Tortures, enlèvements : le rapport qui accable l’armée égyptienne

11 avril 13

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Février 2011 (le 11, plus précisément) : l’armée égyptienne triomphe. Les chars sont entourés d’une foule en liesse qui clame, avec fierté :

« Le peuple et l’armée, une seule main. »

Elle apparaissait alors comme la garante de la révolution populaire qui a renversé Hosni Moubarak.

Même si son image a été ternie par la période de transition, l’armée égyptienne demeure une institution pour laquelle les Egyptiens ont toujours de l’estime. (« Ils sont plus nobles et plus respectueux que les policiers », me disait-on). Or un nouveau rapport commandé par le président Morsi, au mois de juillet, et dont le site The Guardian a pu se procurer un chapitre, montre que les forces armées égyptiennes ont participéà des enlèvements et tortures lors du soulèvement de 2011.

Le rapport présenté au président Mohamed Morsi au mois de janvier n’a pas encore été rendu public. Pourquoi ? Le comité composé de 16 membres émet-il des conclusions trop embarrassantes pour l’armée égyptienne ? L’équilibre du pouvoir serait-il menacé par la publication de ce rapport à charge ?

Le premier chapitre récupéré par le Guardian et diffusé ensuite dans les médias égyptiens recommande pourtant au gouvernement de prendre ses responsabilités, en examinant quels officiers, subalternes, policiers militaires ont commis ces crimes. Plus de 1.000 personnes, dont de nombreux prisonniers, auraient disparu durant les 18 jours de la révolte. Certains ont été retrouvés plus tard dans les morgues avec des traces de balles de plomb ou de torture. Beaucoup d’autres ont tout simplement disparu, laissant derrière eux des familles désespérées.

Témoignages à charge

Dans le premier chapitre mis en ligne en arabe par le Guardian, les membres du comité rapportent plusieurs témoignages accablants. Le site britannique a surligné les passages où les forces armées sont explicitement mis en cause.

Mohamed Mehdi Issa, originaire du gouvernorat de Beni Souef, n’a aucune nouvelle de son fils depuis le 30 janvier 2011. Ce jour-là, son fils Ayman était en route pour son travail à Gizeh quand il a été arrêté par les forces armées au check-point de Dahshour, sur la route du désert, à 7h30. Il a ensuite été détenu au poste de police d’Al Haram.

D’après le rapport, le père savait que l’officier de l’armée du poste de police avait rédigé une note stipulant qu’un pistolet avait été confisqué et que son fils avait été envoyé à la police puis à la prison militaire. Depuis, l’enquête est en cours et Mohamed ignore si son fils est encore en vie.

En recoupant plusieurs témoignages, « le comité a constaté que certains civils détenus au check-point de Dahshour par les forces armées ont ensuite été transférés au poste de police, puis ont disparu sans laisser de trace. »

Dans le musée égyptien du Caire, des Egyptiens ont également été détenus par des militaires avant d’être torturés, poursuit le comité.

Selon Hossam Bahgat, directeur de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne, « ce chapitre révèle de nouveaux incidents extrêmement inquiétants qui mettent en cause l’armée dans des graves violations des droits de l’homme (…) On y découvre le rôle joué par les forces armées pour soutenir Moubarak contre les manifestants, du 28 janvier à la première déclaration militaire qui appuyait les manifestants le 10 février. »

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