Toujours plus d’enfants palestiniens dans les prisons israéliennes

Arrestation d’un enfant palestinien par l’armée israélienne. DR
18 juin 13 - Près de 700 enfants palestiniens sont emprisonnés tous les ans, le plus souvent pour des jets de pierres. Ils encourent jusqu’à 20 ans de prison. Maltraités physiquement et psychiquement, ils voient leurs droits les plus élémentaires bafoués, dénonce l’Unicef dans un rapport.

Genève, Carole Vann/InfoSud - Agé de 14 ans à peine, Muhannad a déjà passé six mois de sa vie en prison, pour des jets de pierres. Les soldats l’ont emmené un jour d’avril 2012 lors d’un affrontement entre jeunes Palestiniens et forces israéliennes. Lui n’avait pourtant rien fait, plusieurs témoins le confirment. Muhannad n’est que l’un de ces 700 enfants palestiniens emprisonnés et brutalisés chaque année par l’armée israélienne.

Poursuivis pour la majorité d’entre eux pour jets de pierres, ils sont systématiquement déférés devant un tribunal militaire et peuvent encourir jusqu’à 20 ans de prison. Ils sont maltraités physiquement et psychiquement, et leurs droits les plus élémentaires sont bafoués. L’Unicef (Fonds des Nations unies pour l’enfance) vient de publier un rapport accablant. Tandis que, la semaine dernière, des observateurs internationaux, réunis à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève (Iheid), tiraient la sonnette d’alarme.

Coupés de tout contact

« Dans aucun autre pays les enfants ne sont ainsi systématiquement jugés par des tribunaux militaires pour mineurs qui, par définition, ne fournissent pas les garanties nécessaires au respect de leurs droits », précise le rapport. « En l’espace de dix ans, environ 7000 enfants, majoritairement des garçons âgés de 12 à 17 ans (vivant en Cisjordanie), ont été détenus, interrogés, poursuivis et/ou arrêtés par le système judiciaire militaire israélien. »

Ivan Karakashian, coordinateur de Defence for Children International-Palestine (DCI), une association spécialisée dans le plaidoyer des droits des enfants palestiniens, raconte : « Généralement, des soldats lourdement armés font irruption chez eux en pleine nuit, les arrachent de leur sommeil, leur bandent les yeux et leur lient les mains avant de les emmener. Ils sont interrogés plusieurs jours, coupés de tout contact extérieur, même d’un avocat, ce qui est en violation des lois internationales. Israël a pourtant ratifié en 1990 la Convention sur les droits de l’enfant. »

Et de poursuivre : « Jeter une pierre n’est pas considéré comme un crime sous la loi civile israélienne, qui peut juger un enfant dès 14 ans. Ceux des colons ne seront pas arrêtés pour cela. Mais, pour les enfants palestiniens, c’est la loi militaire qui s’applique, et ce dès l’âge de 12 ans. »

« Il n’y a pas de Palestiniens »

Selon Riccardo Bocco, professeur à l’Iheid, on ne peut pas comprendre la répression contre les enfants palestiniens sans se pencher sur le système israélien : « Des soldats qui sortent de l’enfance doivent arrêter des gosses à peine plus jeunes qu’eux. Alors qu’on leur a rempli la tête avec l’idée qu’ils font partie de l’armée la plus morale du monde, ils sont amenés à commettre des actes immoraux. Pour rendre cela possible, l’ennemi est totalement déshumanisé. C’est schizophrénique, avec des conséquences très graves sur le long terme. »

Cette situation, Avihai Stollar l’a vécue il y a quelques années. Il est aujourd’hui membre de Breaking the Silence, un mouvement créé en 2004 par de jeunes ex-soldats israéliens qui, traumatisés par ce qu’ils avaient été amenés à faire durant leur service dans les territoires occupés, ont décidé de témoigner. « Nous étions envoyés en Cisjordanie, sans aucune idée des « règles du jeu » sur place. Nous obéissions aux ordres, et voyions les choses en noir et blanc, comme on nous l’avait appris. Or le système qu’on nous inculque ne fait pas la distinction entre enfants et adultes. Ils sont tous considérés « terroristes ». Nous ignorions d’ail­leurs l’âge des enfants. Et, si l’un de nous hésitait ou semblait avoir une lueur de conscience, il était accusé de soutenir les Palestiniens. Il faut savoir que, dans le discours israélien, il n’y a pas d’occupation, il n’y a même pas de Palestiniens. »

Lorsque Avihai a décidé de rompre le silence, il a dû, comme les autres, se confronter à la désapprobation des siens. « La société israélienne ne tolère aucune critique envers l’armée. Le gouvernement nous qualifie de traîtres, et cherche par tous les moyens à nous étouffer. »

Pour Richard Falk, rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, « ces jeunes soldats sont finalement aussi des victimes du système militaire israélien ».

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