Le conflit libyen en terrain miné

Les rebelles libyens ont trouvé et extrait plus de 150 de ces mines antipersonnel, des T-AB-1 de fabrication brésilienne, que les forces gouvernementales avaient posées au nord de Zintan dans les montagnes de Nafousa. © 2011 Human Rights Watch
26 août 11 - Dans sa guerre pour mater les insurgés libyens, les troupes du colonel Mouammar Kadhafi ont déployé des centaines de mines antipersonnel.

Le Caire, Simba Russeau/Infosud-IPS - Alors que la chute du clan Kadhafi se précise, la Libye doit faire face à un autre fléau : à Misrata et dans l’ouest du pays, plusieurs terrains sont infestés de mines, un véritable poison pour les civils. « Les derniers rapports militaires indiquent que des mines ont été installées sur des terres agricoles à Zintan, au sud ouest de Tripoli », explique Sean Sutton, porte-parole de l’organisation internationale Mines Advisory Group. Une information confirmée par Human Rights Watch. Fin juin, l’organisation a trouvé au nord de Zintan, dans les montagnes de Nafousa, au moins trois champs mis en place par l’armée libyenne.

Plusieurs régions du pays ont ainsi été minées par les forces de Mouammar Kadhafi. Selon Human Rights Watch, cinq types de mines sont déployés dans six endroits du pays, y compris les mines antipersonnel et antichar dans la banlieue d’Ajdabiya, une ville de 100 000 habitants. Même l’enclave rebelle de Misrata est touchée. En mai dernier, des chercheurs d’Amnesty International ont documenté l’utilisation de ces engins explosifs à deux endroits dans le quartier de Tammina, une zone résidentielle située au sud-est du centre de Misrata. Plus d’une vingtaine ont été désamorcées par les rebelles après qu’un bus ait explosé.

Les mines sont de production brésilienne et chinoise. « Celles fabriquées au Brésil étaient très petites, presque entièrement en plastique et difficile à repérer avec des détecteurs de métaux », analyse Mark Hiznay de Human Rights Watch. « Mais aujourd’hui elles ne sont disponibles parce que le Brésil a signé la Convention sur l’interdiction des mines terrestre. Le pays n’en fabrique et n’en vend plus depuis 1989. Par contre, l’apparition en grande quantité de mines chinoises s’annonce très inquiétante car la Pékin n’a pas signé ces conventions. Espérons que des mesures soient prises dans le cadre du Traité sur le commerce des armes qui visent à en réglementer la vente à des régimes qui ne respectent pas les droits humains ». La Libye est l’un des 37 pays qui n’a pas signé la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel. Le Conseil national de transition, soit l’autorité d’opposition en Libye, s’est formellement quant à lui engagé le 28 avril dernier à ne pas faire usage de mines antipersonnel ni antichar et à détruire toutes celles qui se trouvent en sa possession.

Bombes à fragmentation

Autre menace pour les civils, les bombes à fragmentation. « En cas d’explosion, ces engins peuvent se transformer en deux mille bombes plus petites et peuvent faire d’importants dégâts dans les zones densément peuplées sans aucune distinction entre cibles militaires et les populations civiles », précise Laura Cheeseman, directrice de la Cluster Munition Coalition (CMC).

Par ailleurs, beaucoup n’explosent pas immédiatement, ce qui en fait de facto des mines antipersonnel qui peuvent tuer ou mutiler des personnes longtemps après la fin du conflit. A peine âgé de quinze ans, Mohammed habite à Misrata. Il a perdu en avril dernier sa main gauche et souffre toujours de blessures à l’abdomen. « C’est une grenade à détonation rapportée à la maison qui a fait ces dégâts », explique Sean Sutton. « Ses frères ont même joué pendant quelques jours avec, mais le troisième jour la grenade a explosé alors qu’il était en train de la ramasser. Il a de la chance d’avoir survécu. »

Depuis fin mars, près de six mille missions de bombardement en Lybie ont été réalisées par l’OTAN dont 382 contre des dépôts de munitions. « Ces missions augmentent les risques pour la population », estime Mark Hiznay, « parce que les munitions sont dispersées dans les environs ». Même après la fin du conflit, le nombre de victimes civiles risquent de s’alourdir, fauchés par les mines et les bombes qui traînent à travers le pays.

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