La Russie envisage d’autoriser le port d’arme

Une arme de poing est une arme à feu utilisable à une main, c’est-à-dire un revolver ou un pistolet. Image : DR
14 août 12 - Poids lourd du commerce des armes, la Russie vise désormais son marché intérieur. Un groupe de sénateurs russes vient de présenter un projet de loi pour garantir aux citoyens le droit de posséder une arme de poing. Pour l’instant, le gouvernement reste plutôt frileux sur cette question.

Moscou, Axel Eichholz/InfoSud - Le débat sur les armes dégage depuis la fin juillet une odeur de poudre en Russie. Alexandre Torchine, vice-président du Conseil de la Fédération, la chambre haute du parlement, a présenté devant ses pairs un rapport détaillé d’une centaine de pages pour libéraliser le port des armes à canon court. Premier argument dégainé par le sénateur : la sécurité. Selon le membre du parti au pouvoir Russie unie, le droit à l’autodéfense devrait être garanti « quand l’Etat n’est pas capable de garantir la sécurité de la vie, de la santé et l’intégrité de la propriété des citoyens ».

Pour Rafaïl Rouditski, représentant de l’union « Armes civiles », Moscou n’arrive pas à contrôler le marché noir des ventes d’armes. Relayé par l’agence Ria Novosti, il affirme que plus de 6 millions d’armes à canon long et traumatiques sont en circulation dans le pays et que « ses détenteurs sont quasiment impossibles à identifier ». La conclusion est limpide pour les instigateurs du rapport : face à des criminels armés, les citoyens ne peuvent pas se défendre.

Une manne de 25,5 milliards d’euros

Selon eux, les ventes d’armes pourraient ramener à l’Etat 6 milliards de francs par année : « La légalisation du commerce des armes à canon court pourrait rapporter au budget russe mille milliards de roubles [ndlr 30 milliards de francs] en cinq ans, ainsi que des revenus encore plus importants à terme », souligne Alexandre Torchine. La vente de licences pour le port d’armes pourrait rapporter quelques millions en plus dans les caisses du Kremlin.

Mais pour ces détracteurs, une libéralisation à l’américaine risquerait d’enflammer d’autant plus les rues. Plus de 15’000 homicides (11 sur 100’000 personnes) ont été commis en Russie en 2009, selon une étude sortie fin juillet par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC). Un taux deux fois plus élevé que les Etats-Unis et 15 fois plus qu’en Suisse. Face à ces craintes, Alexandre Torchine alignent les restrictions à la possession d’arme. Au début, elle pourrait être limitée à des personnes qui ont fait leur service militaire, alors que les autres devraient avant être formées au maniement des armes. Les alcooliques, toxicomanes et malades mentaux seraient exclus d’office.

Des garanties qui ne rassurent pas pour l’instant les autorités qui restent fidèles à une législation dure. Depuis la fin de l’Union soviétique, la possession d’armes à feu est interdite et punissable. Un système favorable aux forces de l’ordre : à la moindre cartouche dans sa poche, le suspect est accusé d’acte criminel pour possession illégale d’arme à feu. De quoi tenter parfois les policiers à glisser eux-mêmes quelques munitions. Il n’est donc pas étonnant que le ministère de l’Intérieur se soit prononcé pour l’instant contre la vente libre de revolvers.

Pour le porte-parole du gouvernement, la proposition tombe au « plus mauvais moment » : juste après la fusillade d’Aurora aux Etats-Unis qui a fait douze morts et près de 60 blessés dans un cinéma lors de la première de Batman. Un drame qui a ravivé le débat sur les armes à feu outre-Atlantique. De son côté, le porte-parole du Président a exprimé son scepticisme, mais plutôt mollement en précisant que l’idée n’avait pas encore été discutée au plus haut niveau.

Besoin de réformes

Mais Torchine ne compte pas s’arrêter là et entend bien lancer un référendum pour septembre. Pour le sénateur, les lois sur les armes ont de toute évidence besoin d’une réforme. Depuis quelques années, la législation bouge à petit pas : un léger vent libéral qui permet aux citoyens de posséder désormais un fusil de chasse, un pistolet à gaz ou électrique, ainsi que des armes blanches. Et derrière lui, il possède un soutien de choix : une puissante industrie russe de la défense, aguichée par les milliards que pourraient rapporter ce commerce.

« Il est nécessaire de créer en Russie une association similaire à la National Rifle Association (NRA) américaine », pouvait-on lire sur le compte Twitter d’Alexandre Torchine, samedi passé. Le principal lobby des armes aux États-Unis compte plus de 4 millions d’adhérents et dispose d’un budget de 220 millions de dollars. Un poids politique qui empêche toute restriction en matière d’armes. Un modèle « à dépasser » pour Alexandre Torchine.

Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  Impressum  |  contact
Palais des Nations, Bureau S-84  |  Avenue de la Paix 8-14  |  CH-1211 Genève 10  |  T: +41 22 917 29 30  
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire le temps L´Orient-Le Jour Geopolitis swissinfo LE COURRIER rue 89 Slate Afrique ipsnews