Ovation pour un roi (démocrate)

Depuis le 23 juillet 1999, Mohamed VI, fils de Hassan II, est le roi du Maroc. © DR
25 juillet 11 - Un dirigeant arabe promettant des réformes radicales pour en finir avec une grande vague de contestation, cela n’a rien de nouveau. Mais selon notre invité Ahmed Charaï, directeur de publication du nouvel hebdomadaire marocain L’Observateur, les réformes constitutionnelles qui ont fait l’objet d’un référendum le 1er juillet au Maroc sont peut-être l’événement le plus important de l’été.

Rabat, Common Ground (CGNews) - Pour la première fois depuis le début du Printemps arabe un peuple adhère massivement aux réformes annoncées par son dirigeant et met un frein aux manifestations antigouvernementales. Durant les semaines qui ont précédé la consultation référendaire, on comptait plus de 100 000 personnes dans les rues ; depuis le vote le nombre des manifestants est tombé à environ 10 000.

La nouvelle constitution du pays a été approuvée par une grande majorité de Marocains. Elle limite les pouvoirs du Roi Mohammed VI au profit du premier ministre issu de la majorité parlementaire et garantit les droits des femmes et des citoyens non-arabes – comme les berbères, qui constituent une grande minorité.

Le Maroc semble avoir trouvé un nouveau modèle de transition politique. Si son expérience de réforme constitutionnelle réussit, il pourra – et devra – exercer un rôle dominant dans la région, rôle joué traditionnellement jusqu’ici par l’Egypte.

Les partis d’opposition – y compris le principal parti de mouvance islamiste - représentés au parlement ont soutenu la nouvelle constitution. Ceux qui rejettent celle-ci - comme un groupe islamiste radical qui veut renverser le roi pour le remplacer par un calife – ont eu la possibilité d’exprimer leur point de vue sur les chaînes publiques de radio et de télévision. Certains responsables pensent que cette ouverture nouvelle est une force de modération. « Plus les extrémistes parlent à la télé, plus ils ont l’air ridicules », affirme Nawfel Raghay, directeur du service public de radiotélévision. « On aurait dû y penser, il y a vingt ans. »

Le partage du pouvoir, prévu par la nouvelle constitution, limite la marge de manœuvre des islamistes s’ils venaient à remporter les élections législatives. Si le pays se retrouvait avec un premier ministre inspiré par la charia, celui-ci nommerait les fonctionnaires et gérerait toutes les questions de sécurité intérieure. En revanche, le contrôle de l’armée et des services de renseignement extérieurs resterait entre les mains du roi. Ce dernier conserve également son rôle traditionnel de commandeur des croyants – ce qui signifie qu’il pourrait empêcher qu’on utilise des mosquées, des médias et l’éducation religieuse pour préconiser des mœurs religieuses extrêmes.

Grâce à cette nouvelle donne, l’Occident, tiraillé entre le respect des valeurs et les intérêts en jeu, ne sera plus confronté à cet éternel dilemme dans sa relation avec le Maroc. Ce pays est considéré depuis longtemps comme un acteur constructif dans les affaires de cette région du monde, mais sa classe dirigeante plutôt autoritaire et pro-occidentale a de mauvais antécédents dans le domaine des droits humains, sans oublier qu’elle a restreint les possibilités de développement politique et économique pour le peuple qui s’est appauvri. La nouvelle constitution va sans doute aussi permettre l’émergence d’une nouvelle élite et l’élargissement de l’arène politique.

Pour l’Amérique et ses alliés, il est important que le Maroc trouve son équilibre, l’Egypte n’étant pas actuellement en mesure d’exercer son influence dans la région. Sous la présidence de Hosni Moubarak, ce pays servait de passerelle entre les monarchies - l’Arabie saoudite - et les autres régimes totalitaires du monde arabe, comme la Syrie et la Libye. Désormais, cette région se scinde différemment, avec d’un côté les autocraties et de l’autre, les pays en passe de devenir des démocraties. De par sa position unique, le Maroc, qui est en pleine transition gouvernementale et sur le point d’adhérer au Conseil de coopération du Golfe – qui est une initiative saoudienne - pourrait très bien reprendre ce rôle de passerelle.

Si l’ancien président égyptien servait de médiateur entre Israéliens et Palestiniens, le nouveau gouvernement doit lui encore mettre en place une politique cohérente par rapport au conflit israélo-palestinien et gagner la confiance des deux parties. Vu son passé, le Maroc jouit déjà de celle-ci. Bien avant que l’Egypte normalise ses relations avec l’Etat hébreu en 1980, le roi Hassan II du Maroc avait déjà servi de lien entre Israël et ses voisins. La distance qui sépare les deux pays n’était pas un problème alors, et elle le sera encore moins à l’ère de la communication à distance et des partenariats stratégiques intercontinentaux.

Le Maroc a des liens historiques profonds avec le peuple juif. Pendant la seconde guerre mondiale, le roi avait protégé 200 000 juifs marocains contre les nazis et aujourd’hui, près d’un million d’Israéliens – dont quelques grands responsables politiques ou militaires - ont des origines marocaines. Le Maroc peut réussir à obtenir des Israéliens et des Palestiniens des concessions que l’Egypte ne pourrait jamais leur faire faire.

Le modèle constitutionnel marocain est un exemple évident à suivre pour la Jordanie, dont le roi, relativement apprécié du peuple, prétend aussi exercer une autorité religieuse. À Bahreïn, royaume sunnite plus en difficulté, un partage similaire du pouvoir entre la dynastie régnante et la majorité chiite, constituerait peut-être un moyen pour celle-là d’assurer sa survie.

Au Maroc, la répression policière a fait un mort et de nombreux blessés parmi les manifestants. Cette violence est certes déplorable, mais elle est minime comparée aux centaines de morts recensées en Egypte – sans parler de la Libye où les morts se comptent par milliers.

Aujourd’hui les Marocains sont très optimistes. Des millions d’entre eux ont exprimé leur désir de liberté et d’ouverture dans le cadre d’une nouvelle constitution. Si le parlement reste vigilant et veille à ce que les réformes soient rapidement mises en place, le Maroc peut devenir un véritable modèle de transition politique et pacifique pour tout le monde arabe.


Ahmed Charaï est directeur de publication du nouvel hebdomadaire marocain L’Observateur. Joseph Braude est l’auteur de The Honored Dead : A Story of Friendship, Murder, and the Search for Truth in the Arab World

Source : The New York Times, 11 juillet 2011, www.nytimes.com

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