Le Conseil des droits de l’homme s’enflamme

Conseil des droits de l’Homme, ONU, Genève. © DR.
3 octobre 11 - Un rapport de Human Rights Watch décrypte une année d’activité de l’organisation basée à Genève. Sous l’impulsion du Printemps arabe, les tensions se sont exacerbées. Passage en revue des pays contestataires et des bons élèves.

Fabrice Praz/Infosud - Alors que s’est achevée vendredi au Palais des nations la 18e session ordinaire du Conseil des droits de l’homme, Human Rights Watch publie un nouveau rapport intitulé « Maintenir l’élan : Une année dans la vie du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ». De juillet 2010 à juin 2011, l’organisation de défense des droits de l’homme s’est immergée au cœur du Conseil et de ses multiples empoignades entre les 47 pays membres.

De fait, l’année écoulée a été exceptionnellement intense pour le Conseil des droits de l’homme. L’onde de choc du Printemps arabe, qui a violemment réveillé l’organe onusien, laisse des traces. Un véritable coup de défibrillateur. Le Palais des nations semble sorti de sa torpeur et surprend par son audace. Le 25 février, le Conseil organise une session extraordinaire. Objectif : suspendre la Libye de ses rangs et créer une commission d’enquête sur les violences perpétrées lors de la répression des manifestations par les troupes du colonel Kadhafi. Un moment historique : c’est la première fois qu’un pays membre est directement visé. En avril, c’est au tour du régime de Damas d’être épinglé pour sa répression violente. Il y a un mois, le Conseil décide d’envoyer aussi une commission d’enquête en Syrie pour examiner toutes les accusations de violations des droits humains depuis mars 2011. « A présent, le principal défi est de maintenir le Conseil sur sa lancée », confie Juliette de Rivero, directrice du bureau de Human Rights Watch à Genève. Un défi périlleux, car le Conseil reste miné par des Etats frondeurs et dissidents. Passage en revue des Etats trublions et des vrais meneurs.

La Russie s’érige contre toute résolution qu’elle qualifie de « critique vis-à-vis d’un pays ». Seules ­celles en rapport avec Israël échappent à cette stratégie de sabotage. Elle a également rejeté la prolongation du mandat d’expert sur le Soudan et le mandat de rapporteur spécial sur la Corée du Nord. Au cours de la session extraordinaire sur la Syrie, la Russie a rejeté la résolution demandant une enquête. « Le projet de résolution avait un caractère politisé et unilatéral. Il ne prenait pas en considération les récentes mesures prises par les autorités syriennes en vue de stabiliser la situation, de lancer des réformes et de relancer le dialogue national », avait avancé le Ministère russe des affaires étrangères dans un communiqué.

C’est une Suisse fébrile qui réintègre « son » Conseil en mai 2010, suite au vote sur l’interdiction de la construction de minarets. Mais en quelques sessions, son travail de négociatrice prend rapidement de l’ampleur. « Grâce à son approche cohérente et non sélective, ainsi qu’à son solide bilan de vote, la Suisse est bien placée pour prendre du leadership en ce qui concerne des initiatives spécifiques à des pays que d’autres membres ne sont pas prêts à suivre », confie la directrice du bureau de Human Rights Watch à Genève.

La Jordanie, elle, a profité du Printemps arabe pour s’affirmer. Le pays a joué un rôle essentiel sur les questions liées à sa région. En février 2011, c’est elle qui parraine l’appel pour une session extraordinaire sur le régime de Kadhafi et qui introduit la résolution prolongeant le mandat de la commission d’enquête.

L’Afrique du Sud a mené l’initiative historique visant à promouvoir l’égalité des individus sans distinction de leur orientation sexuelle lors de la session de juin 2011. « Elle a ainsi prouvé sa capacité à faire la différence au Conseil lors des débats difficiles », selon l’organisation des droits humains. Cette initiative avait soulevé la fronde de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) et de plusieurs pays africains. En réaction, le délégué du Nigeria, Ositadinma Anaedu, a attaqué l’Afrique du Sud, l’accusant d’avoir « rompu avec la tradition du groupe africain ».

Si la Chine pèse de tout son poids diplomatique sur la scène internationale, au Conseil, elle fait profil bas. Sur l’ensemble des résolutions, elle n’en a parrainé que deux. Pékin s’est systématiquement opposé à toute résolution touchant un pays particulier : Soudan, Corée du Nord, Iran, Biélorussie, Birmanie et Syrie. « C’est à la Syrie de décider de l’avenir de la Syrie », a martelé Ma Zhaoxu, porte-parole de la diplomatie chinoise. « La réponse défensive de la Chine semble refléter le fait qu’elle craigne que des allégations de violations graves des droits humains en Chine puissent être portées à l’attention du Conseil », analyse Juliette de Rivero. Au cours de la session de septembre 2010 du Conseil, la Chine a été l’une des cinq délégations à s’être dissociée de la résolution établissant le mandat du rapporteur spécial sur la liberté de réunion et d’association pacifiques qui avait suscité un consensus.

Sous l’ère du président George W. Bush, les Etats-Unis avaient boycotté cet organe dès sa création. Depuis juin 2009, le pays est entré dans le club. Avec à sa tête l’ambassadrice Eileen Donahoe, la délégation américaine dépolarise et fédère un Palais des Nations écartelé entre les Occidentaux d’un côté et les Etats africains, islamiques et asiatiques de l’autre. Mais sa force de mobilisation lui permet aussi de bloquer des dossiers sensibles, comme ceux touchant à Israël et l’Afghanistan. Les Etats-Unis ont systématiquement refusé de mettre clairement à l’ordre du jour du Conseil la situation des droits humains en Afghanistan et n’ont pas soutenu la demande pour la création d’un mandat de procédure spéciale sur ce pays. Ils rejettent aussi toute résolution axée sur les territoires palestiniens occupés et Israël.

Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  Impressum  |  contact
Palais des Nations, Bureau S-84  |  Avenue de la Paix 8-14  |  CH-1211 Genève 10  |  T: +41 22 917 29 30  
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire le temps L´Orient-Le Jour Geopolitis swissinfo LE COURRIER rue 89 Slate Afrique ipsnews