Mozambique : Inquiétude pour les prisonniers séropositifs

IPS
28 novembre 06 - MAPUTO, 25 nov (Ruth Ansah Ayisi-IPS) - Comme de nombreux autres pays d’Afrique australe, le Mozambique connaît un important taux de prévalence du SIDA et les personnes infectées ont de grandes difficultés à se procurer à temps des médicaments anti-rétroviraux, y compris derrière les barreaux.

Dans les prisons, les détenus porteurs du virus HIV, qui attendent leur procès, peuvent passer des années en cellule sans qu’un traitement leur soit accessible de manière spécifique, ce qui permet aux maladies liées au SIDA de se développer.

La situation s’améliore pas à pas. Cette année, par exemple, le gouvernement a nommé au sein de l’administration pénitentiaire un expert médical chargé d’élaborer un programme de lutte contre le SIDA.

Il n’existe aucune statistique sur le taux de prévalence du SIDA dans les prisons mozambicaines. "Les détenus représentent sans conteste un groupe à haut risque", estime Americo Assan, responsable du département d’aide médicale du ministère de la Santé.

Selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA, le taux de prévalence parmi les adultes au Mozambique est de 16,1 pour cent. Il varie selon les régions, mais peut atteindre jusqu’à 25 pour cent dans la ville de Beira, au centre du pays.

"La question n’a jamais été de savoir si les détenus devraient avoir accès à un traitement anti-rétroviral", affirme Assan. "Aujourd’hui, le gouvernement met en place ce soutien à la demande du ministère de la Justice qui s’inquiète de la gravité de la situation".

Jusqu’à présent, seuls quelques détenus reçoivent des anti-rétroviraux (ARV), principalement dans la capitale Maputo. Les autorités envisagent de les rendre accessibles dans toutes les prisons.

Sur l’ensemble du pays, avec l’aide de différentes organisations, le gouvernement a réussi à faire en sorte que 34.000 personnes puissent bénéficier des ARV, et espère atteindre 50.000 personnes d’ici à la fin de l’année, sur un total estimé à 250.000 individus ayant un besoin urgent d’accéder à ces médicaments, explique Assan à IPS.

"Le service de santé était chargé de soigner les maladies graves, et non chroniques comme le HIV et le SIDA qui demandent un traitement pour le reste de la vie", souligne-t-il.

Selon Assan, le manque de personnel est l’un des plus gros obstacles au traitement ARV et il est difficile d’atteindre les malades dans un pays aussi vaste où la population est clairsemée, sans compter les autres défis logistiques.

Néanmoins, un projet mené dans trois prisons de la province de Maputo, dans le sud du pays, démontre qu’il est possible de fournir des ARV aux prisonniers avec succès.

A Matola, deuxième plus grande ville de la province après la capitale, un groupe d’hommes discute sur un banc à l’extérieur d’un dispensaire. Ils sont menottés et surveillés par trois policiers, dont l’un est armé.

Jorge (nom d’emprunt), âgé de 30 ans et père de deux enfants, est grand et musclé. Bien qu’il semble aujourd’hui en bonne santé, il a frôlé la mort après avoir souffert d’une infection liée au SIDA, c’était peu de temps avant sa condamnation à cinq années de prison pour le recel d’une voiture volée.

"Ma femme nous a quittés quatre mois après mon arrivée en prison. Pendant l’une de ses visites, elle m’a dit que je ne survivrais pas", dit-il en anglais, une langue qu’il a apprise lorsqu’il était chauffeur de camion en Afrique du Sud. "J’ai essayé de la convaincre du contraire, mais sans succès, c’était douloureux, je croyais aussi que j’allais mourir en prison".

Grâce à un programme destiné à favoriser l’accès aux médicaments contre le SIDA et la malnutrition, mis en place par la communauté italienne Sant’ Egidio, une organisation non gouvernementale, Jorge a pu avoir accès au traitement anti-rétroviral avant et pendant son incarcération.

Chaque samedi matin, une jeune femme médecin passionnée, Noorjehan Abdul Majid, soigne les détenus porteurs du HIV en l’absence des civils. Sur fond de musique et dans une ambiance décontractée, une infirmière pèse d’abord chaque prisonnier avant qu’il ne rencontre le médecin.

Abdul Majid prend son temps avec chacun d’eux. Chaleureusement, elle les questionne sur leurs problèmes médicaux et d’alimentation. Elle les écoute attentivement, et a même punaisé une photographie de la plus jeune fille de Jorge au mur.

Le médecin est très impressionné par Jorge, car il suit régulièrement son traitement et se soigne autant qu’il le peut en prison. Parfois, la mère du détenu vient le voir au dispensaire, parce qu’elle est inquiète. "Comme elle habite loin, je discute avec elle et je lui donne de l’argent pour qu’elle puisse rentrer en transport. Qu’est-ce que je peux faire ? Elle est si pauvre", explique Noorjehan.

La communauté de Sant’ Egidio soigne 25 prisonniers. Ils viennent de deux établissements pour hommes et un autre pour femmes, situés dans la province de Maputo. Le programme a débuté en 2003. "Au début, nous avons eu beaucoup de décès après le premier mois de traitement, parce qu’ils étaient déjà gravement malades lorsqu’ils l’ont démarré. A présent, la plupart des prisonniers sous traitement vont bien", déclare-t-elle.

Une bonne alimentation est importante pour les personnes sous traitement anti-rétroviral. Les détenus qui sont soignés au dispensaire reçoivent chaque mois un colis de nourriture et ils se débrouillent pour cuire leur ration à l’intérieur de la prison.

"J’aime cuisiner, je dois bien manger et rester en forme", dit Jorge. "Chaque matin au lever du soleil, je cours sur le terrain de la prison. Avant, je jouais au football avec les autres détenus, mais ils ont commencé à m’éviter après avoir vu les cicatrices que j’ai sur les jambes", explique-t-il sans se plaindre. Il est tout simplement reconnaissant d’avoir pu bénéficier d’un sursis face à la maladie.

La situation des détenus porteurs du VIH/SIDA a déjà été mise en lumière dans d’autres pays. En Afrique du Sud, dans la ville côtière de Durban, plusieurs prisonniers de la prison de Westville ont entamé une grève de la faim pour protester contre le manque d’accès aux ARV. Quinze prisonniers qui avaient de toute urgence besoin de médicaments ont porté leur cas devant la justice, pour forcer les autorités à leur fournir un traitement.

Les prisonniers ne sont cependant pas en possession des papiers d’identité dont ils ont besoin pour pouvoir démarrer la thérapie — et beaucoup de détenus disent ne pas pouvoir se les payer. En outre, les infrastructures médicales des prisons ne sont pas adaptées au traitement par les ARV.

En juin, la justice sud-africaine a tranché en faveur des détenus, offrant ainsi l’espoir de créer un précédent judiciaire qui aurait permis un traitement pour tous les détenus, à l’échelle nationale. Le gouvernement a cependant interjeté appel de la décision. Entre-temps, l’un du groupe des 15 détenus de Westville était mort de complications liées au SIDA.

Selon des chiffres publiés en août dernier par la ‘Kaiser Family Foundation’, une organisation à but non lucratif établie en Californie, environ un million de personnes ont un besoin urgent de médicaments ARV en Afrique du Sud, où près de 5,5 millions d’habitants sont porteurs du virus.

Le gouvernement a mis en place un programme d’accès au traitement ARV. A la fin-septembre de cette année, il touchait 235.378 malades, selon un communiqué du ministère de la Santé, publié à la mi-novembre. (FIN/2006)

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