Remus Cernea, agitateur infatigable

Remus Cernea en 2011. (© Vlad Plăiașu / Miscarea Verzilor Romania)
29 avril 13 - Remus Cernea, le jeune élu vert qui bouscule la Roumanie Ce jeune élu issu du monde associatif a décidé de parler des choses qui fâchent : le financement de l’Église et la reconnaissance des couples homosexuels. Il lève ainsi deux tabous et devient l’espoir de toute une génération tournée vers l’Occident

Bucarest, Mihaela Carbunaru/InfoSud - Son élection au parlement roumain en décembre 2012 n’a rien changé à son style. Remus Cernea, 38 ans, a gardé sa longue tignasse frisée qu’il attache en queue-de-cheval, ainsi que sa barbe foisonnante.

Ce militant infatigable, de tous les combats civiques depuis près de dix ans, a décidé de passer de l’autre côté de la barrière en s’engageant en politique. « Il faut bien que quelqu’un se lance », dit-il avec la tonalité grave qui le caractérise. Et il n’a pas fallu plus de trois mois dans l’hémicycle pour que le chef du parti des Vert fasse entendre sa voix.

Début avril, Remus Cernea a annoncé son intention de déposer un projet de loi visant à encadrer le financement des cultes. Sur le modèle allemand, il propose que chaque citoyen ait la possibilité de rediriger un certain pourcentage de ses impôts vers le culte de son choix. « Jusqu’à maintenant, les hommes politiques décidaient des sommes qui étaient attribuées à l’Église sans qu’il existe de limite, justifie-t-il. Cette loi pourrait renforcer l’autonomie des cultes tout en décourageant certains édiles d’allouer de l’argent en échange du support électoral des prêtres. »

La très puissante Église orthodoxe, qui compte parmi ses fidèles plus de 80% des Roumains, s’est sentie directement visée et a rapidement désapprouvé cette proposition. Même son de cloche au sein de la coalition de centre gauche au pouvoir (USL), dont Remus Cernea fait partie. Car même si la séparation de l’Église et de l’État est inscrite dans la Constitution, le politique et le religieux entretiennent des liaisons dangereuses en Roumanie. « Je vais casser les jambes à cet imbécile s’il vient dans notre ville », a d’ailleurs menacé le maire de la grande ville côtière de Constanta, Radu Mazare. Ce dernier avait soutenu la candidature de Remus Cernea, mais il craint aujourd’hui que ses propositions heurtent son électorat.

Tabou

Ce premier pavé jeté dans la mare n’a pas eu le temps de toucher le fond que Remus Cernea s’est déjà attaqué à un autre tabou de la société roumaine : l’homosexualité. Il n’existe pas d’union civile en Roumanie, et les couples de même sexe n’ont aucun moyen d’officialiser leur concubinage. Ce sera l’autre priorité de Remus Cernea.

Le premier ministre Victor Ponta a salué son « courage », tout en précisant qu’il ne souhaitait pas assister à sa « lapidation ». Et s’il a clairement fait savoir que cette proposition ne recevrait pas son soutien, il se « demande si la société roumaine est prête à débattre de ce genre de sujets ». Selon le sociologue Mircea Kivu, ces deux thèmes sont généralement évités par les hommes politiques car ils ne sont pas porteurs au niveau électoral, bien au contraire.

Remus Cernea n’en est pas à son premier essai en politique. Issu du milieu associatif, ce natif de Bucarest, qui a étudié la philosophie à la prestigieuse université de la capitale roumaine, a rejoint en 2008 le parti des Verts, dont il est aujourd’hui le président. Un an plus tard, il s’est présenté à la présidentielle. Son faible score, inférieur à 1%, ne l’a pas découragé. En décembre 2012, lors des élections législatives, il s’est allié à la coalition de centre gauche au pouvoir, qui bénéficiait d’une large confiance au sein de la population. Remus Cernea s’est fait élire facilement. Mais sa stratégie a été perçue comme une trahison par ses supporters traditionnels, qui l’ont taxé d’opportunisme.

Désavoué dans un premier temps, il est toutefois en passe de récupérer sa crédibilité. « Il a eu le courage de s’impliquer en politique pour défendre ses idées au lieu de simplement critiquer », reconnaît Viorel Micescu, le directeur de Centras, centre d’assistance aux ONG. Remus Cernea attend d’ailleurs le soutien de ses anciens partisans pour son action, mais aussi celui d’une bonne partie de la population. Et de conclure : « Je sais qu’il n’est jamais facile de changer les choses, mais aucune bataille n’est perdue avant d’être lancée. »

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