La plus grande opération des droits de l’homme en péril

Carole Vann, Juan Gasparini - InfoSud
La Colombie connaît un grand nombre de personnes déplacées.
29 septembre 06 - Le bureau en Colombie du Haut Commissariat aux droits de l’homme risque d’être amputé d’une partie de ses fonctions. Alors que les violations restent affolantes. L’ONU et les ONGs réagissent.

Les ONGs colombiennes sont venues en force jeudi après-midi au Conseil des droits de l’homme. Elles voulaient entendre la position de Louise Arbour sur leur pays. Ce même jour, la Haut Commissaire présentait divers rapports sur les activités de ses bureaux dans de nombreux pays. Or c’est en Colombie qu’est déployée la plus grande opération des droits de l’homme au monde. Mais les défenseurs des libertés craignent que le mandat du Haut Commissariat soit revu à la baisse par le président Álvaro Uribe. Alors que les violations dans le pays restent affolantes.

En effet, le gouvernement colombien entend limiter l’activité du bureau du Haut Commissariat à une assistance technique. Ce qui ferait passer à la trappe le rôle de monitoring qu’assure actuellement ce bureau ! Du coup, la Colombie se débarrasserait de l’organe le plus légitime sur le plan international qui se prononce sur les violations des droits de l’homme dans le pays et les répercute au Conseil.

La plus grave crise humanitaire de l’Occident

Voilà quatre ans que Uribe dirige le pays. Et le bilan est désastreux : plus de 11’000 personnes assassinées ou disparues - bien plus que le nombre de victimes sous les 17 ans de dictature de Pinochet, a déclaré au Conseil Andrés Sánchez Thorín de la Commission colombienne des juristes. Les agents de l’Etat sont responsables de 75% des crimes - imputables pour la plupart aux paramilitaires. Tandis que les guérillas sont impliquées dans les 25% restant. Par ailleurs, plus d’un million de personnes ont été déplacées de force entre 2002 et 2006. Pour Jan Egeland, coordinateur des affaires humanitaires à l’ONU, il s’agit de "la plus grave crise humanitaire de l’Occident."

Dans sa présentation de jeudi, Mme Arbour a d’ailleurs exprimé son inquiétude sur l’impunité qui règne dans le pays. Pour Andrés Sánchez Thorín, la situation est encore plus préoccupante depuis l’entrée en vigueur en 2005 d’une nouvelle loi de démobilisation qui exonère 40’000 paramilitaires de leurs responsabilité pénale. "L’ONU a critiqué cet aspect de la loi, explique Sánchez. Et le tribunal constitutionnel colombien a imposé une réforme dans ce même sens. Sans la présence du bureau du Haut Commissariat aux droits de l’homme, cette loi serait passée sous silence. C’est pour ce genre de raisons que Uribe veut supprimer le volet monitoring de l’ONU en Colombie."

Contactée sur le sujet, Mme Arbour nous a fait savoir qu’elle n’entend pas modifier les conditions de son mandat en Colombie. Un bon point pour les défenseurs des libertés ! Par ailleurs, le président du Conseil des droits de l’homme, Luis Alfonso de Alba, a présenté vendredi une proposition de résolution qui demande, entre autre, un nouveau rapport sur la Colombie. Cette proposition sera débattue lundi dans le cadre d’une résolution générale pour reconduire tous les rapports, mécanismes , mandats pour l’année prochaine et 2007.

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