Palestine : une bombe pour les Etats-Unis et Israël

Drapeau palestinien. © DR.
18 avril 11 - Washington et Tel-Aviv redoutent la perspective d’une reconnaissance de la Palestine. Au moins 110 Etats membres des Nations unies sont prêts à faire le pas

Luis Lema/Le Temps - La bombe est sur la table. Elle est programmée pour exploser à l’ONU avant septembre. La perspective d’une reconnaissance internationale de l’Etat de Palestine, ce projet qui avait des allures de tentative quasi désespérée, ne cesse de prendre du relief au fil des semaines. De plus en plus isolé, le gouvernement israélien s’affole. Et, derrière lui, les Américains tentent de se ressaisir.

« Statu quo plus soutenable »

Pour la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, le temps n’était pas encore venu d’en parler. Mais elle s’est vu obliger d’évoquer la question, la semaine dernière, après que son ami, le représentant John Kerry, a vendu la mèche : les Etats-Unis préparent, à nouveau, une « offensive de paix » pour le Proche-Orient. « Le statu quo n’est plus soutenable », expliquait-elle lors d’une discussion à la Brookings Institution. En ajoutant : « Il ne l’est pas plus que ne l’étaient les systèmes politiques qui se sont écroulés ces derniers mois. »

Cette manière de mettre en parallèle la situation au Proche-Orient et le « printemps arabe » qui fleurit tout autour est une première dans la bouche d’un responsable américain. Mais la secrétaire d’Etat ne faisait qu’exposer ce qui est devenu un souhait aujourd’hui pratiquement général au sein de la communauté internationale.

Le monde perd patience. La semaine dernière encore, une réunion du Quartette (Etats-Unis, Union européenne, ONU et Russie) a été annulée in extremis après que les Européens eurent poussé vers la rédaction des lignes maîtresses pour le règlement définitif du conflit israélo-palestinien.

Plus significatif encore : à l’ONU, alors que la reconnaissance éventuelle de l’Etat de Palestine ne trouvait grâce à l’origine qu’auprès de quelques pays latino-américains, la liste ne cesse de s’allonger. Entre 110 et 115 pays seraient désormais prêts à accepter l’arrivée d’un nouvel Etat membre. Pour peu que l’Union européenne se décide à franchir le pas, le seuil nécessaire des deux tiers des votes (128 Etats) pourrait être atteint.

Pour l’administration américaine, le plus solide allié d’Israël, il y a péril en la demeure. En septembre dernier, Barack Obama évoquait lui-même une entrée de la Palestine dans un délai d’un an. Il peut aujourd’hui difficilement se déjuger. Mais une telle perspective, sans un accord préalable négocié avec Israël, risque de faire très mal à l’approche des élections aux Etats-Unis.

Arme efficace

Pour alléger la pression, aussi bien le gouvernement israélien que le gouvernement américain ont donc intérêt à relancer la machine. Mais pourront-ils le faire ensemble ? Benyamin Netanyahou laisse désormais entendre qu’il serait prêt à entrer en matière sur des « concessions » territoriales en Cisjordanie. Les Américains ne sont pas dupes, et ils savent l’Autorité palestinienne moins candide encore : alors qu’une reconnaissance à l’ONU est devenue l’arme la plus efficace dont elle dispose depuis des décennies, elle sera réticence à lâcher la proie pour une ombre de « processus de paix » toujours aussi évanescente.

Lors de la même réunion à la Brookings Institution, Aaron David Miller, ancien négociateur américain, exposait trois raisons supplémentaires pour lesquelles, selon lui, d’éventuelles discussions auront de la peine à progresser avant l’échéance de septembre : un gouvernement israélien aux mains des « faucons », le manque de stratégie réelle du côté américain pour amener les deux parties à s’asseoir à la même table et, enfin, les divisions au sein même du camp palestinien, notamment entre le Hamas et l’Autorité palestinienne.

Cap sur l’ONU, donc ? Il reste peu de semaines pour désamorcer cette bombe qui, au-delà d’Israël, risque aussi de provoquer d’autres dommages collatéraux. Une reconnaissance de l’Etat de Palestine « affecterait notre aide à l’Autorité palestinienne », expliquait récemment Kay Granger, la républicaine texane qui préside la commission parlementaire en charge de cette aide financière. Puis elle ajoutait : « Cela aura aussi des conséquences sur la contribution américaine à l’ONU. »

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