Les violences en Syrie dopent le marché noir des armes au Liban

Trafic d’armes au Liban. © DR
23 mai 11 - Les Syriens traversent la frontière libanaise pour acheter des armes légères. Un marché contrôlé par les principaux partis libanais

Mona Alami (IPS)/InfoSud - « En à peine deux mois, les prix ont triplé », se réjouit Wael, un revendeur d’armes local, dont le nom a été changé pour protéger son identité. Selon plusieurs autres marchands, depuis fin janvier de nombreux Syriens traversent la frontière pour acheter des armes au Liban. C’est durant cette même période que le pays a été secoué par les premières manifestations pro-démocratiques, réprimées dans le sang par le régime du président Bachar el-Assad.

Depuis le début des violences, des dizaines de soldats et près de 850 civils ont été tués. Pour le gouvernement syrien, ces troubles et ces manifestations sont l’œuvre de « bandes armées ». L’agence officielle de presse syrienne (Sana) a récemment cité une source militaire qui affirmait que l’armée et les unités de sécurité continuaient de chasser des « groupes armés terroristes ».

On pouvait également lire sur le site internet de cette agence que « l’armée avait appréhendé des dizaines de membres de ces groupes et saisi une grande quantité d’armes et de munitions à Baba Amr, dans la province de Homs, et à Deraa [dans le sud du pays]. Deux militaires ont été tués et cinq autres blessés dans les affrontements. »

« Nous ne sommes pas armés. C’est absurde », affirme un militant syrien, sous couvert d’anonymat. Les personnes arrêtées ont nié avoir acheté des armes en accusant les services secrets d’avoir, eux, abattu ces soldats, car ils ne voulaient pas tirer sur des manifestants.

Difficile de savoir ce qui s’est vraiment passé. Les informations qui sortent de Syrie sont rares et souvent opaques. Reste qu’au Liban, les marchands d’armes soulignent que de nombreux Syriens achètent des armes pour se défendre. Ils admettent également que certains acheteurs semblent beaucoup mieux organisés et structurés.

« Cependant, il est extrêmement difficile de savoir de quelle communauté ces acheteurs sont issus [de l’opposition ou soutenant le régime El-Assad]. Ils gardent leur identité secrète », explique Wael. « Les Libanais achètent aussi des armes par peur des tensions communautaires, résultant de la déstabilisation du régime de Bachar [el-Assad] », analyse Brahim, un autre revendeur d’armes de Beyrouth.

Même si on ne sait pas exactement qui se cache derrière ces achats, une chose est certaine : la forte demande fait grimper les prix. Dans les rues de Beyrouth, le prix d’un fusil d’assaut a bondi de 850 dollars à 1450, alors qu’une carabine M4, vendue avant à 5800 dollars, atteint désormais 7500. Un M16, le fusil standard de l’armée américaine utilisé actuellement en Afghanistan et en Irak, se négocie désormais autour des 2500 dollars, soit deux fois plus qu’avant. « Une kalachnikov AK-47 vendue à Beyrouth entre 1000 et 1200 dollars il y a quelques mois, en vaut maintenant 1600. Le prix des munitions a aussi brutalement augmenté », explique Brahim.

Depuis la fin de la guerre civile en 1990, l’instabilité qui règne au Liban est une véritable manne pour les revendeurs d’armes. Selon Brahim et Wael, le marché est aux mains des principaux partis politiques. Ils usent de leur réseau et de certains alliés pour protéger les trafiquants des risques de poursuites judiciaires. Chacun de ces partis se repose généralement sur un gros acheteur qui a les contacts nécessaires à l’étranger et connaît toutes les ficelles du business.

Brahim admet que les livraisons d’armes au Liban ont considérablement augmenté ces derniers mois. En provenance d’Irak et de Syrie, elles entrent clandestinement par les frontières poreuses du Liban. Pour Wael, il est clair que « les partis politiques libanais ont décidé d’autoriser le commerce des armes légères et moyennes, tandis qu’ils ont mis une interdiction sur la vente d’armes à feu plus lourdes, tels que les canons et les roquettes. »

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