Le Yémen, au-delà d’Al-Qaïda

Abubakr Al-Shamahi, journaliste indépendant anglo-yéménite et rédacteur en chef pour CommentMiddleEast.com. (DR)
2 septembre 13 - Journaliste indépendant anglo-yéménite et rédacteur en chef pour CommentMiddleEast.com, Abubakr Al-Shamahi souligne que le Yémen ne se limite pas aux bombes et au terrorisme dans un article écrit pour le service de presse de Common Ground (CGNews).

Sanaa, Abubakr Al-Shamahi/CGNews - Les menaces non-identifiées qui, ce mois, ont abouti à la fermeture de l’ambassade des États-Unis, et les nombreuses attaques par drones dans la région, ont une fois encore attiré l’attention de la communauté internationale sur le Yémen.

Pour dire les choses simplement, je crains, en tant que Yéménite, que mon pays n’apparaisse aux yeux de la communauté internationale que comme le front du combat d’Al-Qaïda. Or, le Yémen ne se limite pas aux bombes et au terrorisme. Les Yéménites qui souhaitent que cette image ne soit pas la seule à être associée à leur pays sont très nombreux.

Atiaf al-Wazir est une militante yéménite importante. Elle évoque la frustration de beaucoup de ses compatriotes, et, dans un article rédigé pour YourMiddleEast, elle parle d’un « pays avec une longue histoire, surnommé l’Arabie heureuse, terre de la générosité, de la sagesse, du café, des premiers gratte-ciels, terre aux nombreuses reines et à l’architecture remarquable », aujourd’hui sous l’ombre de « l’hystérie du siècle, à savoir le terrorisme ».

Si les commentateurs de la scène internationale considéraient la situation de plus près, ils s’apercevraient que le Yémen est un pays qui a le potentiel d’être entièrement dissocié du foyer du fondamentalisme. Ils s’apercevraient que le Yémen traverse une transition politique intéressante, d’une importance majeure pour la région.

Il s’agit après tout d’un des pays du printemps arabe. Qui plus est, l’ancien chef d’État est vivant, il n’est ni en exile ni en prison. Le Yémen est un pays où les différentes factions politiques parviennent, dans la majorité des cas, à résoudre leurs désaccords sans faire couler le sang.

Les observateurs ont rapidement oublié que, durant la révolte qui a duré toute une année et qui a abouti à la chute du président Ali Abdullah Saleh, les membres de l’opposition ont été très peu nombreux à faire recours aux armes dans le but de renverser le gouvernement. De plus, les manifestations qui ont lieu à travers le pays étaient essentiellement des événements pacifiques, culturels et éducatifs. Lorsque 52 manifestants ont trouvé la mort le 18 mars 2011, il était attendu que les tribus du Yémen, souvent calomniées, mettent à mal l’esprit pacifique de la révolution pour venger la mort des membres de leurs tribus. La plupart d’entre eux ont ignoré les normes tribales qui exigent une vengeance par le sang et ont abandonné les armes.

Le mouvement de la jeunesse est également une entité qui vise des changements politiques par des moyens pacifiques. Le militantisme contre les attaques par drone et la grève de la faim pour la libération de prisonniers politiques, ou encore l’ancienne élite qui continue de dominer, ont défié les stéréotypes et fui la violence – ce qui est, comme je m’efforce de le souligner, une pratique répandue dans notre pays.

Deux semaines en arrière, j’étais invité à un rassemblement des tribus dans le village reculé d’Al Hajar, au sud de Sanaa, par le ministre de l’électricité et de l’énergie. Un des interlocuteurs parlait de la démocratie, et affirmait qu’il s’agissait là du meilleur chemin vers le changement et vers une vie meilleure au Yémen. L’assemblée a applaudi ces propos avec véhémence. Ces Yéménites n’ont pas besoin d’être convaincues des bienfaits de la démocratie, ils l’accueillent à bras ouverts.

Les obstacles que rencontre le pays ne se limitent d’ailleurs pas à Al-Qaïda et au terrorisme. Du point de vue démographique, le taux de natalité du Yémen est parmi les plus élevés au monde, et les Nations Unies prévoient que la population passe des 24 millions d’habitants actuels à 61 millions d’ici à 2050. Parallèlement, il est prévu que les ressources telles que l’eau et le pétrole diminuent dramatiquement, voire, dans le cas du pétrole, qu’elles disparaissent. Ces questions risquent bien d’avoir un impact sur nos voisins, et sur le reste de la planète. Mais ces obstacles peuvent être surmontés à condition qu’on leur accorde l’attention nécessaire.

Ce n’est pas la terreur qui doit être à la une de la presse internationale lorsqu’elle examine le Yémen. Le pays est bien plus que cela, et il est honteux de l’ignorer.

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