Militante au Pakistan ! Une bataille sur tous les fronts

InfoSud
Tanveer Jahan (photo Carole Vann).
19 juin 06 - Dictature, intégrisme, esclavagisme des enfants, crimes d’honneur. De passage à Genève, la Pakistanaise Tanveer Jahan raconte son combat dans un pays où paradoxalement de nombreuses femmes sont députées ou ministres mais également bafoués dans leurs droits fondamentaux.

« Mes parents voulaient me marier, moi je voulais étudier. Alors j’ai refusé de manger. Au bout de six jours, mon père a cédé ». Tanveer Jahan n’était alors qu’une gamine de quatorze ans. Sans le savoir, elle avait goûté à l’élixir de la liberté dans une société brimée et muselée. Depuis, elle n’a cessé de se battre sur tous les fronts pour les libertés au Pakistan. InfoSud l’a rencontrée à Genève à la veille du premier Conseil des droits de l’homme.

Vêtue à la pakistanaise d’un pantalon et d’une tunique, Tanveer incarne un mélange subtil entre beauté et détermination. « Je suis venue pour la Conférence de l’Organisation internationale du travail (OIT) dans le cadre de la lutte contre l’esclavage, déclare-t-elle d’emblée. Des enfants de quatre ans sont vendus comme jockeys pour les courses de chameau dans les pays du Golfe. Ils sont privés d’eau et de nourriture pour rester légers. Durant la course, ils sont attachés sur le chameau qui est excité par leurs hurlements de terreur. » Le Pakistan est principal fournisseur. Avec son ONG du nom de DHCD, Democratic Commission for Human Development, Tanveer lutte contre ce trafic (ils sont environ 3’000 victimes).

La militante pakistanaise est aussi en Suisse en tant que coordinatrice de STEP au Pakistan. Ce label garantit, à travers un système de contrôle, une chaîne de fabrication de tapis à des conditions décentes. Les responsables de STEP n’avaient pas manqué de remarquer cette femme peu commune qui multipliait ses actions au sein de son ONG. Tanveer a d’ailleurs vite fait d’adapter les mécanismes de STEP à sa propre communauté.

« Chez nous, les femmes tissent les tapis à la maison. C’est très difficile de vérifier leurs conditions de travail, surtout pour une personne qui n’appartient au groupe. » La militante propose alors de créer et de former des comités de contrôle au sein même des villages. « On leur apprend aussi comment négocier les conditions de travail des ouvrières avec les commerces. Les patrons commencent à comprendre qu’avec le nouveau système mondial, ils ont intérêt à jouer la carte sociale. »

La jeune femme œuvre pour que les activités des tisseuses soient intégrées dans le circuit économique légal. C’est la seule manière, selon elle, pour que leurs droits puissent être défendus convenablement. Car Tanveer est bien placée pour savoir qu’un long chemin reste à faire pour la place de la femme dans la société pakistanaise. En effet, durant la junte militaire musclée de Zia-Ul-Haq, dans les années 1980, des lois islamistes rétrogrades ont été introduites. Et les femmes, déjà aux prises avec des moeurs très traditionnelles, se sont retrouvées prisonnières du carcan fondamentaliste.

Les paradoxes du Pakistan

« Notre pays est plein de paradoxes. Nos libertés sont très restreintes et pourtant notre société civile est très forte, explique-t-elle. Le Pakistan est une des nations au monde où il y a le plus de femmes élues, des ministres, des députées… En même temps, les lois religieuses les discriminent dans la société.

La loi du Hudud, par exemple, veut qu’une femme fournisse quatre témoins mâles si elle veut prouver qu’elle a été victime d’un viol ! Sinon, elle se retrouve derrière les barreaux pour relations sexuelles illégales. Donc, si une fille se marie sans le consentement de ses parents, ces derniers peuvent l’attaquer en vertu du Hudud. Et il y a aussi les pratiques coutumières, comme les crimes d’honneurs, dénoncés par Amnesty International. Ou encore : une femme peut être offerte en compensation à la famille de la victime d’un meurtre. »

Ainsi les terrains d’action se situent à tous les échelons. « Nous devons à la fois préserver nos droits légaux et lutter contre le fondamentalisme croissant, au niveau de l’Etat, des acteurs non étatiques et de la famille. Mais aujourd’hui, notre parlement doit se prononcer sur une question cruciale : le Pakistan est-il un Etat théocratique ou laïque ? De la réponse dépendra notre combat de demain. »

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