Quand les Etats-Unis utilisaient des « cobayes » au Guatemala

3 octobre 10

New York, Luis Lema/Le Temps - L’étude semblait représenter jusqu’ici les pires dérives de l’expérimentation humaine. Pendant des décennies, dans la ville de Tuskegee, en Alabama, quelque 400 Afro-Américains se sont vu refuser à dessein un traitement contre la syphilis, afin de mieux cerner les conséquences de la maladie. Beaucoup d’entre eux moururent, malgré les attentions affichées par les bons docteurs blancs. La population noire du coin mettait cela sur le compte d’un « mauvais sang ».

Une chercheuse, Susan Reverby, a remonté la trace de l’un de ces docteurs, John Cutler. Or, à la fin des années 40, au sein d’une équipe financée par les organismes de santé américains, les expérimentations étaient allées plus loin encore. Dans une prison, un asile psychiatrique et des baraquements militaires du Guatemala, ce sont ainsi 696 hommes et femmes qui ont été volontairement contaminés, avec le recours à des prostituées malades, afin de tester l’efficacité de la pénicilline.

Les autorités fédérales américaines, en réalité, avaient déjà procédé à des expériences similaires dans une prison américaine. Mais diverses difficultés avaient amené les chercheurs à poursuivre leurs travaux à l’extérieur des Etats-Unis. Le gouvernement guatémaltèque avait donné son accord, en échange de diverses faveurs. Les prisonniers et les malades mentaux, en revanche, ne surent jamais qu’ils étaient les objets de cette expérimentation.

Il apparaît, selon les recherches de Susan Reverby, que les responsables américains étaient à l’époque parfaitement conscients des problèmes éthiques. « Nous ne pourrions pas le faire dans ce pays », expliquait à l’époque le ministre de la Santé.

Aussi bien la responsable actuelle de la Santé, Kathleen Sebelius que la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, se sont dites « outrées » vendredi par ces révélations, présentant leurs excuses pour ce comportement « répugnant ». A l’inverse des pauvres hères de l’Alabama (qui étaient déjà porteurs de la maladie), les Guatémaltèques étaient soignés. Mais on ignore les résultats de ces soins, alors que l’administration de pénicilline en était encore à ses débuts. Au demeurant, c’est ensuite dans la célèbre prison de Sing Sing, à New York, que se poursuivirent les recherches. Mais cette fois, dit l’histoire, les prisonniers étaient « volontaires ».

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