San Sebastian, fleuron de la lutte contre les dégâts du climat

A San Sebastian, au Honduras, la déforestation accélère l’érosion des sols et menace les habitations.©Gaël Grilhot/InfoSud
2 décembre 10 - Au Honduras, un village d’agriculteurs qui compte parmi les premières victimes du réchauffement climatique, est en passe de réussir son pari fou : repenser son modèle économique pour s’adapter à un changement inévitable. Reportage, en plein débat sur la question au Sommet de Cancún.

De retour de San Sebastian, Gaël Grilhot / InfoSud - L’Olancho… la plus grande région du Honduras, l’une des plus pauvres aussi. Située au Nord du pays, dans le corridor qui mène à l’Atlantique, elle concentre toutes les perturbations liées au réchauffement climatique. « En 2005, lors de la tempête Gamma, la rivière est sorti de son lit et a tout détruit », se souvient Victor Santiago Guillar. Reconnaissable à son impeccable Stetson vissé sur la tête et son sourire toujours au coin des lèvres, Victor est l’un des représentants de la commune de Roco Mico, sur la municipalité de San Sebastian.

Dans ce petit village encaissé et bordé de collines, l’eau est montée à plus d’un mètre en quelques instants, emportant des habitations et forçant la population à évacuer dans la hâte. « L’école a été endommagée, poursuit Victor Santiago, et les récoltes ont presque toutes été détruites ». De telles tempêtes ne sont désormais plus rares au Honduras : quatre en moins de douze ans ont durement touché cet état d’Amérique Centrale.

Mais ces phénomènes dévastateurs ne sont que la face visible d’un dérèglement climatique qui se traduit chaque année par des pertes toujours plus importantes. L’incidence des pluies diluviennes sur des sols fragilisés par les pratiques traditionnelles de déforestation, comme le brûlis, sont dramatiques. « La pluie dévalait la colline sans qu’aucune plante ne la retienne. Les eaux venaient grossir la rivière en contrebas, qui débordait à chaque fois », se rappelle Victor.

Vaste programme de reforestation

Depuis l’ouragan Mitch en 1998, les habitants de la commune ont décidé de réagir et participent aujourd’hui à un vaste programme de reforestation. « Nous avons vraiment commencé à replanter en 2008, poursuit Victor, et nous avons très rapidement créé notre propre jardin communautaire, où nous élevons les jeunes pousses. » Mis en place par la Croix Rouge Suisse -en coopération avec son homologue hondurienne- avec un budget de CHF 120.000 annuels, ce projet vise aussi la gestion des risques liés aux changements climatiques. L’un des points qui focalise toutes les divergences en plein sommet de Cancún.

Ici, tout le village participe, que ce soit pour planter à flanc de colline, dans les endroits les plus fragilisés, ou pour recueillir les fruits et les semences qui seront revendus ou conservés pour d’autres périodes de plantation. Sur les hauteurs, les arbres replantés les années précédentes ont déjà une bonne taille, et jouent pleinement leur rôle. L’acajou surtout, qui avec ses racines profondes et sa pousse rapide donne de bons résultats pour retenir les sols. Plusieurs croisements sont même tentés, avec des espèces indiennes ou africaines, pour obtenir un meilleur rendement.

Le village mise aussi beaucoup sur d’autres variétés qui résistent bien aux intempéries, comme le cèdre, l’acacia ou le teck. Et développe la culture d’arbres fruitiers et de plantes médicinales. « Très rapidement, le résultat était au rendez-vous : le Rio n’est presque plus sorti de son lit », se félicite Victor. Le café, le tamarin et le cacao, autrefois marginaux dans cette région, se sont peu à peu imposés comme un nouveau moyen de subsistance, à côté des traditionnels frijoles (petits haricots rouges,ndlr) et du maïs.

L’avenir du projet passe par les enfants Curieux, une kyrielle de jeunes enfants suivent Victor guidant les visiteurs sur les collines surplombant le village. Le vieux au chapeau de cow-boy en est convaincu : l’avenir de ce projet passera par eux. « C’est très important qu’ils soient sensibilisés aussi tôt, insiste-t-il. Pour ce faire, nous intervenons régulièrement avec l’instituteur pour expliquer l’importance et l’intérêt de notre démarche. » Dans la petite école du village, comme dans cinquante autres de la région, du matériel pédagogique de sensibilisation à la préservation devrait être fourni cette année.

Mais il faut se rendre à l’évidence. Ces micro-projets, aussi efficaces soient-ils, restent marginaux. Et sont loin de palier à la situation dramatique dans le pays. Tout au long des cinq heures de route qui relient San Sebastian à Tegucigalpa la capitale, le paysage est rythmé par des pans de collines calcinées, dont certaines toujours en train de se consumer. Face aux coulées de boue, à la destruction récurrente des récoltes et des habitations, chaque année des centaines de villageois sans ressources fuient vers les villes ou émigrent vers les Etats-Unis dans l’espoir de travailler. Tegucigalpa a ainsi doublé de population en moins de 15 ans. Avec tout ce que cela implique comme problème au niveau de la criminalité.

Sommet de Cancun

Un Fonds pour le climat dans les bagages de la Suisse

Qu’elle a été dure à passer, la pilule amère avalée à Copenhague il y a un an : une déclaration de faible portée, non contraignante, qui vise à limiter le réchauffement à 2 degrés. Et surtout la confirmation de tensions importantes entre les Etats du Nord et du Sud sur la lutte contre les effets du changement climatique. C’est donc dans une atmosphère peu enthousiaste, et sur les maigres résultats du précédent sommet sur le climat, que la conférence de Cancún s’est ouverte le 29 novembre dernier.

Pourtant, Franz Pérez, ambassadeur pour le bureau fédéral suisse de l’environnement, demeure optimiste quant à son issue. « Cancún sera un succès si nous réussissons à y adopter les bases pour un futur « fonds vert » pour le climat, estime-t-il. L’accord final pourra être quant à lui adopté plus tard ». En effet, bien que cruciale pour l’avenir des négociations, la conférence de Cancun n’est qu’une étape dans le processus, et vise surtout à adopter une série de décisions concrètes dans cinq domaines : atténuation des gaz à effets de serre, adaptation (prévention des risques), transparence, financement et déforestation.

Si, sur le dossier crucial de la déforestation, un accord pourrait raisonnablement être conclu – un projet consistant à financer le « non abattage » des arbres des forêts tropicales est en bonne voie – le négociateur suisse admet néanmoins que de nombreux points d’achoppement demeurent. En particulier sur les questions du financement et de la diminution des émissions de gaz à effets de serre. Selon lui, tous les efforts doivent être focalisés sur le soutien « aux pays en développement qui ne sont toujours pas prêts à adopter des mesures contraignantes ».

A Copenhague, l’idée d’un Fonds mondial pour le climat avait bien été évoquée. Son financement a alors été évalué à 100 milliards de dollars américains par an, et il devrait entrer en vigueur dès 2020 pour être efficace. Mais il n’y a eu aucune précision sur ses moyens de financement et ses objectifs.

A l’initiative de la Suisse et du Mexique, une rencontre informelle de 46 représentants d’Etats – dont ceux de l’Union européenne – a eu lieu à Genève en septembre dernier. Cette réunion a permis de mieux définir les contours de ce projet. « Ce fonds devra avant tout soutenir les pays les moins avancés, précise Franz Pérez. Il servira à la mise en œuvre des politiques et des projets visant à atténuer les émissions de gaz à effets de serre, et devra permettre aux populations de s’adapter au changement climatique ». Là encore, le Sommet de Cancún ne marquera pas la création concrète de ce fonds spécial. Mais Franz Pérez espère que cette proposition sera entérinée et qu’un groupe d’expert sera désigné pour en étudier la faisabilité. InfoSud-GG

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