Plus d’épines que de fleurs

Roses produites au Kenya (DR).
26 août 13 - Exposition aux produits chimiques, exploitation, harcèlement moral et sexuel… Les fleurs kényanes qui arrivent sur nos étals ont assisté à une bien triste réalité.

Naivasha, David Njagi/InfoSud-IPS - Catherine Mumbi est ouvrière dans une exploitation de fleurs au Kenya. En octobre 2011, cette intérimaire a pris un congé maladie pour soigner son foie. Ce n’était alors que le début de ses problèmes. « Quand je suis retournée travailler deux mois plus tard, mon supérieur a exigé d’avoir des rapports sexuels avec moi. » Catherine sortait alors d’une pénible hospitalisation. « J’ai bien sûr refusé. Dès le lendemain matin, un gardien a frappé à ma porte avec une lettre de licenciement. J’ai dû quitter immédiatement l’enceinte de l’entreprise. Depuis, je survis grâce à la générosité de sympathisants. »

Il se pourrait fortement que son activité professionnelle ait pu causer sa maladie au foie. Catherine travaille à Naivasha, cette province de la vallée du Rift kényan où sont cultivées par centaines de milliers les fleurs à bas coût qui inondent les étals occidentaux. Les exploitations floricoles sont surveillées par des agents de sécurité et leur accès est strictement limité. A l’intérieur des serres, mesurant jusqu’à 8 mètres de haut pour 60 mètres de long, tout est calme. Sauf pour les ouvriers « à la petite semaine », qui s’activent à chaque injonction aboyée par le superviseur.

Toxiques dissimulés

Même l’odeur prenante des produits chimiques fraîchement pulvérisés ne semble pas interrompre l’ordre et la discipline. Selon Charles Kasuku, un travailleur social de Naivasha qui a participé à un précédent audit sur les conditions de travail dans le secteur, certaines étiquettes des produits chimiques sont modifiées pour dissimuler leur toxicité.

La campagne pour l’élimination progressive du bromure de méthyle, un poison hautement toxique, a commencé en 1998. Mais quinze ans plus tard, il est établi que ce produit est toujours utilisé. « Ceci explique pourquoi tant de cas d’affections étranges sont signalés dans les centres de santé situés aux abords des champs de fleurs. »

Selon des experts de l’Institut de recherche médicale du Kenya (KEMRI), parmi les maladies les plus répandues – causées par cette exposition aux toxiques – se trouvent les problèmes au foie, les complications respiratoires, le cancer et l’impuissance sexuelle. « Mais les graves effets de ces expositions pourraient apparaître plusieurs années après que les ouvriers ont été licenciés de leurs emplois, souligne le Dr Mohamed Karama du KEMRI. Les gens ne devraient pas travailler de si longues heures dans ces serres. »

L’État absent

L’ampleur des violations des droits humains dans les champs de fleurs au Kenya continue donc, plus d’une décennie après que la société civile ait exprimé ses premières inquiétudes. Un récent reportage, intitulé « Les femmes des fleurs », relève que les ouvriers du secteur sont si mal rémunérés qu’ils ne peuvent pas payer une facture d’hôpital. En 2012, un débat parlementaire sur le sujet indiquait que ces ouvriers perçoivent environ 47 dollars par mois. Soit bien en dessous des 118 dollars que la constitution kenyane recommande pour des employés temporaires.

Mais ceux qui travaillent dans ces champs craignent de s’exprimer par crainte de perdre leur emploi. Ainsi, près de 60% des ouvrières du secteur floricole seraient victimes de harcèlement sexuel, selon un rapport publié en mai par Workers Rights Watch, une association de travailleurs kényans. L’Autorité de développement de l’horticulture estime qu’il y a plus de 70’000 femmes qui travaillent dans ce secteur qui emploie près de 100’000 personnes.

L’horticulture est l’une des principales sources de devises pour le Kenya, et génère environ 1 milliard de dollars de recettes annuelles. Si l’Organisation internationale du travail (OIT) oblige les gouvernements à protéger les travailleurs contre les abus, dans les exploitations floricoles kényanes, « il y a bien longtemps que les inspections du travail ne se font plus », remarque Mary Kambo, une chargée de programmes auprès des Services de développement communautaire.

Toutefois, la secrétaire permanente du Ministère du travail, Beatrice Kituyi, estime que de telles allégations ne sont pas fondées. Selon elle, des rapports montrant les progrès du Kenya dans la mise en œuvre de la convention de l’OIT peuvent être consultés sur le site internet du ministère. Sans toutefois en préciser davantage. Dont acte.

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