Réchauffement climatique : les pays industrialisés jettent l’éponge

"Le grand défi à relever désormais est d’instituer un régime qui couvrirait au moins 75% des émissions de gaz à effet de serre avec la participation de la Chine et des Etats-Unis." Image : © http://www.aufeminin.com
25 novembre 11 - Le régime international de restrictions qui a dominé la scène ces quinze dernières années a fait son temps. Un nouvel accord sera négocié ces prochaines années.

Etienne Dubuis/Le Temps - Plus personne n’est dupe. La conférence sur le climat qui va se tenir du 28 novembre au 9 décembre prochains à Durban est supposée poursuivre sur la lancée des éditions précédentes. En négociant notamment l’avenir de l’application du Protocole de Kyoto, le traité le plus exigeant de la lutte contre le réchauffement. Mais il n’en sera rien. Ce traité, qui a contraint une quarantaine d’Etats développés (dont la Suisse) à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre lors d’une première période d’engagement, est à bout de souffle. Lui qui devait rallier à sa logique la communauté internationale n’a entraîné personne. Pire : ces derniers mois, il s’est mis à perdre certains de ses meilleurs soutiens. La situation est devenue intenable.

Il reste de nombreux Etats pour soutenir le protocole. La Chine a répété cette semaine qu’elle encouragerait la conférence de Durban à le prolonger. C’est-à-dire à donner aux pays développés inscrits dans son annexe B de nouvelles obligations. Mais, de sa part, pareil engagement est facile : le traité n’impose aucune contrainte aux pays en développement, catégorie dont elle fait toujours partie malgré sa forte croissance.

Le problème est sérieux : le protocole est lâché par ceux-là mêmes qui l’ont le mieux servi, les pays développés qui se sont imposé en son nom des obligations de réduction. Trois d’entre eux, le Japon, le Canada et la Russie, ont sonné la charge le printemps dernier, en annonçant qu’ils refusaient de s’astreindre à une seconde période d’engagement si le traité ne soumettait pas les pays émergents à une discipline comparable. L’Union européenne a suivi cet automne, en considérant à son tour que l’effort devait être mieux partagé.

La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui organise la lutte internationale contre le réchauffement, a établi le principe de responsabilité « commune mais différenciée ». Selon elle, tous les pays du monde doivent être tenus pour responsables de ce qui arrive mais pas au même degré. Certains doivent donc être prêts à réaliser de plus gros efforts que d’autres. Ce que prévoit le Protocole de Kyoto en divisant la communauté internationale en deux camps : les pays avec obligations et les pays sans, la liste des premiers constituant sa fameuse Annexe B. Il reste à savoir jusqu’à quel point peut aller la différence de traitement. Or l’augmentation vertigineuse des émissions des pays émergents a bouleversé l’équation. La Chine est devenue le premier émetteur mondial de CO2 devant les Etats-Unis et l’Union européenne. L’Inde suit au quatrième rang, la Corée du Sud au septième, l’Indonésie au neuvième, le Brésil au dixième.

Le principe de responsabilité commune mais différenciée n’est pas contesté. Mais l’application abrupte que lui donne le Protocole de Kyoto est, elle, dépassée. Définitivement. « Le traité a souffert d’un triple handicap, commente Jorge Viñuales, professeur de droit international de l’environnement à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève. Ses négociateurs n’ont pas prévu que les émission­s des pays émergents augmenteraient aussi vite. Les Etats-Unis ont refusé de le ratifier après l’avoir pourtant négocié dans ses moindres détails. Les pays européens refusent aujourd’hui d’accomplir des sacrifices supplémentaires, alors que la crise économique fragilise leur économie. »

Dans ce contexte, le Protocole de Kyoto a peu de chance de connaître une « seconde période d’engagement » en bonne et due forme. Se solde-t-il pour autant par un échec ? Jorge Viñuales ne le pense pas. « Ce traité a représenté une première tentative internationale ambitieuse de réduire les gaz à effet de serre, insiste-t-il. Quoi qu’il advienne, il aura offert une gamme précieuse d’expériences. Et il laissera derrière lui des réalisations, qui pourront servir dans le futur. A commencer par les mécanismes de flexibilité qui permettent à un Etat n’atteignant pas ses objectifs de réduction de compenser son déficit par des réalisations à l’étranger. La conférence de Durban portera notamment sur le sauvetage de tout ce que le protocole recèle d’utile et qu’il s’agit aujourd’hui de placer sous l’égide de la convention. »

« Nous nous apprêtons à basculer dans un vide juridique mais pas dans un vide tout court, souligne­ Yohan Ariffin, maître d’enseignement et de recherche, spécialisé dans la politique environnementale, de l’Université de Lausanne. La convention perdurera et, avec elle, un cadre de négociations, des inventaires réguliers d’émissions et un objectif climatique minimum reconnu par tous depuis l’an dernier : le plafonnement du réchauffement à 2°C. »

Yohan Ariffin appelle à relativiser la portée du Protocole de Kyoto. « Ce traité a joué un rôle éminent dans la mesure où il a institué un dispositif qui va servir de base à la suite, explique-t-il. Mais il ne concerne plus guère que 25% des émissions de gaz à effet de serre. Le grand défi à relever désormais est d’instituer un régime qui en couvrirait au moins 75% avec la participation de la Chine et des Etats-Unis. Or le protocole proposait une architecture trop monolithique, avec ses réductions décidées en commun, une année unique de référence (hormis pour quelques Etats en transition) et l’exemption d’obligations accordée, sans distinction, à tous les pays n’appartenant pas à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). La conférence de Copenhague, en révélant cette impasse, a constitué une rupture et indiqué la nouvelle voie à suivre : celle d’un régime à géométrie variable, acceptant diverses modalités de limitation et des années de référence variables. »

Doit-on craindre un relâchement de l’effort entre la « fin » du Protocole de Kyoto et l’entrée en vigueur d’un nouvel accord d’ici à quelques années ? « Pas forcément, répond Yohan Ariffin. Les pays concernés se sont donné des engagements dont ils devront répondre. Ce d’autant qu’ils seront observés de près par le secrétariat de la convention et par les ONG environnementales, qui auront à cœur de dénoncer leurs écarts. »

Si la conférence de Durban marque la fin du Protocole de Kyoto, elle devrait annoncer par la même occasion l’ouverture d’une nouvelle page. La diplomatie climatique n’en est pas encore à graver ses acquis dans le marbre. Evoluer est sa destinée.

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