de talent et un tiers d’amitié. » Quant au producteur exécutif, Garin Nugroho, il a fait remarquer qu’une « série dramatique qui se passe dans une prison, c’est intéressant, puisqu’on dit en général que les prisons sont un melting-pot de différentes valeurs non démocratiques. Cette série montre des valeurs chères aux téléspectateurs, surtout ceux se trouvant dans des zones de conflit, [elle montre] aussi des émotions liées au sentiment d’appartenance à une communauté et la façon dont on canalise son agression, etc. »

Les épisodes de Tim Bui font partie d’un ensemble de feuilletons intitulé The Team, produit par SFCG, dans plusieurs pays et récompensé par un prix. Le concept est de joindre l’attrait universel des êtres humains pour le football et les feuilletons dans le but de faire changer les comportements sociaux et de diminuer les aptitudes à la violence dans les pays en proie à de profonds conflits. Chaque série évolue autour du foot et de personnages qui doivent surmonter leurs différences – qu’elles soient culturelles, ethniques, religieuses, tribales, raciales ou socio-économiques – pour travailler ensemble et gagner la partie. Les derniers pays où des épisodes de The Team ont été tournés sont l’Angola, le Népal, le Pakistan (où le sport en question est en fait le cricket), le Zimbabwe et enfin l’Indonésie.

Les premiers commentaires reçus des autorités pénitentiaires qui ont été consultées pour le tournage de Tim Bui ont été positifs dans leur ensemble. Si cette série remporte autant de succès que ses contreparties dans les autres pays, elle deviendra alors une nouvelle force positive avec laquelle il faudra compter – une force qui mettra en difficulté les pourvoyeurs d’idéologies radicales.


* Suci Haryati est la responsable principale du programme de Search for Common Ground en Indonésie. Le tournage de Tim Bui a été lancé le 9 février et la série sera diffusée sur la chaîne MetroTV dès le 26 février.

Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 17 février 2012, www.commongroundnews.org

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