Libye : les travailleurs migrants condamnés à partir

Un employé du HCR distribue de la nourriture aux familles ayant fui les violences en Libye et qui se retrouvent bloquées à la frontière égyptienne. © HCR/P.Moore
20 mars 12 - Tandis que l’Organisation internationale pour les migrations enchaîne les évacuations vers le Nigeria, le gouvernement libyen de transition durcit sa politique face aux migrants illégaux. Reportage.

Tripoli, Rebecca Murray/InfoSud-IPS - Dans l’enceinte de l’aéroport de Mitiga, à l’est de Tripoli, un groupe de Nigérians déambulent vêtus de vestes de sport et de chaussures vertes flambants neuves :, un cadeau de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) avant le départ. Autour d’eux, des valises en plastique, remplies de leurs maigres biens et des sacs de courses. Depuis quelques mois, les vols de l’OIM sont remplis de ouest-africains qui ont traversé le Niger et le Tchad pour la Libye à la recherche d’une meilleure situation économique, mais qui ont été forcés de rentrer à la suite des violents troubles politico-militaires. « Notre plus gros problème, c’est la vérification de leurs papiers d’identité et de leurs documents de voyage temporaires », explique Jeremy Haslam, chef de la mission de l’OIM en Libye. « S’ils ne disposent pas de leurs documents – et c’est le cas pour plus de 90% d’entre eux- la première chose que nous devons faire, avant de penser à un rapatriement, est de confirmer leur origine. »

Un sentiment d’impuissance

Alors que certains Nigérians semblent soulagés de rentrer chez eux, la plupart laissent transparaître un sentiment d’impuissance et de tristesse. Difficile de rentrer et s’avouer vaincu après de tels sacrifices. Après un périple en voiture coûteux et dangereux à travers le désert libyen, ils ont passé la plupart de leurs journées à chercher du travail et à vivre dans la crainte perpétuelle d’être harcelés, volés et détenus par les milices libyennes qui patrouillent dans les rues. Et maintenant, ils doivent retourner dans leurs familles, les mains vides et souvent redevables à des passeurs. « Quand je suis arrivé à Tripoli, j’ai pu travailler dans un lavage de voitures. Je touchais jusqu’à 50 dinars libyens (35 francs) par jour », confie Dennis, 24 ans. « Lorsque la guerre a débarqué, c’était l’enfer. Les milices m’ont pris mon passeport et tout mon argent. Ils m’ont arrêté pendant une vingtaine de jours et m’ont battu. »

La plupart des Nigérians en attente dans le terminal de l’aéroport se connaissent. Ils se sont déjà croisés à bord d’un bateau qui tentait de traverser la Méditerranée durant la fin 2011. Un billet pour l’Europe à 1200 dollars, mais qui s’est terminé à Tripoli dans la prison d’Ain Zara pendant les trois derniers mois. Parmi eux, Shauna, 38 ans, mère d’une fille de 4 ans et d’un bébé d’un an. Elle était déjà bien enceinte lorsque son mari a atteint l’Italie par ses propres moyens au début du conflit en Libye. Elle a à peine eu le temps d’accoucher dans un appartement de Tripoli qu’elle embarquait déjà pour l’Europe. Sans succès : toute la famille a été appréhendée en route, avant de passer par la case prison. « Je n’ai pas d’argent », raconte Shauna, en ouvrant son sac à main en faux cuir plein de documents déchirés, gorgés d’eau et de dessins d’enfants. « Quel autre choix j’ai ? »

Durcissement de la loi

« J’espère qu’ils ne vont pas expulser les personnes qui ne devraient pas l’être, comme les demandeurs d’asile, les réfugiés ou des personnes ayant besoin d’une protection internationale », s’inquiète Emmanuel Gignac, chef de mission du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) en Libye. Depuis le début du mois de mars, les réfugiés économiques et politiques font face à une nouvelle menace. Le ministre du Travail libyen, Mustafa Ali Rugibani, a annoncé que désormais tous les travailleurs migrants illégaux seraient expulsés. « S’ils ne sont pas légalisés, ils seront expulsés ». Et cela, malgré l’absence d’un système transparent en place pour traiter ces cas.

Dans des ateliers ferroviaires à Tripoli, des centaines de réfugiés en provenance de Somalie et d’Erythrée s’entassent dans des logements délabrés et humides en cette matinée d’hiver. La propriété qui appartenait au gouvernement est désormais « gérée » par une milice locale. Des 4x4 patrouillent avec des canons antiaériens. Au fond se trouve une cellule de détention. « Je vais partir pour l’Italie, j’ai beaucoup d’amis là-bas », s’enthousiasme Theodras, d’Erythrée, qui a réussi à trouver du travail trois jours par semaine pour charger des camions. Lorsqu’on l’interroge sur la menace d’expulsion du ministre du Travail, il répond franchement : « Qui s’en soucie ? – quelles que soient les contraintes, nous allons atteindre la destination qu’on s’est fixé ».

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