Le Timor-Leste rêve de prospérité main dans la main avec Djakarta

Ancien commandant de l’armée du Timor oriental, Taur Matan Ruak a été élu président le 20 mai 2012. Image : John de Guerre, licence CC (2009)
21 mai 12 - L’ancien chef des forces armées Taur Matan Ruak a été investi président du Timor-Leste le jour même où la jeune démocratie, meurtrie par 24 ans de conflits, fête ses dix ans d’indépendance.

Anne-Fleur Delaistre, Le Temps - Le drapeau timorais rouge, jaune et noir est hissé sur le fronton des bâtiments officiels. Dans les rues de Dili bétonnées à la hâte, chacun l’affiche fièrement, sur sa devanture de magasin ou au rétroviseur de sa voiture. Les Timorais fêtaient ce week-end les dix ans de l’indépendance du pays, avec de nombreux invités étrangers, au premier rang desquels le président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono.

Dix ans après la proclamation d’indépendance, l’heure est à la bonne entente entre les deux ennemis d’hier. L’Indonésie voisine avait envahi en 1975 le petit pays, déclenchant 24 ans d’un conflit qui a provoqué la mort de plus de 200 000 personnes, soit plus d’un quart de la population.

Le « premier Etat du troisième millénaire » s’est relevé de ses cendres avec le soutien important des Nations unies, présentes depuis 1999, et d’une forte volonté politique, malgré des défis économiques encore considérables. La stabilité nationale et la réconciliation avec le voisin indonésien ont été les principales priorités de tous les gouvernements timorais pendant cette décade. L’ONU s’est félicitée de cette paix retrouvée, y voyant un signe positif augurant le retrait des Casques bleus à la fin de l’année.

« Regarder vers le futur »

A la tête de ce petit pays de 1,12 million d’habitants, le pragmatisme domine. José Ramos-Horta, le Prix Nobel de la paix et président sortant éliminé au premier tour de l’élection présidentielle, a œuvré en faveur de la ­réconciliation avec le géant indonésien, au détriment de poursuites pénales des militaires de l’ère Suharto.

Avec plus d’un tiers des importations provenant d’Indonésie, Djakarta est un partenaire majeur pour l’économie du pays, situé sur une moitié d’île à l’extrême est de l’archipel indonésien. Le président nouvellement élu, Taur Matan Ruak, ne dit pas autre chose. Le prestige associé à son combat de résistant contre l’occupant indonésien et à sa carrière à la tête des forces armées qui a séduit l’électorat en avril dernier ne masque pas son réalisme politique. « Je ne vais pas construire sur le passé, mais plutôt regarder vers le futur pour guider et mobiliser le peuple timorais à participer activement au processus de développement et de progrès dans le pays », confie le nouveau président.

Pourtant dans la population, dont plus de la moitié vit sous le seuil de pauvreté, un autre discours cherche timidement à se faire entendre. La reconstruction du pays aux dépens de la justice n’est pas largement acceptée.

« Pour les hommes politiques, qui ont des vies confortables aujourd’hui et qui ne souffrent plus, c’est facile d’oublier », explique Charles Scheiner, responsable de la puissante association Lao Hamutuk. « Mais, pour les habitants, c’est plus difficile de pardonner. Leurs maris ont été tués, leurs femmes violées, leurs enfants kidnappés, leurs maisons brûlées. Les séquelles du passé ne le leur permettent pas. »

Victimes civiles « ignorées »

Comme d’autres groupes de la société civile, Lao Hamutuk plaide pour la création d’un tribunal pénal international pour juger les militaires de l’ancien homme fort indonésien, Suharto, l’accusant de « crimes contre l’humanité ». « Le gouvernement a dépensé beaucoup d’argent pour la reconnaissance des vétérans. Mais il a ignoré les victimes civiles », s’insurge Juvinal Dias, un Timorais d’une trentaine d’années.

Les vétérans, ces héros de la guerre d’indépendance qui ont pris les armes, sont largement reconnus par l’Etat, qui leur a offert des postes clés et une pension importante. En 2011, 57 millions d’euros, soit 6% du budget de l’Etat, leur ont été alloués dans un pays, réputé le plus pauvre d’Asie, où le taux de chômage dépasse les 20%.

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