Le Liban ferme ses portes aux réfugiés palestiniens fuyant la Syrie

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30 juillet 14 - Asphyxié par la présence massive de réfugiés syriens, le pays du cèdre aurait mis en place une politique d’asile discriminatoire, au mépris du droit international. Le 1er juillet, Amnesty International a révélé des preuves d’une politique de refus total des réfugiés palestiniens de Syrie au Liban, dont un document confidentiel de la sécurité libanaise. Une situation qui déchire de nombreuses familles.

Beyrouth, Mutawalli Abou Nasser/InfoSud-IPS - Depuis 2011 et l’éclatement de la révolution en Syrie, des dizaines de milliers de Palestiniens installés dans le pays ont fui, dont près de 50’000 au Liban voisin. Mais si le pays du cèdre représentait jusqu’alors l’option la plus sécurisante pour eux, cela est en train de radicalement changer. En effet, de récentes restrictions empêchent de facto les Palestiniens de Syrie de franchir la frontière libanaise : il leur faut dorénavant obtenir l’autorisation de la sécurité générale libanaise, et attendre également le feu vert des autorités syriennes pour quitter le pays. Dernière « formalité » qui nécessite au préalable le consentement de l’ambassade du Liban en Syrie.

Autant dire un sésame d’entrée impossible à obtenir. Et même si un Palestinien de Syrie décrochait tous les documents nécessaires à son entrée au Liban, il peut encore être refoulé par les gardes-frontières. Ceux-ci n’ont pas à motiver leur refus, ni à en informer leur hiérarchie à Beyrouth. Pris au piège dans un labyrinthe administratif et sans réelle issue, de plus en plus de Palestiniens passent donc clandestinement la frontière, aggravant encore leur vulnérabilité.

Renvoyés en Syrie

Le parcours d’Iyad, 19 ans, en est un exemple criant. Sa famille a été chassée de Palestine en 1948 lors de la création de l’Etat d’Israël. Ses aïeuls ont trouvé refuge dans le camp de Yarmouk, proche de Damas, la capitale syrienne, où ils se sont installés. Mais la violence et la guerre les ont une fois de plus déracinés de leur communauté. Après avoir fui au Liban en décembre dernier, Iyad avait l’intention de partir en Libye et de là, entamer la périlleuse traversée maritime jusqu’à l’île italienne de Lampedusa, porte d’entrée de l’Europe pour des centaines de milliers de migrants clandestins.

Mais en juin ses plans ont été contrecarrés : il a été arrêté par les services de sécurité libanais, avec quarante-huit autres jeunes Palestiniens, alors qu’ils tentaient de quitter le Liban par l’aéroport international Rafic Hariri à Beyrouth. Après dix heures d’interrogatoire, ils ont été expulsés vers la Syrie car leurs autorisations d’entrée n’étaient plus valides. En les renvoyant ainsi, le Liban revient sur sa position adoptée dès le début du conflit chez le voisin syrien, qui était de ne pas renvoyer de force les réfugiés ayant fui les violences.

« Obligé de tuer »

Selon Human Rights Watch, le gouvernement libanais viole le principe international de « non-refoulement », qui interdit aux Etats de renvoyer des demandeurs d’asile ou des réfugiés dans un endroit où leur vie ou leur liberté seraient menacées. « Je ne peux pas rester en Syrie, souligne Iyad, qui est repassé clandestinement au Liban en juillet. J’ai l’âge d’effectuer mon service militaire obligatoire de deux ans : ils vont me forcer à prendre les armes et à tuer des innocents, dans un combat qui n’est pas le mien ».

Certes, comme n’importe quel Etat dans le monde, le gouvernement libanais a clairement le droit de protéger ses frontières, d’autant que l’afflux massif de réfugiés met à rude épreuve le pays qui a déjà fait un énorme effort d’accueil Mais les Palestiniens, désespérés et en quête d’un semblant de sécurité, se demandent pourquoi ils sont clairement visés par ces me sures contraignantes.

Situations kafkaïennes

L’agence des Nations Unie chargée des réfugiés palestiniens au Moyen-Orient (UNRWA) indique avoir reçu la garantie de Beyrouth que ces mesures ne sont que temporaires. Mais à ce jour, aucun signe n’indique un changement de cap dans les mois à venir. Au grand dam de dizaine de familles qui se retrouvent dans des situations kafkaïennes.

Le 1er juillet, Amnesty International a révélé, dans une longue enquête, la détresse des familles déchirées en tentant de passer au Liban. L’organisation de défense des droits de l’homme affirme avoir des preuves d’une politique de refus systématique d’entrée au Liban pour tous les Palestiniens de Syrie au Liban qu’ils répondent ou non aux nouvelles conditions d’entrée. Comme document à charge Amnesty international a divulgué un document émanant apparemment des services de sécurité libanais, qui interdit aux compagnies aériennes d’embarquer des Palestiniens sur leurs vols entre Damas et Beyrouth. Et ce, quelle que soit la régularité de leurs documents de voyage.

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