Syrie : « Chacun se prépare à l’échec du plan Annan »

Syrie : résistants au gouvernement de Bachar Al-Assad. © 2012 melty.fr
26 avril 12 - Alors que l’ancien secrétaire général de l’ONU présente ses résultats, la situation sur le terrain s’aggrave.

Luis Lema/Le Temps - Le déroulé des événements a au moins le mérite de la clarté. Quelques heures avant que Kofi Annan se réunisse avec le Conseil de sécurité de l’ONU pour l’informer des progrès obtenus en Syrie, l’armée syrienne semait l’horreur dans un quartier de la ville de Hama, tuant près d’une trentaine de personnes. Deux jours plus tard, c’était au tour de Douma, une banlieue de Damas. Dans les deux cas, des observateurs de l’ONU étaient auparavant passés par là, soulevant l’espoir de la population et l’irruption de manifestations antigouvernementales.

Vidéo publiée le 24 avril 2012 par euronewsfr.

L’espoir est brisé : comme le montrent les vidéos de l’opposition postées sur Internet, une nouvelle visite d’observateurs, mercredi, a provoqué beaucoup moins d’engouement populaire dans une Hama qui pleurait ses morts. « Les gens savent qu’ils seront arrêtés ou tués s’ils s’approchent (des observateurs de l’ONU) », résumait un militant, le visage caché par un foulard.

Dans une salle du Conseil de sécurité de l’ONU qu’il connaît bien, Kofi Annan n’avait pas tenté d’enjoliver la situation mardi soir. « Notre patience a été poussée très près de ses limites », a notamment affirmé l’ancien secrétaire général, en tentant toutefois de défendre un plan de paix qui donne toutes les apparences d’avoir d’ores et déjà échoué. « Il y a encore une chance d’étendre et de consolider l’arrêt des violences », a-t-il voulu croire, en rappelant l’objectif de porter à 300 le nombre d’observateurs de l’ONU déployés, alors qu’ils ne sont pour l’instant qu’une quinzaine sur le terrain. « Les observateurs ne voient pas seulement ce qui se passe, mais leur présence a aussi le potentiel de changer la dynamique politique », assurait encore Kofi Annan, selon les comptes rendus de la réunion qui ont transpiré au siège des Nations unies à New York.

Mais est-ce seulement une affaire de nombre ? Alors que la Syrie a multiplié jusqu’ici les entraves au déploiement complet des observateurs (ergotant notamment sur leur nationalité), la question semble pourtant s’être déplacée ailleurs. « Chacune des parties impliquées est déjà en train d’anticiper l’échec du plan Annan », explique Shashank Joshi, du Royal United Services Institute à Londres, qui, comme la plupart des spécialistes de la question, donne très peu de chances de réussite à cette initiative. De fait, rarement un médiateur n’aura eu si peu de moyens d’action à sa disposition. « Pour mener une bonne négociation, il faut être muni d’un bâton et d’une carotte, rappelle le chercheur. Or Kofi Annan n’a ni l’un ni l’autre. »

Le Ghanéen sentira-t-il bientôt dépassé son propre « seuil de patience » ? « Kofi Annan suit une stratégie que les Arabes ont résumée dans un dicton », explique pour sa part Georges Abi-Saab, professeur honoraire à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève : « Si un menteur t’invite à manger chez lui, suis-le jusqu’à sa porte. » Autrement dit, il s’agirait d’arracher des concessions qui pourraient faciliter les prochaines étapes. Parallèlement à l’envoi d’observateurs, le médiateur tente ainsi d’obtenir la nomination par le président Bachar el-Assad d’un responsable chargé de la négociation. Une manière de rendre peut-être plus facile, à terme, la perspective d’un départ du président.

Dans le même esprit, alors qu’il a été accepté comme une sorte de plus petit dénominateur commun par un Conseil de sécurité profondément divisé, son plan pourrait avoir pour conséquence d’exposer plus clairement encore les atrocités commises par les troupes gouvernementales. A défaut de convaincre la Russie et la Chine, il pourrait au moins faire vaciller certains Etats sympathisants de Damas, tels l’Inde, l’Irak ou le Liban. Une clarification des camps en présence qui, à son tour, pourrait permettre un isolement plus important de Damas et de ses alliés directs.

Pourtant, face à la cruelle mascarade jouée par Damas, c’est plutôt la question d’une aide directe à l’opposition qui bat maintenant son plein dans diverses capitales. A Washington est ouvertement discuté le principe de rendre « pleinement opérationnelles » certaines unités armées de l’insurrection. Chacun le sait, le temps presse. Placée au centre d’un imbroglio d’intérêts divergents, « la Syrie risque de devenir le théâtre de la confrontation d’un nombre toujours plus grand d’acteurs, note Shashank Joshi. L’Arabie saoudite, l’Irak, la Turquie… Autant de pays qui pourraient être tentés d’intervenir eux aussi pour aider certaines composantes des insurgés et qui « ne sont pas tous animés par le même souhait de voir triompher une opposition unie et démocratique. »

La France a évoqué hier l’éventualité d’une résolution de l’ONU autorisant le recours à la force, jugeant que le plan de Kofi Annan est « fortement compromis » et demandant une activation au plus vite de la mission d’observation de l’ONU sur le terrain.

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