Près de 90% des « talibans » ciblés par les forces US sont des civils

David Petraeus, général de l’armée américaine, nommé chef des troupes de l’Otan en Afghanistan le 23 juin 2010. Image : domaine public
26 juillet 11 - Le général David Petraeus avait vanté auprès des médias les « exploits » des Opérations spéciales américaines en Afghanistan en 2010. Mais des documents officiels révèlent que, sur les milliers de personnes arrêtées ou abattues, 90 % étaient des civils.

Gareth Porter (IPS) et Carole Vann (InfoSud) - Le général David Petraus s’était déjà distingué dans la guerre d’Irak. Nommé commandant de l’ISAF (Force internationale d’assistance et de sécurité) en Afghanistan en juin 2010, il a aussitôt mené une campagne médiatique pour vanter les « succès » américains dans la lutte contre al Qaïda. En août, il annonçait 1’335 Talibans capturés par les Opérations spéciales et 1’031 autres tués. Ce en 3 mois, de mai à juillet 2010. A ces chiffres, s’ajoutaient 365 hauts gradés aussi capturés ou tués. L’injection publicitaire était bienvenue pour une Amérique dont la crédibilité de justicier planétaire était en perte de vitesse.

Or il s’avère que près de 90% de ces trophées de guerre étaient des civils innocents. Ils ont d’ailleurs été libérés dans les jours qui ont suivi leur arrestation. Et cela, le général David Petraus le savait au moment où il faisait son tapage médiatique. Mais il s’est alors bien gardé de le mentionner.

Selon des documents non classés de la Task Force 435 – groupe de travail créé en Septembre 2009 pour contrôler les opérations de détention du Département de défense américain en Afghanistan – seuls 270 détenus sur les 1’135 annoncés ont été effectivement incarcérés au centre de détention de Parwan – qui a remplacé en fin 2009 l’ancienne prison de Bagram.

Déjà, le 30 novembre 2010, Robert Harward, commandant de la Task Force 435, confirmait dans une conférence de presse que 80% des Afghans détenus durant la même année par la US Army avaient été libérés dans les deux semaines qui ont suivi leur arrestation. « Sur environ 5’500 personnes arrêtées, 1’100 ont été acheminés à Parwan » (les autres ont donc été libérés, ndlr), déclarait-il. Mais Robert Harward n’a donné aucune explication sur l’écart important entre ces deux chiffres, de même qu’aucun journaliste présent à la séance d’information du Pentagone n’a relevé le fait.

Confusion délibérée

De son côté, le général Petraeus poursuivait sa campagne de désinformation, annonçant 4’100 Talibans capturés et 2’000 abattus au cours du 2ème semestre 2010. Alors qu’en réalité, 690 personnes étaient retenues prisonnières et envoyées à Parwan. Parmi elles, plusieurs centaines ont été libérées, fautes de preuves. Mais cela non plus n’a pas été dit.

Cette bataille des chiffres a toute son importance dans une période où les morts ne cessent d’augmenter côté américain, de même que le ras le bol de Kaboul.

Dans un interview accordé en septembre à Kimberly Dozier, journaliste de l’Associated Press (AP), le général Petraeus affirmait qu’il était extrêmement difficile de rendre compte des progrès (des USA) « dans une guerre dispersée en centaines de petits combats, où la ligne de front ne bouge pas et où les villes ne tombent pas. » Une défense un peu lacunaire face à sa stratégie visant à construire une image totalement tronqués de la guerre menée en Afghanistan. Tandis que l’Amérique plonge dans un débat houleux et douloureux sur le rapatriement troupes US au pays, le mythe des rambos surgissant de nulle part au milieu d’une nuit d’encre et s’abattant sur le « dangereux et méchant chef Taliban » reste plus que jamais une pièce maîtresse de la bagarre médiatique.

Bilan sous-estimé

L’année 2010 fut particulièrement meurtrière en Afghanistan. Selon le Bureau de la sécurité des ONG (ANSO), au moins 2’428 civils ont été tués en douze mois en raison du conflit. Dans quatre cinquièmes des cas la responsabilité est attribuée aux groupes rebelles, les forces US et afghanes s’étant vu reprocher la mort de 401 civils. A la lumière du rapport de la Task Force 435 (lire ci-dessus), les chiffres des ONG sont clairement sous-évalués.
Benito Perez (Le Courrier, www.lecourrier.ch)

Source : rapport d’Amnesty International 2011.

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