Mondial 2010 : des travailleuses hors jeu

Portia Mhkize "Les femmes ont toutes été licenciées" © Emilio Pedrina.
8 novembre 12 - Portia Mhkize a participé à la construction du plus grand stade africain. Aujourd’hui, elle est à nouveau sans emploi.

Katja Schurter/Solidar

Comment allez-vous, deux ans après le Mondial ?

Portia Mhkize : J’ai été licenciée peu après et tente à présent de gagner ma vie grâce au recyclage. Je ramasse des bouteilles, les brise et revends le verre pilé. Cela me rapporte 400 à 500 rands par mois (45 à 55 francs). Pour mes trois filles (18, 15 et 6 ans), je reçois des allocations d’environ 500 rands. Mon revenu n’équivaut donc plus qu’à la moitié de ce que je touchais en travaillant sur le chantier de Soccer City. J’ai de la peine à joindre les deux bouts. Ma fille aînée voudrait aller à l’université, mais je n’ai pas l’argent pour payer son inscription.

Combien de temps avez-vous travaillé à Soccer City ?

Plus de deux ans. Au début, j’étais simple manoeuvre. Après avoir suivi un cours mis sur pied par le syndicat de la construction NUM, j’ai été chargée de la sécurité : je contrôlais le chantier avant le début du travail et veillais à ce que les mesures de sécurité soient respectées tout au long de la journée, car le travail était très dangereux.
A Soccer City, je gagnais 12 rands par heure. Après une grève, les salaires ont augmenté et le mien est passé à 15 rands. Je touchais près de 2200 rands par mois (env. 255 francs). Une fois le stade achevé, l’entreprise a pris en charge un chantier à l’étranger. Elle a emmené les hommes, mais licencié les femmes. La raison officielle était qu’il n’y avait pas de place pour les loger. Cela dit, les entreprises sud-africaines commençaient déjà à engager moins de femmes.

Chantier de Soccer City, Mondial 2010
© Joachim Merz

Que sont devenus vos collègues ?

La même chose que moi. Une partie des hommes sont partis à l’étranger. Les femmes ont toutes été licenciées. Ce fut très dur.

Y avait-il des différences entre femmes et hommes ?

Ce sont souvent les hommes qui conduisent les engins de chantier. Voilà pourquoi il fallait davantage d’hommes que de femmes. J’ignore si nous touchions le même salaire.

Avez-vous acquis de nouvelles compétences ?

Oui, j’ai obtenu un diplôme d’ouvrière du bâtiment et un de conductrice d’engins de chantier. Mais les entreprises ne les reconnaissent pas. Ils n’engagent que des personnes de moins de 35 ans, et rarement des femmes. C’est surtout mon âge – j’ai 37 ans – qui m’empêche de trouver du travail.

Autrement dit, le Mondial n’a pas amélioré votre situation ?

Non, mais je suis heureuse que l’Afrique du Sud ait accueilli le Mondial 2010. Des gens sont venus de partout pour admirer Soccer City et j’ai eu du travail pendant quelque temps. Je suis fière d’avoir construit ce stade.

Article paru dans le magazine ’’Solidarité’’ de Solidar Suisse, l’oeuvre d’entraide des syndicats et du Parti socialiste suisse : www.solidar.ch

Lire notre dossier spécial sur le Mondial 2010 : l’Afrique au delà du foot
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