Peut-on déradicaliser les djihadistes ?

13 juin 13

Lire l’article de Stéphanie Plasse pour LeMonde.fr sur Slate.fr

"Sevrer du djihadisme, tel est l’objectif que se sont fixés certains pays. Au Yémen, en Indonésie, en Arabie saoudite, des centres de réhabilitation promouvant des méthodes « soft » sont créées pour les anciens djihadistes d’al-Qaida. Au programme : séminaires sur les affaires religieuses pour éloigner de la pensée du djihad alternant parfois avec des moments de détente dignes des villages Pierre et vacances (sauna, gym, spa, salle de remise en forme)…

En Arabie saoudite, on essaye d’allier le spirituel et le matériel en créant des infrastructures luxueuses pour les terroristes. « Une manière de se présenter comme un pays miséricordieux qui remet dans le droit chemin et soigne au mieux les anciens djihadistes », observe Stéphane Lacroix, maître de conférences à Sciences Po Paris et spécialiste de l’islam politique.

Ainsi, la nouvelle installation quatre étoiles située depuis 2013 dans la ville de Riyad incite les détenus à modérer leurs croyances en leur offrant tout le confort d’un hôtel de luxe. Malgré les moyens financiers mis à disposition, peut-on vraiment déradicaliser les djihadistes ? Les méthodes employées sont-elles efficaces ?

Un prosélytisme à la saoudienne

Apparu en 2006 sous l’impulsion du prince saoudien Mohammed Ben Nayef, ce type de complexe s’appelait auparavant « Centre de conseils et de soins ». Il visait au départ à réhabiliter les extrémistes d’une branche locale d’al-Qaida responsable d’une série d’attentats meurtriers en Arabie saoudite.

Par la suite, d’autres centres de réhabilitation ont ouverts dans ce pays. Aujourd’hui, ces établissements accueillent des djihadistes ou des anciens détenus de la prison militaire de Guantánamo. Pour accéder à ces centres, les prisonniers ne doivent pas avoir participé directement à des attentats et manifester leur volonté de revenir à un islam non extrémiste.

Une pratique qui a incité le Yémen et l’Indonésie, fortement marqués par la présence de djihadistes, à faire de même. Dans tous ces pays, cette réhabilitation passe par un enseignement religieux.

En Arabie saoudite par exemple, celle-ci s’inspire du salafisme piétiste. Cette tendance, répandue dans ce pays, poursuit une stratégie de « ré-islamisation » des sociétés musulmanes à travers une prédication non-violente et non directement politique. De manière concrète, l’Arabie saoudite intervient notamment par la formation des prédicateurs, la traduction et la distribution du Coran.

« Les imams saoudiens sont envoyés aux quatre coins du monde pour assurer la prédication. Ces derniers sont formés dans des grandes écoles de théologie. Une expérience et un statut qui leur sert de faire-valoir auprès des personnes voulant être réhabilitées », note Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte anti-terroriste à la Direction de la sûreté du territoire (DST) de 1998 à 2004 et désormais conseiller du groupe de gestion et d’analyse des risques Geos.

Cette légitimité religieuse permet aux oulémas (théologiens de l’islam) d’apporter des lectures contradictoires au djihadisme. « Ces salafistes piétistes se réclament des mêmes sources que les djihadistes, cela permet donc la création d’un espace de discussion et une base d’argumentation. Néanmoins, ils rejettent certaines choses comme le djihad car il n’a pas été décrété par un leader politique », explique Stéphanie Lacroix.

Le djihadisme : une pathologie psychique

En plus des cours de « rééducation religieuse » assurés par des oulémas et parfois d’anciens repentis, certains centres de réhabilitation saoudiens proposent une aide psychologique pour les « déviants », un terme utilisé par les autorités saoudiennes pour faire référence aux partisans d’al-Qaida.

D’après Raphaël Liogier, professeur de sociologie à l’Institut d’études politiques, directeur de l’Observatoire du religieux à Aix-en-Provence et auteur de l’ouvrage Le mythe de l’islamisation, pour les sociétés musulmanes comme l’Arabie saoudite, le djihadisme n’est pas considéré comme une attitude normale pour un musulman.

« Les djihadistes sont souvent dans un complexe identitaire. Ils sont frustrés économiquement et possèdent une blessure narcissique qui les poussent à la réaction. Il s’agit d’une pathologie psychique. »

Ainsi, les centres de réhabilitation ont pour fonction de redonner à ces détenus un récit positif. Raphaël Liogier explique :

« Ils essayent de comprendre pourquoi ils en sont arrivés là, et tentent de leur réapprendre le coran. Ils les aident à les faire accéder à ce qu’ils veulent être en leur montrant qu’il est possible d’exister sans ce type d’attitude. »

A leur arrivée, les prisonniers sont entendus et questionnés sur les motivations de leur engagement dans le djihad. Cette écoute est suivie d’un enseignement religieux au travers de discussions. L’objectif étant que les prisonniers reconnaissent le caractère non islamique des actes terroristes."

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