La Centrafrique, oubliée du monde

InfoSud
Bernadette Sayo
14 mars 07 - Bernadette Sayo, présidente et fondatrice de l’Organisation pour la compassion et le développement des familles en détresse (OCODEFAD), aide les victimes des violations des droits de l’homme à porter plainte et à se réinsérer économiquement et socialement.

Propos recueillis pas Isolda Agazzi - La République centrafricaine est délaissée par l’opinion publique internationale, dont l’attention se concentre presque uniquement sur le Darfour voisin. Pourtant, une guerre civile y a fait rage en 2002 - 2003 et les affrontements entre le gouvernement et les rebelles continuent, avec des conséquences dramatiques pour la population civile.

Bernadette Sayo place beaucoup d’espoir dans l’action de la Cour pénale internationale et dans la collaboration avec les organisations internationales. Elle-même a dû quitter le pays avec ses enfants, avec l’aide de la FIDH, par crainte de représailles. De passage à Genève, elle nous livre son témoignage.

La situation en RCA est mal connue. Que s’y passe-t-il ?

En 2002 - 2003, un conflit a opposé le gouvernement de Patassé à des rebelles, emmenés par le général Bozizé. L’armée régulière a alors demandé renfort aux mercenaires du congolais Bemba et du tchadien Miskine. En 2003, le général Bozizé s’est emparé du pouvoir par les armes puis remporta sans peine les élections présidentielles face à Patassé, à qui la population n’a jamais pardonné d’avoir fait appel à des rebelles étrangers. Bien qu’il ait intégré ses hommes dans l’armée régulière, ceux-ci, mécontents, ont repris le conflit contre leur ancien chef.

Aujourd’hui, avec l’appui de rebelles tchadiens et soudanais ils continuent de combattre Bozizé au Nord-est du pays, le long de la frontière soudanaise, au point qu’on évoque de plus en plus ouvertement la responsabilité du gouvernement soudanais dans ce conflit. La situation ne s’est pas améliorée depuis 2003 : en termes de viols, disparitions forcées, exécutions sommaires et tortures, elle est comparable à celle du Darfour, sauf que personne n’en parle.

Votre organisation aide les victimes aussi bien à obtenir justice qu’à se réinsérer économiquement et socialement. Qu’est-ce qui est plus important : lutter contre l’impunité ou reconstruire son avenir ?

Pour reconstruire l’avenir, on a besoin de paix. Or, la vraie paix, c’est la paix du cœur et elle se nourrit de justice. L’OCODEFAD compte environ 2000 membres et c’est la seule organisation nationale de victimes. Nous sommes convaincus qu’il est capital de rompre le silence. Nous menons des projets de micro-crédit, de prise en charge médico-sociale, juridique et éducationnelle, mais nous manquons cruellement de moyens. Les organisations internationales devraient aider les ONG africaines à renforcer leurs capacités, car la société civile est plus forte que le politique ! Il y a environ trois mois, les rebelles ont failli reprendre le pouvoir, mais une formidable mobilisation des ONG a alerté l’opinion publique qui s’est soulevée et leur a fait barrage. La société centrafricaine ne veut plus de violence !

Une affaire concernant la RCA est actuellement instruite par le procureur de la Cour pénale internationale. Qu’attendez-vous de cette action ?

Elle est capitale. Après que la Cour de cassation centrafricaine s’est déclarée incompétente, le gouvernement de Bozizé a déposé une plainte auprès de la CPI contre Patassé, Bemba et Meskin. Le procureur de la CPI a effectué une mission à Bangui, mais aucune enquête n’a été ouverte à ce jour. Ceci alimente le sentiment de frustration, d’injustice et de révolte auprès de la population, car tous les auteurs d’atrocités sont encore en liberté. La situation pourrait dégénérer - je pense à ce qui s’est passé au Rwanda - alors que l’ouverture d’une enquête aurait un formidable pouvoir dissuasif. Mais malheureusement la communauté internationale semble s’intéresser à la RCA uniquement par peur d’une extension du conflit au Darfour.

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