RD Congo : Firmin Yangambi, un dissident condamné à mort

InfoSud
6 juillet 10 - L’avocat originaire de Kisangani a été condamné à mort en mars pour complot insurrectionnel. par la Cour militaire de Kinshasa. Des avocats du monde entier dénoncent une procédure inique. L’audience en appel reprend jeudi.

Angélique Mounier-Kuhn/Le Temps - L’affaire a n’a pas encore fait beaucoup de tapage sous nos latitudes. Le sort de Firmin Yangambi mobilise pourtant les associations d’avocats du monde entier depuis des mois. L’Association internationale des jeunes avocats (AIJA) en a notamment fait une priorité. C’est son président, Saverio Lembo, avocat à Genève, qui a alerté Le Temps. Car ce dossier est exemplaire. Par l’extrême gravité des faits reprochés, les aberrations qui ont pavé la procédure et la sévérité du verdict, il éclaire crûment les pratiques judiciaires de la République démocratique du Congo (RDC).

Firmin Yangambi, lui-même avocat de profession, a été condamné à mort par la Cour militaire de Kinshasa, le 3 mars dernier. Il est accusé, entre autres griefs, d’avoir tenté « de diriger, d’organiser ou de commander un mouvement insurrectionnel ». Suspendue en juin, l’audience en appel devrait rependre ce jeudi. L’homme, originaire de Kisangani, la capitale de la province orientale, n’est pas un inconnu dans son pays. Agé d’une quarantaine d’années, il s’est d’abord fait connaître par son militantisme pour les droits de l’homme et ses actions humanitaires. Son ONG, Paix sur terre, fondée en 1999, a notamment œuvré pour les victimes de la guerre en Ituri. Les genres se mélangent ensuite. Firmin Yangambi fréquente un temps les cercles du pouvoir, en tant que conseiller juridique d’Augustin Katumba Mwanke, lui-même très proche conseiller du président Joseph Kabila, avant de devenir un détracteur ardent des travers du régime et de sa corruption.

« C’est alors que les choses ont commencé à tourner au vinaigre », relève Florent Geel, le directeur adjoint du bureau Afrique de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), qui suit de près le dossier. En 2006, il se lance en opposant dans la course à la présidentielle, avant de renoncer faute d’avoir récolté la caution nécessaire à la validation de sa candidature. « A l’est du pays, ses prises de positions politiques étaient devenues de plus en plus crédibles. Il se voyait un destin national et il est devenu un élément gênant pour le pouvoir. A deux ans de la prochaine présidentielle, ce dernier veut pouvoir s’assurer la réélection de Kabila », explique un observateur.

Le piège se referme sur l’avocat le 27 septembre 2009. Ce jour-là, relate la FIDH, lui et son frère ont rendez-vous avec un officier de la Garde républicaine, à Kisangani, dans le cadre d’une enquête sur l’enlèvement de deux proches. Ils disparaissent à leur tour, jusqu’au lendemain. Le 28 septembre, le ministre de la Communication, Mende Omalanga, révèle lors d’une conférence de presse que les deux hommes ont été arrêtés le 23 septembre – quatre jours avant la date effective de l’interpellation – pour avoir « convoyé une cargaison d’armes dans le but de lancer un nouveau mouvement insurrectionnel contre la RDC ». S’ouvre alors une procédure que Florent Geel qualifie de « surréaliste », « un cas symptomatique d’utilisation du droit à des fins politiques ». « Ce n’est pas l’avocat qui est visé dans cette affaire, c’est l’homme politique », corrobore Dismas Kitenge, le vice-président de la FIDH à Kinshasa, qui connaît bien Firmin Yangambi.

Comme trois compagnons embarqués dans la même mésaventure, il est torturé, puis déféré devant un tribunal militaire. « Sur ce point, la Constitution de 2006 est très claire : les civils ne peuvent être traduits devant des juridictions militaires », explique l’avocat parisien Martin Pradel, chargé de mission pour la FIDH lors d’une délégation de juristes internationaux dépêchés à Kinshasa en avril dernier. Au terme d’un procès que le pouvoir a voulu largement médiatisé, il est condamné à mort en l’absence de toute preuve matérielle : les trois armes automatiques que Firmin Yangambi est accusé d’avoir achetées pour fomenter son mouvement ont tout bonnement disparu des scellés. Elles ont été « envoyées sur le front de l’est », affirment les autorités. « Cette affaire n’a ni queue ni tête », martèle Martin Pradel.

L’avocat est incarcéré à la prison de Makala. L’établissement surpeuplé des environs de Kinshasa (6000 détenus) est décrit comme « un enfer » par ceux qui l’ont pénétré. « Firmin est asthmatique, sa santé s’est dégradée. Et sur le plan moral, il n’attend plus rien de la justice congolaise », relate Dismas Kitenge, qui lui a rendu visite. Mercredi dernier, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance du Congo, Joseph Kabila enjoignait ses concitoyens à une « révolution morale » pour endiguer « l’atteinte à la vie et à la dignité humaine ». A ce jour, il n’a pas réagi à la lettre que lui a adressée, le 13 avril dernier, Saverio Lembo. Au nom de l’AIJA, l’avocat genevois lui demande, entre autres, « l’annulation immédiate de la condamnation à mort de Me Firmin Yangambi » ainsi que « sa libération immédiate et inconditionnelle en l’absence de charges valables ».

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