Les Cambodgiens soulagés par la perpétuité pour Duch

Duch écoute le verdict de son procès en appel le 3 février 2012 Photo : Extraordinary Chambers in the Courts of Cambodia
3 février 12 - A Phnom Penh, le procès en appel du 1er haut responsable khmer rouge aggrave sa peine. Un soulagement pour les Cambodgiens et un fragile espoir pour l’instauration d’une justice équitable dans un royaume toujours convalescent.

Phnom Penh, Anne-Laure Porée/InfoSud - Vêtu d’une chemise blanche et d’un blouson crème, le visage sombre, maîtrisant sa nervosité, Duch n’a pas cillé quand le juge a prononcé contre lui une peine de réclusion à perpétuité pour les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre commis à S21, le centre d’extermination khmer rouge qu’il a dirigé entre 1975 et 1979. L’image restera dans la mémoire de tous les Cambodgiens qui suivaient l’audience sur les principales chaînes de télévision.

Dans son jugement, la Cour suprême du tribunal parrainé par l’ONU, rappelle que S21 était une « usine de mort ». Les archives retrouvées sur place ont permis d’établir avec certitude une liste de 12 272 victimes, torturées et exécutées. La cour argumente que « la peine doit être suffisamment sévère pour prévenir la répétition de crimes similaires » qu’elle classe « parmi les pires de l’histoire de l’humanité ». Elle considère que la cruauté et le zèle déployés par l’accusé sont des circonstances aggravantes qui annulent toute circonstance atténuante.

Soulagement des parties civiles

Du côté des parties civiles la nouvelle a été reçue avec un immense soulagement. Elles n’ont obtenu aucune réparation, mais elles sont sorties le sourire aux lèvres, émues, les yeux brillants de satisfaction. Devant une foule de journalistes, Chum Mey, autrefois détenu à S21, jubile. Il parle de « la lumière de la justice », rendue à 100%. « Sans cette condamnation à perpétuité, il n’y aurait pas de réconciliation possible, ajoute-t-il. Si c’était un autre pays peut-être que Duch serait déjà pendu. Chez nous c’est la perpétuité. Ce tribunal est un tribunal modèle pour le monde entier. »

Dans le public, des étudiants se réjouissent eux aussi. « Tous les citoyens cambodgiens seront satisfaits par cette sentence parce que c’est celle qu’ils attendaient tous », témoigne Vattana du haut de ses 19 ans.

Critiques formulées

Pourtant des critiques sont formulées. Plusieurs observateurs, dont Clair Duffy d’Open Society Justice Initiative, déplorent la violation des droits de l’accusé. Il a passé huit ans en détention préventive dans une prison militaire, la cour n’en a pas tenu compte. « On doit équilibrer avec les droits de l’accusé. Vous savez, la détention provisoire illégale, c’est une norme dans ce pays. Pour moi, cette décision est un très mauvais exemple pour développer l’Etat de droit. »

Mais après le revirement de Duch qui a demandé sa libération plutôt que d’accepter la peine de 35 ans prononcée en première instance, ce verdict ne peut qu’être populaire au Cambodge.

Un observateur cambodgien craint, lui, que Duch soit un bouc émissaire. Le réalisateur Rithy Panh désapprouve : « Il serait un bouc émissaire s’il était le seul condamné. Mais ce procès n’est qu’une étape. Cruciale. C’est la première fois que le bourreau est condamné et les victimes reconnues. Laissons le tribunal travailler sur les cas suivants pour que Duch ne soit pas le seul à porter la responsabilité du génocide des Khmers rouges. »

Le 2ème procès patine

Commencé en novembre dernier, le procès 002 vise l’ancien bras droit de Pol Pot, Nuon Chea, l’ancien ministre des Affaires étrangères Ieng Sary et l’ancien chef de l’Etat Khieu Samphan. Mais il patine et inquiète. Par souci d’efficacité, les juges l’ont divisé en sous-procès. Une décision controversée qui laisse un grand point d’interrogation sur le traitement des faits de génocide, de travail forcé, de mariages forcés et de persécutions religieuses.

Outre de récurrentes accusations d’interférences politiques cambodgiennes, un bras de fer semble opposer les Nations unies au gouvernement qui refuse des poursuites contre de nouveaux accusés.

Mais pour le Cambodge, le verdict contre Duch reste un succès. D’autant que la sentence, rendue par un tribunal haussé aux standards de la justice internationale, a lieu dans le pays où fut commis le crime. Cela renforce la crédibilité du Cambodge sur la scène internationale alors qu’il préside l’Asean depuis deux mois et lorgne sur un siège au Conseil de sécurité des Nations unies.

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