Le manque de financements compromet la réponse aux principaux enjeux sanitaires mondiaux (MSF)

20 septembre 10

New York /Genève, Médecins Sans Frontières — Les dirigeants du monde réunis à New York cette semaine pour évaluer les progrès réalisés dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies (OMD) pourraient transformer la lutte contre les deux principales causes de mortalité chez les enfants (la malnutrition et le VIH/SIDA) en appliquant un mécanisme de financement innovant, a déclaré aujourd’hui l’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF).

L’Organisation mondiale de la santé indique qu’il faudrait investir 37 milliards USD par an de plus dans la santé d’ici 2015 pour satisfaire aux OMD relatifs à la santé. Le groupe pilote intergouvernemental a estimé qu’une taxe sur les transactions financières, un prélèvement de quelque 0,005 % sur les transactions des quatre devises les plus échangées dans le monde, pourrait générer environ 33 milliards par an. Cela pourrait servir à étendre l’application des derniers progrès médicaux à la lutte contre les principaux enjeux sanitaires, notamment la malnutrition et le VIH/SIDA.

« Pour de nombreuses maladies, nous savons ce dont nous avons besoin pour sauver des vies », a affirmé Sophie Delaunay, directrice générale de MSF aux États-Unis. « Nos équipes sur le terrain utilisent de nouveaux outils et de nouvelles approches pour empêcher la malnutrition chez les enfants et garantir qu’ils naissent sans le virus du sida, mais le financement n’est pas suffisant pour la mise en œuvre à long terme d’interventions sanitaires efficaces. Un prélèvement financier pour la santé, fournissant un flux de financement dédié et prévisible, permettrait que les vies des patients ne soient plus à la merci de marchés volatiles et de calendriers politiques ».

La réponse politique à la récente volatilité financière mondiale a eu un effet catastrophique sur la fiabilité du financement et les engagements de l’aide étrangère pour la santé mondiale. Des trous se sont donc creusés dans le financement d’institutions importantes telles que le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme et des gouvernements donateurs tels que les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, qui manquent à leurs engagements antérieurs en maintenant, voire diminuant, leur financement.

Au Malawi, le gouvernement a soumis aux Fonds mondial une demande de financement pour la fourniture de traitements antirétroviraux pour toutes les femmes enceintes séropositives. Cela permettrait de réduire de façon importante la transmission du VIH à leurs bébés par les femmes enceintes. Mais, étant donné le budget limité du Fonds mondial et les prévisions pessimistes des contributions futures des États donateurs, il se peut que le Malawi ne reçoive pas sa subvention et ne puisse pas mettre en œuvre pleinement le projet visant à fortement réduire le nombre d’enfants nés contaminés par le VIH. Certains pays ont déjà dû appliquer des restrictions de 10 % aux financements approuvées lors du dernier round de subventions.

« Il n’est plus suffisant de réitérer son engagement pour avoir accès aux soins et aux traitements, à la santé maternelle et des enfants, à la lutte mondiale contre le SIDA », a indiqué Mme Delaunay. « À moins de mettre en place des modèles de financement garantissant un financement suffisant à long terme, les pays seront toujours restreints et les engagements pris ne seront que rhétorique ».

Le manque de financement durable en matière de santé mondiale compromet également les possibilités d’extension de programmes efficaces de traitement et de prévention de la malnutrition infantile, qui contribue à la mort d’environ 3,5 à 5 millions d’enfants de moins de 5 ans par an. MSF a montré que de nouveaux outils de traitement et de nouvelles approches peuvent guérir des centaines de milliers d’enfants dans les foyers de la malnutrition de la planète. Par exemple, MSF a traité 77 000 enfants sévèrement malnutris dans le courant de l’année, aux côtés d’organisations locales au Niger. Depuis le mois de juillet, MSF distribue également des compléments alimentaires à plus de 143 000 jeunes enfants, pour leur éviter la malnutrition.

Les efforts visant à lutter contre la malnutrition à un stade plus précoce, notamment l’intervention en cours du Niger, sont indispensables pour endiguer les crises nutritionnelles récurrentes qui touchent un grand nombre de pays dans la région du Sahel africain. Si un engagement financier pérenne n’est pas assuré par les principaux bailleurs internationaux, ces efforts seront vains.

Selon l’estimation de la Banque mondiale, il faudrait investir 12,5 milliards USD tous les ans pour financer des interventions de nutrition efficaces dans les pays les plus touchés. Une analyse de MSF estime que seule une petite partie de cet argent est dépensée tous les ans, à savoir 350 millions USD en 2007.

Une taxe sur les transactions financières pourrait transformer certains foyers de malnutrition dans le monde et permettrait aux gouvernements de mieux traiter et prévenir la principale cause de mort infantile dans le monde.

Un mécanisme de financement innovant de la santé existe déjà sous la forme de l’UNITAID, agence internationale qui finance des programmes de traitement du VIH/SIDA grâce à des taxes minimes sur les tarifs aériens. Le Fonds monétaire international a récemment déclaré que ces taxes sur les transactions financières étaient techniquement faisables. Ce mois-ci, plusieurs pays, y compris le Brésil, la Grande-Bretagne, le Chili, l’Éthiopie, la France, l’Inde, le Japon et l’Afrique du Sud ont annoncé qu’ils proposeront au Sommet sur les OMD une taxe sur les transactions de devises afin de lever des fonds pour l’aide au développement.

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