Les travailleurs égyptiens ont relevé la tête

Les travailleurs de l’entreprise d’électricité d’Etat – North Cairo Electricity Distribution Company (NCEDC) se sont mis en grève en mai 2013 pour réclamer des primes salariales. DR
8 octobre 13 - Qu’il soit militaire ou islamiste, l’Etat combat les revendications syndicales. Mais le Printemps égyptien a favorisé la prise de conscience et l’auto-organisation ouvrière

Le Caire, Cam MacGrath/InfoSud-IPS - En 2011, les travailleurs égyptiens avaient largement contribué au renver- sement du président Hosni Moubarak. Le changement politique leur avait per- mis d’acquérir de nouveaux droits : des syndicats s’étaient multipliés à travers tout le pays, réclamant une réforme du code du travail, et les ouvriers avaient multiplié les grèves pour obtenir de meilleurs salaires et conditions de travail. Mais deux ans et demi plus tard, le constat est amer.

Ni le gouvernement des Frères musulmans dirigé par Mohamed Morsi, ni la junte militaire actuelle- ment au pouvoir n’ont changé la méthode Moubarak. Afin de promouvoir l’Egypte comme une destination peu chère, « l’Etat continue de violer les droits des travailleurs sous prétexte d’attirer des investisseurs étrangers et des touristes », s’insurge le journaliste et militant syndical Adel Zakaria.

Sous le régime autoritaire d’Hosni Moubarak, la main-d’œuvre était étroitement contrôlée et instrumentalisée. Pendant vingt ans, le monopole étatique sur l’organisation syndicale a empêché toute action collective des travailleurs, tandis qu’ils étaient largement mis à contribution pour soutenir le parti au pouvoir lors des élections. Et ce, au mépris des traités internationaux sur le droit du travail ratifiés par l’Egypte, puisque le gouvernement allait jusqu’à enrôler des policiers ou des voyous pour soutenir certains employeurs lors de conflits dans leurs usines.

Dégradation des conditions de travail

Selon l’économiste Amr Adly, la poli- tique économique néolibérale du régi- me Moubarak et le programme de pri- vatisations réjouissaient certainement la Banque mondiale et le FMI. Mais ils ont surtout engendré une augmenta- tion du chômage et un écart toujours plus grand entre riches et pauvres. Au moment du soulèvement de 2011, près d’un quart des 85 millions d’Egyptiens vivait en-dessous du seuil de pauvreté.

Le salaire mensuel moyen atteignait péniblement 542 dollars (490 francs), amélioré par quelques primes et avantages qui servaient surtout aux employeurs comme moyen de pression. Ce qui mettait les ouvriers du pays des pharaons à égalité avec leurs confrères mexicains et thaïlandais.

Depuis, la situation s’est encore dégradée. L’instabilité politique quasi chronique a effrayé les investisseurs et dévasté le secteur du tourisme, l’un des piliers de l’économie. Les chiffres offi- ciels montrent que le taux de chômage a grimpé à 14%, avec plus d’un quart des jeunes sans emploi. Et malgré une inflation atteignant 10%, « il n’y a aucune volonté gouvernementale pour indexer les salaires sur l’augmentation du coût de la vie, remarque Zakaria, une militante syndicale. La plupart des Egyptiens sont moins bien lotis qu’avant la révolution. »

Parole libérée

Aujourd’hui, la seule différence avec la vie sous le régime de Moubarak est que les ouvriers ont pris conscience de leurs droits et que la parole s’est libérée. Ainsi, des milliers de syndicats indépendants, représentant près de 3 millions de travailleurs, contestent l’hégémonie de ceux contrôlés par l’Etat. Rien que l’année dernière, près de 2000 manifestations ont eu lieu pour demander de meilleurs salaires et la suppression des lois sur le travail très contraignantes établies sous Moubarak. « La plupart de ces grèves ont échoué, reconnaît Zakaria. Mais l’ampleur du phénomène a fait que le gouvernement et les employeurs sont maintenant plus enclins à négocier avec les travailleurs. »

Récemment, le gouvernement a promis d’augmenter le salaire mensuel minimum de six millions de travailleurs du secteur public, à hauteur de 1200 livres (157 francs). Mais il a refusé d’étendre la mesure aux 19 millions de salariés du privé.

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