Les déplacés du Warziristan payent cher la guerre contre les talibans

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25 juillet 14 - Depuis l’attaque à l’aéroport de Karachi mi-juin, l’armée afghane a lancé une vaste offensive anti-taliban dans les zones tribales du Pakistan voisin. Conséquence : plus de 500’000 civils ont fui les frappes aériennes, surtout vers la ville de Bannu. Témoignages de ces déplacés qui affrontent des chaleurs intenses, et sont confrontés à des pénuries de nourriture et de médicaments.

Peshawar de retour de Bannu, Signa Ashfaq Yusufzai/InfoSud-IPS- Depuis un mois, quelque 468’000 réfugiés ont déserté leurs villages pour échapper à la violente offensive de l’armée contre les Talibans, qui règnent en maîtres dans cette zone tribale frontalière de l’Afghanistan. Baptisée « L’épée du Prohète » (« Zarb-e-Azb »), cette pluie de feu et de bombes se veut une réponse radicale aux attaques terroristes perpétrées début juin à l’aéroport international de Karachi, qui avaient fait 18 victimes.

Comme la majorité des autres déplacés, Rameela Bibi a atterri à Bannu, la grande ville la plus proche, située à seulement 5 kilomètres du Waziristan. Si l’armée a bouclé l’accès à toute la province, seules les routes menant à cette ville et à la frontière afghane, à l’ouest, sont restées ouvertes. Mais Bannu est déjà une ville sous tension, asphyxiée par l’accueil d’un million de réfugiés qui sont arrivés par vagues successives depuis neuf ans. Aujourd’hui, ses camps de fortune et les capacités des ONG sur place sont incapables d’absorber ce nouvel afflux.

Sur place, le désarroi est donc total. Faute de transports, la majorité des déplacés ont parcouru à pied la cinquantaine de kilomètres qui les séparaient de Bannu. Beaucoup se sont effondrés en chemin, épuisés par des heures de marche sur des chemins de terre, sous une chaleur avoisinant 45 degrés. « Près de 90% des 28 000 personnes que nous avons examinées ces derniers jours souffrent de maladies causées par l’exposition au soleil et la consommation d’eau insalubre, remarque le docteur Sabz Ali, directeur-adjoint du principal hôpital de Bannu. En raison des fortes températures, nous craignons une flambée de maladies contagieuses, comme la gastroentérite et la diarrhée, ainsi qu’un pic de poliomyélite et de rougeole. »

A 59 ans, Ahmed Noor Mahsud et sa famille concentrent tous les maux de cette catastrophe humanitaire en cours. Depuis leur arrivée dans un camp en juin, Mahsud est alité à la suite d’un coup de chaleur causé par une marche de 40 km sous un soleil de plomb, tandis que ses fils – âgés de 14, 15 et 20 ans – souffrent de diarrhées, de fièvre et de maux de tête. Leur accès restreint à l’eau potable aggrave encore leurs symptômes.

Selon des spécialistes de la santé publique, l’épuisement a même provoqué de nombreux arrêts cardiaques parmi les réfugiés. En outre, ceux restés à l’extérieur des camps, et notamment dans les zones désertiques, risquent des morsures de serpents et des piqûres de scorpions. Sans compter le stress post-traumatique dont tous pourraient souffrir à long terme.

Environ 90% des personnes déplacées sont extrêmement pauvres. Depuis plus d’une décennie, elles vivent bien en-dessous du seuil de pauvreté, en raison de l’érosion de l’économie locale. Peu de gens disposent donc de ressources pour se payer des soins privés, et doivent attendre patiemment la visite de l’un des rares médecins à opérer dans cette zone gigantesque et dangereuse.

Mais pour Ikram Mahsud, réfugié dans un camp de Bannu depuis plusieurs années, le pire est encore à venir. « Il n’y a plus rien à manger, et l’absence de latrines, comme de détergent et de savon nous conduit droit à la catastrophe. » Les femmes et les enfants représentent actuellement les trois-quarts des réfugiés. Aux dernières nouvelles, l’OMS devait envoyer des médicaments pour couvrir les besoins de 90’000 réfugiés. Mais selon les observateurs sur place, ce ne sera pas suffisant pour endiguer la spirale d’une grave crise humanitaire qui est déjà en marche.

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