La fronde des communistes moldaves

Plutôt que l’union douanière européenne, le parti communiste moldave prône une alliance avec les Russes. DR
28 novembre 13 - La Moldavie devrait parapher des accords d’association avec l’Union européenne. Principaux initiateurs de ce rapprochement lorsqu’ils étaient au pouvoir, les communistes moldaves, maintenant dans l’opposition, tirent à boulets rouges sur Bruxelles.

De retour de Chisinau, Jonas Mercier/InfoSud - Les vendeurs à la sauvette du centre de Chisinau, la capitale moldave, sont unanimes : les drapeaux russes s’achètent comme des petits pains ce matin du 23 novembre. Il faut dire que plus de 15 000 protestataires sont venus des quatre coins du pays pour manifester à l’appel du Parti des communistes de la République de Moldavie (PCRM). Principale revendication : la démission du premier ministre, Iurie Leanca. La majorité démocrate libérale de ce petit pays s’apprête en effet à parapher des accords d’association avec l’Union européenne lors du sommet de Vilnius, qui s’ouvre ce jeudi.

C’est d’ailleurs en surfant sur l’embellie promise par ces accords que cette coalition pro-européenne a pris le pouvoir au nez des communistes au printemps 2009. Mais de récents scandales de corruption et un bilan socio-économique médiocre menacent aujour­d’hui la crédibilité du gouvernement. « Comme ils n’ont pas réussi à améliorer la situation du pays en quatre ans, ce rapprochement avec l’Union européenne est le dernier argument qui leur reste pour contenter leurs sympathisants », analyse le politologue Veaceslav Berbeca.

Selon un sondage publié en novembre par le centre d’investigation sociale CBS AXA, près de 70% des Moldaves estiment que leur pays va dans une mauvaise direction. « Les erreurs de ce gouvernement ont été assimilées à l’Union européenne, qui a perdu à son tour une partie de sa popularité », note la sociologue Natalia Vladicescu. Pour Alexandru Lebedev, un jeune manifestant de 24 ans, les citoyens sont très peu informés, « surtout dans les campagnes où ils se laissent très facilement manipuler ».

Coincée entre la Roumanie et l’Ukraine, la Moldavie est souvent décrite comme le pays le plus pauvre d’Europe. Sur les 3,6 millions d’habitants, environ 700 000 travaillent à l’étranger et maintiennent l’économie sous perfusion. Sans cet envoi d’argent de sa diaspora, Chisinau perdrait un tiers de son PIB. De ce marasme économique et social, le PCRM tente de récupérer la sympathie d’une partie de l’opinion publique : les communistes prônent une adhésion à l’union douanière proposée par les Russes plutôt qu’au marché commun européen. Un choix stratégique pour se différencier de leur adversaire politique.

Double langage

Car c’est bien le PCRM qui avait initié le processus de rapprochement avec l’Union européenne, lorsque le parti tenait les rênes du pays entre 2001 et 2009. A l’époque, la Moldavie avait harmonisé plus de 200 lois pour faciliter cette démarche. « Mais les hommes politiques moldaves maîtrisent très bien le double langage et ils savent en jouer, souligne Dan Dungaciu, expert en relations internationales à l’Académie roumaine. C’est une sorte d’héritage de la période communiste. » Ce grand écart, Vladimir Voronine, l’ancien président rouge de Moldavie, n’a d’ailleurs aucune difficulté à l’expliquer : « Nous savons que notre pays doit se rapprocher des standards européens pour se développer, mais nous ne voulons pas que ceux [les dirigeants] de Vilnius ou de Bruxelles le fassent à notre place. »

Aujourd’hui, les sondages montrent que la moitié des Moldaves est favorable à l’intégration européenne, alors que l’autre préfère l’union douanière pro-russe. Mais au-delà de ces clivages, il apparaît fort probable que la Moldavie choisisse à Vilnius la voie de Bruxelles. La coalition pro-européenne conserve en effet une confortable majorité au parlement et la grogne sociale ne devrait pas influer sur cette décision. Cependant, la route vers l’intégration est encore longue, d’autant plus que les prochaines élections législatives auront lieu en 2014. Ce qui laisse suffisamment de temps aux communistes pour perfectionner leur rhétorique.

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