Sur l’Egypte, les Américains sont moins « révolutionnaires »

27 janvier 11

Lire en ligne, l’article de Pascal Riché sur Rue89.com

A propos de la révolution tunisienne, la diplomatie américaine a attiré les louanges -il est vrai que le contraste avec la piteuse diplomatie française a joué en sa faveur. Les messages envoyés par Washington au peuple tunisien, pendant les derniers jours du dictateur Ben Ali, étaient de clairs encouragements à aller au bout de leur révolution. Pour autant, on aurait probablement tort de croire que Washington rêve d’un « 1989 du monde arabe », dans lequel les régimes autoritaires tomberaient les uns après les autres.

La révolte d’Egypte n’enthousiasme pas Washington autant que la révolution de Tunisie. On peut aisément le comprendre :

la Tunisie est un pays qui ne pèse pas très lourd dans la région, dont la population est très éduquée, où l’islamisme est limité et sans pétrole ou presque : la situation reste donc contrôlable ;

l’Egypte est un pays exportateur de gaz et de pétrole, il est central dans la région, et pèse lourd dans le dialogue israélo-palestinien. Par ailleurs, la chute du Président Moubarak (82 ans dont trente ans de règne) risquerait d’offrir le pouvoir aux Frères musulmans, ce qui n’est pas fait pour enchanter les Américains.

Deux phrases musclées d’Hillary Clinton

C’est à cette lumière qu’il faut lire les deux phrases, musclées, prononcées mercredi par Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine. Elle s’exprimait devant la presse, aux côtés du ministre jordanien des Affaires étrangères Nasser Judeh qu’elle recevait :

« Nous croyons fermement que le gouvernement égyptien a, en ce moment, une occasion importante d’engager des réformes politiques, économiques et sociales pour répondre aux besoins légitimes et aux intérêts du peuple égyptien. Nous appelons les autorités égyptiennes à ne pas empêcher les manifestations pacifiques ou à bloquer les communications, y compris les médias sociaux. »

Rarement un secrétaire d’Etat américain ne se sera exprimé aussi franchement sur les affaires de l’allié égyptien. Mais dans ces deux phrases, Hillary Clinton n’encourage pas les manifestants égyptiens : elle donne plutôt un conseil à Hosni Moubarak en vue de sauver son poste : pour éviter le sort subi par Ben Ali, renoncez donc à la répression, ne censurez pas Facebook, et annoncez d’urgence des réformes !

Moubarak, de son côté, semble loin d’avoir décidé de lâcher le pouvoir. Il est soutenu par son appareil policier, mais aussi par l’armée, élément essentiel du régime.

Option Tiananmen ?

Pendant la journée de mercredi, les forces de police ont réprimé sans relâche les groupes de manifestants qui cherchaient à maintenir l’élan du mouvement historique de mardi. Des centaines de personnes ont été arrêtées, et des affrontements auraient fait encore deux morts.

Le « raïs » égyptien doit aujourd’hui faire un choix :
- l’option américaine : autoriser les manifestations et annoncer des réformes importantes pour calmer le courroux du peuple (au risque de donner un signe de faiblesse, et donc d’encourager le mouvement naissant) ;
- l’option Tiananmen : étouffer dans l’œuf ce mouvement, quitte à accentuer lourdement la répression des opposants (au risque de faire grimper la violence). Si Washington et l’Union européenne l’encouragent à prendre la première voie, l’option « Tiananmen » ne serait pas pour déplaire aux autres régimes autoritaires dans le monde arabe, qui craignent l’embrasement.

En France, le silence

En France, enfin, Nicolas Sarkozy se garde de commenter la situation. La ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, « déplore les morts » mais ne va guère plus loin dans la critique du pouvoir égyptien.

Pour justifier son mutisme pendant la révolution tunisienne, le président français avait mardi revendiqué « une certaine réserve » concernant les anciennes colonies de la France. L’Egypte n’en faisant pas partie, Nicolas Sarkozy pourrait se montrer plus hardi sur le sujet.

Mais pour les même raisons que l’administration américaine, il n’a visiblement pas l’intention de lâcher Moubarak (qu’il aime bien par ailleurs : ne lui a-t-il pas proposé la première co-présidence de l’Union méditerranéenne ? ).

Avec l’Egypte aujourd’hui comme avec la Tunisie hier, le mot d’ordre est donc maintenu : silence.

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