« Si tu finis tes études, tu as trois débouchés : par terre, mer ou air »

Catherine Morand, journaliste (DR)
22 avril 13 - Ces paroles désabusées n’émanent pas d’un groupe d’étudiants sénégalais ou ivoiriens, mais espagnols, criant leur désespoir dans un pays où un jeune de moins de 25 ans sur deux est au chômage.

Catherine Morand, journaliste - Ces paroles désabusées n’émanent pas d’un groupe d’étudiants sénégalais ou ivoiriens, mais espagnols, criant leur désespoir dans un pays où un jeune de moins de 25 ans sur deux est au chômage. Ce slogan figure sur la plateforme espagnole Juventud sin futuro (« Jeunesse sans futur ») et exprime toute l’amertume de milliers de jeunes désorientés, qui, dans le Sud de l’Europe, n’ont d’autre choix que d’aller chercher un job sous d’autre cieux, en Europe du Nord, mais aussi sur le continent africain ou en Amérique latine.

C’est ainsi que à Lisbonne, capitale du Portugal, des files toujours plus longues de Portugais se forment devant les ambassades de l’Angola, du Mozambique ou du Brésil, pour obtenir le précieux visa qui leur permettra d’échapper au chômage et à la misère. Les Portugais choisissent d’émigrer en priorité vers ces trois pays où l’on parle portugais et où ils seront payés 2 à 3 fois mieux que dans leur pays. C’est le même scénario en Espagne, qui n’a plus aujourd’hui de problème d’immigration, mais bien plutôt d’émigration ; avec également de longues files d’attente devant les consulats de l’Équateur, de l’Argentine, du Chili. Tandis que de jeunes cadres français cherchent à trouver du travail au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Ghana.

Mais tout n’est pas simple pour autant. Ainsi, le quotidien algérien Liberté a-t-il relaté le renvoi dans leur pays, par les garde-côtes, de plusieurs immigrés clandestins espagnols qui cherchaient à se faire embaucher en Algérie. La presse angolaise se fait par ailleurs régulièrement l’écho de ces Portugais en situation irrégulière interpellés par le service des migrations, travaillant au noir, expulsés manu militari. Ou encore de ces immigrés clandestins d’origine européenne, sans moyens de subsistance, qui dorment dans les rues de Maputo ou de Luanda.

Un scénario qui rappelle à s’y méprendre celui du film Africa Paradis du réalisateur béninois Sylvestre Amoussou, qui met en scène un couple de jeunes Français, prêts à tout pour immigrer, même clandestinement, sur un continent africain désormais prospère, tandis que l’Europe sombre dans la misère. Le jeune homme, sans papiers, est arrêté par la police des frontières et incarcéré dans un centre de transit avant d’être renvoyé. Tandis que sa compagne est tout heureuse de trouver un travail comme bonne à tout faire dans une famille aisée. Lors de sa sortie en 2007, ce film avait un petit goût de science-fiction qui s’est passablement estompé aujourd’hui : la réalité a rattrapé la fiction.

Car l’immigration d’Européens, fuyant la galère, qui cherchent à émigrer sur le continent africain, en Amérique latine ou encore en Inde et en Chine pour y trouver un job, est une tendance lourde. Pour certains pays, on parle même de colonisation à l’envers, puisqu’au cours de ces trois dernières années, plus de 100’000 Portugais se sont installés en Angola. Si un tel flux migratoire devait persister, la communauté portugaise pourrait retrouver en Angola le niveau d’un demi million de ressortissants qu’elle connaissait avant son indépendance en 1975. Du jamais vu dans l’histoire postcoloniale.

Lorsqu’ils débarquent aujourd’hui à Luanda, Accra, Maputo ou Abidjan, ces jeunes cadres investissent des centres de recherche scientifiques, des cabinets d’avocats ou d’ingénieurs, trouvent facilement un travail bien payé auprès de sociétés qui privilégient souvent leur embauche à celle de cadres nationaux. Ces derniers se retrouvent une fois de plus les grands perdants de l’histoire : ils doivent affronter la concurrence d’une main d’œuvre européenne qualifiée, qui débarque massivement, faisant ainsi flamber les prix des biens de consommation et des loyers.

Mais pour l’Espagne, le Portugal ou la Grèce, il s’agit là d’une véritable fuite de cerveaux de la part d’une main d’œuvre qualifiée dont ils auront besoin. Mais à laquelle ils ne sont pas en mesure, aujourd’hui et peut-être pour longtemps encore, de proposer des postes de travail dignes de ce nom.

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