Les Pakistanaises gardées à l’écart du monde du travail

Une femme pakistanaise travaille dans une usine de fabrication de briques dans la banlieue d’Islamabad, au Pakistan. DR
20 octobre 14 - Le Pakistan est l’un des pays qui marginalisent le plus le travail féminin. La faute à un tabou social niant le désir et le besoin des femmes d’exercer une activité.

Peshawar, Ashfaq Yusufzai/InfoSud-IPS - Il y a quinze ans, Saleema Bibi a obtenu avec brio son diplôme de médecin. Toutefois, cette Pakistanaise d’une quarantaine d’années n’a jamais pu exercer. « Je voulais entrer dans la fonction publique, mais ma famille a préféré que je me marie », raconte cette habitante de Peshawar, capitale de la province de Khyber Pakhtunkhwa. Aujourd’hui femme au foyer, elle ne connaît que trop bien les « règles morales strictes » de la société pakistanaise, opposée dans sa majorité à l’idée qu’une femme puisse travailler.

« Je sais que ma région manque de doctoresses, et que les salaires des personnels médicaux sont attractifs, souligne-t-elle. Mais les tabous sociaux ont fini par annihiler le désir des femmes de trouver un emploi. » Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), les disparités de genre dans le monde du travail sont très prononcées au Pakistan : en 2012, les femmes représentaient à peine 20% de la population active (contre plus de 40% en Suisse, ndlr). Dans le nord du pays, la ceinture tribale où réside Saleema Bibi, la situation est encore pire : les coutumes religieuses sont tellement prégnantes qu’elles confinent les Pakisanaises entre les quatre murs de leur maison, les enfermant dans un rôle traditionnel d’épouse, de mère et de femme de ménage.

Et pour celles qui ont l’opportunité d’accéder à un emploi, leur choix se limite bien souvent au secteur informel, selon l’Etude économique du Pakistan pour la période 2012-2013. Domestique, cuisinière, nourrice, ou toute autre tâche au service de riches familles qui paient très peu. « Beaucoup de Pakistanais ne veulent pas que leur femme se mêle aux hommes dans les bureaux, et préfèrent la tenir à l’écart des lieux publics, remarque Muhammad Mushtaq, l’un des principaux entrepreneurs de la province. Les industries locales n’emploient que 3% de femmes : une aberration quand on sait que le nombre de filles dans les universités pakistanaises, y compris dans les régions du nord, est presque égal à celui des garcons. Malgré leurs compétences, les femmes restent marginalisées. »

Face à la pauvreté dans un pays où la moitié des 182 millions d’habitants gagnent moins de deux dollars par jour, de plus en plus de femmes se mettent tout de même en quête d’un emploi, mais qui respecte ce code social : en ce moment, elles trouvent plus facilement du travail sur les chaînes de conditionnement d’aliments, ou dans les ateliers de confection de vêtements, friands de leurs talents de brodeuses. Mais, comme le notent les experts, il s’agit essentiellement de travail temporaire, donc précaire.

Une situation aggravée par le faible taux d’alphabétisation des femmes : si 70% des fillettes sont scolarisées en primaire, elles ne sont que 33% à franchir les portes du cycle secondaire. En somme, seules les veuves ou les femmes de handicapés sont relativement libres de chercher et de choisir un travail, selon Muhammad Mushtaq.

Pourtant, le gouvernement s’est engagé à créer un environnement de travail plus rassurant pour les femmes, où le harcèlement, les abus et autres intimidations n’auraient pas droit de cité, comme l’a annoncé le ministre de l’Information, Shah Farman. En décembre 2013, un programme de microcrédits de 10 millions de dollars a été lancé, pour permettre aux femmes de démarrer leur propre entreprise. Pas sûr que cela suffise pour que le Pakistan atteigne l’Objectif d’égalité des genres voulu par les Nations Unies à l’horizon 2015.

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