Une guerre de Gaza dans un Proche-Orient en feu

La bande de Gaza a une taille équivalente au canton de Genève avec une population de plus de 1’6 million d’habitants. DR
24 juillet 14 - Faute de processus de négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, la guerre a repris dans la bande de Gaza. Le contexte régional, lui, a changé avec la montée aux extrêmes du conflit entre sunnites et chiites qui met le feu à l’ensemble du Croissant fertile, du Liban au Golfe persique.

Frédéric Burnand/Swissinfo.ch - Comme en 2006, 2009 et 2012, la bande de Gaza s’est retrouvée ce mois de juillet 2014 sous le feu de l’armée israélienne, suite à des tirs de roquettes par la branche armée du Hamas et d’autres groupes palestiniens.

« Le but stratégique est de faire cesser les tirs. On s’y emploie militairement, tant que la voie diplomatique échoue. Mais nous continuons, dans les coulisses, à travailler pour arriver, malgré tout, à appliquer le plan de cessez-le-feu égyptien », assure ce jeudi à swissinfo.ch Yigal Palmor, porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères (dirigé par Avigdor Libermann), qui précise parler au nom du gouvernement Netanyahou dans son ensemble.

Spécialiste de longue date du Proche-Orient, docteur en relations internationales à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), Pascal de Crousaz estime que cette prise de position est crédible : « Benjamin Netanyahou n’est pas vraiment un va-t’en guerre, contrairement au centriste Ehud Olmert et ses alliés travaillistes qui menèrent fin 2008 début 2009 une guerre dévastatrice pour les civils de Gaza. Dès le début de l’offensive israélienne, le Premier ministre israélien a fait savoir qu’au calme, il répondrait par le calme. Autrement dit, si le Hamas cessait ses tirs de roquettes, Israël cesserait son offensive militaire. »

Le meilleur plan, selon le gouvernement israélien

Yigal Palmor précise à propos de l’initiative égyptienne : « Jusqu’à présent, c’est le meilleur plan. Il jouit d’un très rare consensus de la Ligue arabe, de l’Union européenne, des Etats-Unis et d’Israël. Ce qu’il faut préserver. Il y a là un objectif diplomatique d’une très grande importance et une volonté de beaucoup d’acteurs de le voir se réaliser. »

Mais quid des Palestiniens ? « Impossible dans les conditions actuelles qu’il y ait une délégation palestinienne avec des représentants du Hamas », répond le porte-parole israélien.

Pascal de Crousaz nuance : « Même si dans sa charte (1988, ouvertement antisémite, ndlr) le Hamas rejette le droit d’exister à Israël, dans les faits, les chefs politiques du Hamas ont fait clairement savoir qu’il était possible de conclure avec l’adversaire une trêve de longue, voire très longue durée. Mais le Hamas n’entend pas mettre fin à ce round de confrontation sans obtenir dans un accord de cessez-le-feu au moins un allègement du blocus israélo-égyptien qui étouffe Gaza depuis des années et transforme ce territoire surpeuplé en une prison à ciel ouvert. »

Diplomate palestinien et directeur exécutif du Centre de Genève pour la promotion des droits de l’homme, Imad Zuheiri enfonce le clou : « Le Hamas est un acteur de la scène politique palestinienne. C’est une réalité. Malgré toutes les différences que nous avons avec les gens du Hamas, dans la vision, dans la tactique et même la stratégie, nous avons trouvé un accord avec nos frères du Hamas et des autres formations politiques palestiniennes. En tant que membre du Fatah, nous devons agir comme des gens responsables. Nous sommes dans un processus de réconciliation nationale. »

Et le diplomate palestinien d’ajouter : « Le programme est le même pour tous : la création d’un Etat palestinien. Les moyens peuvent différer. Ce n’est pas facile après des années de rupture de revenir à une réconciliation. Surtout quand Israël fait tout pour la détruire, comme le montre ce qui se passe actuellement à Gaza, une offensive qui fait suite à la composition d’un gouvernement d’union nationale. »

L’Etat palestinien dans les organisations internationales

Ces guerres à répétition ont démarré après le retrait unilatéral et sans négociation des Israéliens de la bande de Gaza en 2005. Mais le ver est dans le fruit depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948, comme l’explique sur son blog hébergé par Rue89, Jean-Pierre Filiu, professeur d’histoire à Sciences-Po (Paris) et auteur d’une Histoire de Gaza parue en 2012.

Avec ce dernier conflit, la création d’un Etat palestinien parait plus éloignée que jamais. Le gouvernement Netanyahou – le plus à droite de l’histoire d’Israël – n’a jusqu’ici guère montré de volonté réelle de négocier avec l’Autorité palestinienne et d’abandonner sa politique de colonisation, comme l’a montré l’initiative mort-née du ministre des Affaires étrangères américain John Kerry lancée l’année dernière.

Côté palestinien, on n’y croit guère non plus, vu l’échec de la lutte armée et les bien maigres résultats de l’option diplomatique choisie par l’Autorité palestinienne. Et ce, même en collaborant sur le plan sécuritaire avec le gouvernement israélien.

Mais tout n’est pas encore perdu, estime Imad Zuheiri : « Il y a une 3e option, la voie légale avec l’ONU, la Cour pénale internationale et d’autres instances internationales. Ce champ juridique est très riche. L’Autorité palestinienne va poursuivre dans cette direction, en plus de la diplomatie et d’autres formes de résistances qui respectent le droit international humanitaire. » Depuis la reconnaissance en 2012 de la Palestine par l’ONU et son Conseil de sécurité comme Etat observateur non membre, la diplomatie palestinienne tisse sa toile dans le système onusien avec des possibilités nouvelles en terme d’action légale. « Nous avons déjà ratifié une quinzaine de conventions internationales », précise Imad Zuheiri.

La guerre de trop dans un Proche-Orient en feu

Reste à mesurer l’impact de la guerre de Gaza sur un Proche-Orient en passe d’être recomposé par la guerre toujours plus intense que se livrent sunnites et chiites avec l’Arabie saoudite d’un côté et L’Iran de l’autre. En témoigne l’émergence d’un califat auto-proclamé à cheval entre la Syrie et l’Irak. Un territoire mouvant contrôlé par les djihadistes de l’Etat islamique (EI) et leur chef Abou Bakr Al-Baghdadi.

Pour l’heure, l’impact semble limité, selon Pascal de Crousaz : « En théorie, la guerre de Gaza pourrait évoluer en vase clos. Pour les habitants de la région et en particulier le Croissant fertile qui va du Liban au Golfe persique, le grand enjeu, c’est l’affrontement par alliés locaux interposés entre l’Arabie saoudite et l’Iran, avec sa dimension religieuse et géopolitique. L’Etat tampon que constituait l’Irak est disputé par les deux camps depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, suite à l’invasion américaine. »

Le spécialiste du Proche-Orient avertit : « En cas d’aggravation extrême du conflit à Gaza, aujourd’hui ou dans quelques mois, ou d’un nouveau soulèvement en Cisjordanie, les étincelles du vieux conflit israélo-palestinien risque d’embraser encore plus une région qui n’est pas prête de retrouver la paix. Outre le Liban d’où sont partis quelques tirs sur Israël, le maillon faible, c’est la Jordanie.

C’est l’un des rares pays qui échappent au conflit sunnite-chiite. Le pays est en grande majorité sunnite. Mais la Jordanie est en équilibre précaire avec 20% de sa population constituée de réfugiés syriens et une grande partie des Jordaniens d’origine palestinienne. Par ailleurs, une petite minorité des habitants est réceptive au message de l’EI, dont les troupes sont à la frontière est de la Jordanie. »

Une perspective dont ont parfaitement conscience les gouvernements de la région, comme les Occidentaux, selon Pascal de Crousaz.

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