La « Maison du conflit » d’Hébron donnée aux colons

La Maison du Conflit, située dans la Vieille ville d’Hébron, en Cisjordanie, cristallise toutes les tensions du conflit israélo-palestinien. AP
8 avril 14 - Une maison cristallise le conflit israélo-palestinien. Elle pourrait ouvrir la voie à de nouveaux colons.

Genève, Juliette Müller/InfoSud - C’est au cœur du quartier palestinien de Wadi al Hussein, à Hébron, que se dresse l’imposant bâtiment de près de 4000 mètres carrés qui fait l’objet du litige. Actuellement vide, mais étroitement gardé par l’armée israélienne, il surplombe une route étrangement calme : il est interdit aux Palestiniens d’y circuler en véhicule.

Sur la colline d’en face pointent les constructions de la colonie de Kiryat Arba, protégées par une barrière de sécurité. D’ici au célèbre Tombeau des Patriarches, haut lieu saint pour le judaïsme, l’islam et le christianisme, et dans toute la zone environ-nante, ce sont des terres palestiniennes. Mais jusqu’à quand ? s’interrogent les habitants.

« La décision de la Cour suprême représente un feu vert pour créer une nouvelle colonie qui relierait Kiryat Arba aux colonies déjà existantes au centre d’Hébron. C’est une décision politique qui nie les droits des Palestiniens et s’oppose aux décisions judiciaires antérieures », dénonce le Hebron Rehabilitation Comitee, représentant légal des propriétaires palestiniens.

Représailles

En 2008, les colons israéliens qui occupaient la bâtisse avaient en effet été évacués de force après qu’il ait été prouvé que les documents liés à l’achat du bâtiment étaient faux. Les occupants avaient, en guise de représailles, attaqué leurs voisins palestiniens et mis le feu à leurs maisons et voitures, provoquant plusieurs blessés graves.

Dans un quartier où les Palestiniens subissent déjà de nombreuses restrictions de mouvement, le retour de ces colons attise les peurs : « C’est une décision désastreuse. Vu les violences survenues par le passé, nous craignons le pire ! », déclare un résident. « L’armée va occuper plus de terres, les conditions de vie seront encore plus difficiles ! », ajoute un autre.

A Hébron, les ONG dénoncent depuis longtemps les impacts humanitaires de la colonisation : « L’armée impose des restrictions aux Palestiniens pour la sécurité des colons, mais en réalité, ces mesures ajoutées aux violences des colons poussent la population palestinienne à quitter la zone. Ce phénomène de ‘transfert silencieux’ a été documenté par les ONG israéliennes B’tselem et ACRI », explique Issa Amro, membre de l’ONG palestinienne Youth Against Settlements, de passage à Genève au Conseil des droits humains.

Frustration dangereuse

Du côté israélien, la cheffe de file du Meretz (gauche), Zehava Galon, appelait le ministre de la Défense, Moshe Yaalon, qui doit avaliser la décision, à « ne pas laisser les colons prendre possession du bâtiment, en raison des graves consé- quences sécuritaires et diplomatiques d’une telle décision ». « Il faut garder à l’esprit qu’il y a à Hébron 500 Israéliens qui, soutenus par l’armée et la police, rendent la vie de 145 000 Palestiniens insupportable », déclarait-elle.

« Ce type de décision montre qu’Israël ne prend pas les négociations de paix au sérieux. Les gens sont fatigués, énervés, ils veulent juste vivre normalement. Cette frustration pourrait un jour éclater d’un coup ! » estime Issa Amro, qui rappelle que toutes les colonies sont illégales au regard du droit international. « Sans véritable pression sur Israël, la paix ne pourra être atteinte », a-t-il souligné devant le Conseil des droits de l’homme. Sur place, la position du ministre de la Défense est encore attendue.

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