Le printemps arabe, une chance à saisir pour Israël

"Plutôt que de considérer la transition politique vers un gouvernement civil égyptien comme une menace, Israël aurait tout intérêt à développer une relation avec le nouveau gouvernement." DR.
1er mars 12 - Pour Natalia Simanovsky, chercheuse, les partis politiques islamistes - notamment en Egypte et en Tunisie - ont une palette de possibilités vers lesquelles évoluer. En ce sens, elle encourage Israël à faire preuve de créativité et d’ouverture pour mieux garantir sa sécurité.

Tel Aviv, Natalia Simanovsky/InfoSud-CGnews - Le gouvernement israélien et les responsables de l’établissement de la sécurité appréhendent les vastes changements au Proche-Orient et en Afrique du Nord. Bien que la crainte de l’inconnu soit dans la nature humaine, les événements récents représentent l’occasion idéale pour réformer la région.

Ceci ne signifie pas pour autant que les dangers auxquels Israël fait face ne soient pas réels ; avec la sortie de la scène politique de son plus grand allié, Hosni Moubarak, le pays doit tenir tête à un gouvernement nouvellement élu dont la position en ce qui concerne l’Etat juif et les affaires qui lui sont liées, est pour le mieux incertaine.

Sans sous-estimer les défis qu’Israël doit relever en essayant de naviguer sur cette terre inconnue, la configuration du pouvoir qui se dessine dans la région peut lui offrir des circonstances stratégiques convenables, à condition qu’elles soient considérées avec attention.

Le printemps arabe, et le nouveau paysage politique qui en a résulté, a conduit à bon nombre d’événements, dont les premières élections libres en Tunisie. Beaucoup d’Israéliens pensent que la montée du parti politique islamiste Ennahda – qu’ils estiment être un allié des Frères musulmans en Egypte – est le précurseur d’une hostilité envers l’Occident et Israël. Il faut pourtant savoir que les partis politiques qui s’appuient sur l’Islam ne sont pas des partis monolithiques comme beaucoup le supposent.

En Tunisie, les élections ont abouti à une victoire majoritairement en faveur des partis libéraux et des partis islamistes modérés. S’il est vrai que Ennahda a obtenu 40% des voix, l’organisation doit partager le pouvoir avec des partis laïcs et de centre-gauche. Le fait que la Tunisie voie des valeurs religieuses resurgir dans la sphère publique ne signifie pas pour autant qu’elles soient une menace existentielle pour Israël.

Pour ce qui est de l’Egypte, les élections ont effectivement abouti à la victoire des Frères musulmans, avec la ligne dure du parti islamiste Al Nour en deuxième position. Bien que cette dernière victoire puisse justifier une certaine méfiance, elle laisse place toutefois à un optimisme prudent. Tout d’abord, les Frères musulmans de 2012 ne sont pas les mêmes que ceux de dix ou cinquante années en arrière. Leur évolution au fil du temps a été marquée par une démarche pragmatique, tenant compte de l’égalité des sexes et d’autres principes démocratiques – ainsi que de la paix avec Israël.

Les médias ont rapporté qu’une fois au pouvoir, l’organisation abolirait le traité de paix avec Israël – ou du moins le soumettrait à référendum -, mais rien n’est moins sûr. Il arrive souvent que des partis fassent des promesses et, qu’une fois au pouvoir, des considérations internes et externes les amènent à changer de cap. D’ailleurs, le soutien américain qui s’élève à environ deux milliards de dollars par an est particulièrement utile au nouveau gouvernement et représente, de ce fait, une des principales mesures d’incitation pour le maintien du traité de paix.

Plutôt que de considérer la transition politique vers un gouvernement civil comme une menace, Israël aurait tout intérêt à développer une relation avec le nouveau gouvernement, avant tout dans le domaine de la sécurité. La poursuite d’une coopération en matière de sécurité entre Israël et l’armée égyptienne (qui peine à renvoyer les insurgés hors de la région du Sinaï) peut amener un changement positif à long terme pour les deux pays.

Plus directement, l’Etat d’Israël devrait profiter de l’incertitude qui règne sur le Hamas, dont les dirigeants à Damas – favorables à une ligne de conduite modérée – et à Gaza – ne partageant pas la même vision – se trouvent dans un jeu de pouvoir, conséquence de l’instabilité du régime Assad.

Il semblerait que l’Egypte, le Qatar et la Turquie aient un grand pouvoir de persuasion sur le Hamas, et qu’ils l’incitent à mettre fin à la résistance armée contre Israël. La démission récente de Khalid Meshaal, à la tête du Hamas en Syrie, ne signifie pas nécessairement un abandon des mesures modérées qu’il avait promues. De plus, lorsque j’ai interviewé le Premier ministre palestinien Salam Fayyad en mars dernier, le Fatah s’efforçait à convaincre le Hamas de renoncer à la violence contre Israël, en vue d’une réconciliation.

Le chef adjoint du bureau politique du Hamas Abu Marzouk, originaire de Gaza, succèdera sans doute à Khalid Meshaal. Etant donné qu’il est partisan de la modération et d’une réconciliation entre le Fatah et le Hamas, l’orientation actuelle ne sera probablement pas mise en danger. M. Marzouk est membre haut placé du Hamas depuis les années 1990 et, comme le montrent les articles qu’il a publiés dans la presse occidentale, sa position en ce qui concerne l’occupation des frontières est à tendance pragmatique.

Il est vrai que les défis auxquels Israël doit faire face dans un environnement instable sont majeurs. Mais qui dit défi, dit chance à saisir. Si Israël parvient à envisager les événements de manière créative et prudente, le changement dans le paysage politique pourrait bien laisser présager une évolution favorable, pour Israël en particulier, et pour le Proche-Orient en général.

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