Luanda tarde à secourir une population décimée par la famine

Avant de se déplacer vers le sud de l’Angola cette année, la sécheresse frappait auparavant les provinces côtières et montagneuses du centre.
18 juillet 13 - Malgré les promesses gouvernementales, une aide infime parvient aux 800’ 000 sinistrés, touchés par une grave sécheresse.

Luana, Louise Redyers/InfoSud-IPS - Depuis six mois, près de 800 000 Angolais sont frappés par une sécheresse persistante qui touche le sud du pays. Dans certains endroits, pas une goutte de pluie n’est tombée en deux ans. Famine et malnutrition font des ravages. Des groupes religieux, des ONG locales et des organisations humanitaires internationales lancent un appel pour obtenir une aide urgente de l’étranger. Car de l’avis général, la réponse gouvernementale est insuffisante pour endiguer la catastrophe humanitaire en cours.

La sécheresse a détruit des milliers d’hectares de plantations agricoles, touchant aussi les pâturages et décimant le bétail. Cunene, Namibe, Huila et Kuando Kubango comptent parmi les provinces méridionales les plus touchées. La plupart des habitants en sont réduits à manger des feuilles et des racines, qu’ils mélangent avec du sel et de l’huile pour obtenir une pâte.

Pour répondre à la crise, le gouvernement de ce pays d’Afrique australe a formé un comité d’intervention d’urgence en mai dernier. Selon les médias d’Etat, des centaines de tonnes d’aide alimentaire et des réserves d’eau ont été envoyées à différentes communautés. Mais pour les acteurs humanitaires sur le terrain, cette aide ne couvre pas les besoins nécessaires et apparaît bien tardive.

« Il y a deux discours en Angola : ce que le gouvernement vous raconte et ce qui se passe réellement. La vérité, c’est que dans ma paroisse, les gens meurent par milliers faute de nourriture et d’eau », s’insurge le Père Pio Jacinto Wakussanga, directeur de l’ONG Associação Construindo Comunidades, basée à Huila dans le sud-ouest. « Certes, des réunions au plus haut niveau ministériel se sont tenues, et des missions d’évaluation des dégâts ont été réalisées. Mais sur le terrain, nous ne constatons que peu d’effort du pouvoir pour sauver les populations. »

Au-delà de la sécheresse actuelle, le père Pio estime que la disette « est davantage un problème de sécurité alimentaire que de climat. Par exemple, le sous-sol regorge d’eau : nous devons donner des moyens aux paysans pour la puiser. »

Manne pétrolière

Aujourd’hui deuxième producteur de pétrole d’Afrique après le Nigeria, l’Angola importe 90% des produits agricoles qu’il consomme. Un renversement de situation puisque dans les années 70, le pays était l’un des greniers de l’Afrique. Mais la guerre civile, terminée en 2002, avait ruiné son économie. Et la manne pétrolière, qui assure aujourd’hui à l’Angola l’une des croissances les plus fulgurantes au monde, n’encourage pas Luanda à investir dans un secteur à la rentabilité longue et faible.

Avant de se déplacer vers le sud cette année, la sécheresse frappait auparavant les provinces côtières et montagneuses du centre. En tout, près de 10% de la population – soit 1,8 million de personnes – ont été touchés par les pénuries alimentaires et les mauvaises récoltes.

Cela n’a pourtant pas empêché le Fonds des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) de distinguer l’Angola fin juin pour avoir réussi le premier des Objectifs du millénaire : réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim et de la malnutrition à l’horizon 2015.

Si le père Pio reconnaît que des progrès en la matière ont été réalisés, l’attribution de ce prix passe mal. D’autant plus qu’en parallèle, Luanda a annoncé son intention de verser 10 millions de dollars au Fonds de solidarité pour la sécurité alimentaire, géré par la FAO. « Le monde pense que l’Angola est un pays riche qui subvient aux besoins de son peuple. Mais malgré sa fortune, il n’en n’est rien. Ici, les gens souffrent. »

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