Un séisme fait le beurre de la mafia

Finale Emilia, ville martyrisée par le tremblement de terre. © 2012 http://actualite999.fr
31 août 12 - Trois mois après le tremblement de terre qui a touché la région d’Emilie-Romagne, la reconstruction s’organise. Une aubaine pour les clans mafieux.

Florence, Wolf H. Wagner/InfoSud - Fin mai, la terre tremble à plusieurs reprises en Emilie-Romagne, poumon économique de l’Italie. Les pires secousses qu’a connues cette région du nord-est de la péninsule : 15 personnes tuées, 200 blessées et plus de 6’000 sans-abris. Aujourd’hui, les stigmates du séisme sont encore visibles partout au pays du parmesan, du vinaigre balsamique et des voitures de luxe transalpines. De nombreux quartiers des villes touchées restent inaccessibles à leurs résidents. Dans les lieux les plus sinistrées comme Cavezzo, Mirandola et Mendolla, des habitants vivent toujours dans les « Tendepoli », ces villages de tentes bleues érigés par la protection civile.

Mais un peu partout, la reconstruction s’organise. Une véritable mine d’or en ces temps de crise qui attise l’appétit des organisations criminelles. Fortement impliqués dans le milieu du bâtiment - grâce à leurs entreprises de construction, de terrassement, de transport et d’élimination des déchets - les clans mafieux veulent s’accaparer une belle part du gâteau. Une manne conséquente : le coût de la reconstruction s’élève à près de 10 milliards d’euros.

Spectre d’Aquila

Juste après le séisme, le président de la région d’Emilie-Romagne a promis que la reconstruction commencerait rapidement et serait bien faite. Mais le spectre du tremblement de terre d’Aquila en 2009 fait peur à Vasco Errani. Il craint qu’une grande partie des fonds publics finissent dans les poches du crime organisé avec comme résultat, au mieux des bâtiments et des maisons reconstruits à la va-vite, avec des matériaux de mauvaise qualité qui en cas de nouvelles secousses – fort probables dans la région – ne résisteraient pas au choc.

Ravagée il y a trois ans, l’Aquila semble toujours à l’abandon, après que la mafia ait raflé plusieurs contrats de reconstruction. En juillet 2010, un réseau criminel lié à la mafia napolitaine soupçonné de vouloir profiter des travaux de reconstruction de l’Aquila a été démantelé. Plusieurs entreprises et immeubles ont été saisis pour une valeur de 100 millions d’euros.

La mafia est déjà active

Pour le journaliste Giovanni Titien, les clans sont déjà à l’œuvre : la ’Ndrangheta, la Camorra et les clans Longo-Versace et Mancuso se sont réparties les communes les plus touchées par le séisme. « La mafia est tout simplement plus rapide que notre bureaucratie », regrette ce fin connaisseur de la région. Il enquête depuis 5 ans sur les ramifications de la criminalité organisée dans le nord de l’Italie. Une présence forte et tentaculaire. Les clans ont profité de la crise économique pour racheter des entreprises et étendre leurs activités vers le Nord du pays. Chaque année, la mafia réalise un profit de 150 milliards d’euros, soit 10% du PIB italien. Un business florissant qu’elle protège jalousement. Giovanni Titien vit sous constante protection policière.

Super-flic sur le coup

Face aux agissements de la pieuvre, l’Etat italien s’organise. Le vice-président de la police de Bologne, Francesco Cirillo, a mis en place une commission spéciale pour combattre le travail de la mafia dans la reconstruction de la région d’Émilie-Romagne. A sa tête, Cono Incognito, un super-flic anti-mafieux, célèbre pour son rôle dans l’arrestation de deux « parrains » de la Cosa Nostra sicilienne, Bernardo Provenzano et Salvatore Lo Piccolo.

Mais pas sûr que cela suffise. La stratégie de la mafia est bien huilée. Des firmes locales et légales répondent aux appels d’offre de l’Etat pour la reconstruction des bâtiments résidentiels et industriels en proposant des tarifs incroyablement bas. Une sous-enchère possible grâce à des filiales aux mains de la mafia qui exploitent des travailleurs illégaux, venus parfois d’Europe de l’Est.

Selon Franco Zavatti, responsable de la Confédération générale italienne du travail (CGIL), l’un des plus gros syndicat du pays, près d’un tiers des entreprises de transport enregistrées dans la région d’Emilie-Romagne sont des sociétés écrans qui n’ont même pas de place de parking. Et quand on creuse un peu, on tombe souvent sur des propriétaires inscrits en Campanie et en Calabre, fiefs de plusieurs clans mafieux.

Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  Impressum  |  contact
Palais des Nations, Bureau S-84  |  Avenue de la Paix 8-14  |  CH-1211 Genève 10  |  T: +41 22 917 29 30  
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire le temps L´Orient-Le Jour Geopolitis swissinfo LE COURRIER rue 89 Slate Afrique ipsnews