Rebelles ougandais acculés à la paix

Claude Adrien de Mun - Syfia
A droite, le chef rebelle Joseph Kony
12 septembre 06 - Après la signature fin août d’un accord de cessation des hostilités, les négociations de paix entre l’Armée de résistance du Seigneur et le gouvernement ougandais, en guerre depuis 20 ans, ont repris. Le 11 septembre, les chefs rebelles, bien qu’inculpés par le Tribunal pénal international, sont sortis du bois.

Affamés, en guenilles, plusieurs centaines de rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) ont quitté, depuis début septembre, leurs cachettes dans le nord de l’Ouganda. Comme convenu dans l’accord de cessation des hostilités, signé le 26 août dernier entre le gouvernement ougandais et la LRA, ils doivent se rassembler, dans un délai de trois semaines, dans deux camps, qualifiés de neutres, gardés par l’armée du Sud-Soudan, sur les rives du Nil, à proximité de la frontière ougandaise.

Parallèlement, les négociations de paix ont repris le 4 septembre à Juba, la capitale du Sud-Soudan. Les chefs rebelles qui craignent toujours d’être arrêtés pour "crimes contre l’humanité" par la Cour pénale internationale (CPI) ont tout d’abord refusé de sortir de la forêt menaçant de faire capoter le processus si les mandats d’arrêt internationaux lancés contre eux n’étaient pas levés. Mais le 11 septembre, le chef en second de la rébellion, Vincent Otti, et plusieurs autres dirigeants ont rejoint à leur tour le camp de Ri-Kwangba. Officiellement, pourtant, la CPI n’a pas levé ses accusations.

Un mouvement d’autodéfense devenu impopulaire

C’est la première fois, après 20 ans de guerre civile que la paix semble, malgré tout, possible. Les tentatives passées, qui avaient eu lieu en Ouganda, avaient toujours échoué, les deux parties s’accusant réciproquement d’aventurisme et de mauvaise foi. Cette fois, le gouvernement du Sud-Soudan joue un rôle de garant. Il s’est en effet engagé à accorder une amnistie à tous les rebelles, si un accord de paix global était signé. Les médiateurs se disent confiants. "Les rebelles sont isolés et n’ont pas le choix", souligne l’un d’eux.

Au départ, la LRA était un mouvement populaire d’autodéfense des populations du nord du pays, particulièrement de la tribu Acholi, face à la prise de pouvoir par les armes, en 1986, de Yoweri Museveni, un homme du Sud-Ouest. Les Acholi offraient alors des vaches et des hommes aux rebelles pour soutenir leur combat. Ce furent les belles années de la LRA.

Puis, dans les années 1990, l’armée gouvernementale a forcé la majeure partie de ce groupe, estimé à 2,5 millions de personnes, à se rassembler dans des camps de déplacés. Cette politique de la terre brûlée a eu l’effet recherché : coupés de leurs sources de recrutement et de ravitaillement, les rebelles se sont mis à piller les villages et à kidnapper les jeunes enfants engagés de force dans ce combat. Ils en auraient enlevé plus de 20 000 dans le nord de l’Ouganda et le Sud-Soudan depuis 10 ans. Aujourd’hui, personne ne sait exactement combien sont les rebelles : 500, 5 000 ?

Isolés, affamés, ils n’ont trouvé leur salut qu’en s’alliant au régime islamique de Khartoum, alors soucieux de limiter l’aide militaire apportée par l’Ouganda, avec le soutien de la Grande-Bretagne et des États-Unis, à l’Armée de libération populaire du Sud-Soudan (SPLA) du chrétien John Garang. La signature d’un accord de paix en février 2005 entre le régime islamique du général Bashir et les rebelles sudistes de la SPLA, a mis fin à cette étrange collaboration. L’armée ougandaise a été autorisée à se déployer dans le Sud-Soudan et les rebelles ont dû trouver refuge à la frontière de la RD Congo et du Soudan.

Une armée d’enfants

Ces pourparlers sont donc une initiative du Sud-Soudan, soucieux de voir partir de son territoire à la fois les rebelles et l’armée ougandaise. Son vice-président, Reak Machar, est le médiateur de ces pourparlers. En juillet dernier, il a tenu à rencontrer personnellement le chef rebelle, Joseph Kony, dans son repaire, à la frontière de la RDC et du Soudan, accompagné d’une vaste délégation de notables soudanais et ougandais, comme autant de messagers de paix.

Guidés par les rebelles, cette délégation et quelques journalistes sont entrés dans l’obscurité de l’immense forêt du parc national de la Garamba. Après une demi-heure de marche sur un étroit sentier boueux, les visiteurs se sont arrêtés au niveau d’une croix, gravée sur un arbre, sous laquelle on lisait : "STOP. Armée de résistance du Seigneur. Un pour tous, tous pour un."

Le sentier, jusque-là désert, s’est soudain rempli d’enfants et d’adolescents, coiffés en dreadlocks, vêtus d’uniformes de l’armée ougandaise, baïonnettes au fusil, qui montaient la garde. Certains avaient le visage dur et fermé. D’autres avaient conservé la fraîcheur de leur âge. Tous sont accusés d’avoir massacré et enlevé des dizaines de milliers de civils dans le nord de l’Ouganda et le Sud-Soudan. Mais ce jour-là, ils avaient planté des tiges de palmier dans le sol trempé, en symbole de paix.

Le visage tendu et soucieux, Joseph Kony, attendait la délégation dans un édifice rectangulaire en paille désigné sous le nom de "Parlement". "Nous nous sommes sentis oubliés par notre peuple et nous sommes contents que vous soyez tous ici", a-t-il déclaré ajoutant devant les journalistes médusés : "Les atrocités qui me sont imputées sont celles de l’armée gouvernementale ougandaise. Je n’ai kidnappé personne et il n’y a pas d’enfants dans mon camp". (Sic)

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