L’inquiétante avancée du désert malien

Le paysan Modibo Keita inspecte ses champs de millet desséchés dans le village de Berenimba, au sud du Mali. © Philipp Hedemann
8 décembre 11 - Si le Mali n’émet que peu de gaz à effet de serre, il paie le prix fort du changement climatique et voit le désert progresser vers le Sud. Cette année, les pluies ont été rares, ce qui fait craindre une famine en 2012.

Bamako, Philipp Hedemann/Infosud - Pour Modibo Keita, le responsable est déjà trouvé. Un phénomène d’une telle violence ne peut venir que de « Dieu ». Depuis plus de deux mois, aucune goutte de pluie n’est tombée. Tous ses champs de millet au sud du Mali sont secs. Mais ce que prend ce pieux musulman du village de Berenimba pour un caprice d’Allah, résulte pour les experts de profonds changements climatiques. Réunis à Durban en Afrique du Sud pour la 17e conférence des Nations unies sur le changement climatique, politiciens et scientifiques du monde entier s’organisent difficilement pour éviter une catastrophe climatique. Une conférence bien tardive pour les paysans maliens comme Modibo Keita.

En passant devant ses cultures, cet agriculteur de 37 ans détourne le regard. Il ne supporte plus la vue de son champ à l’agonie. « Les plantes devraient être vertes et épanouies, avec des épis bien remplis et lourds. Au lieu de cela, elles sont toutes sèches », se plaint Modibo Keita. Les bonnes années, je récolte huit tonnes. Cette fois-ci, ce sera au mieux deux tonnes. Je sais déjà que l’année prochaine nous allons souffrir de la faim », confie ce père de six enfants. Il exprime à haute voix ce que les organisations humanitaires maliennes ne peuvent pas (encore) dire. « Cette année, la saison des pluies est arrivée beaucoup trop tard et elle s’est arrêtée trop tôt. Officiellement, seul le gouvernement peut proclamer une famine imminente », souligne Famoury Jean Kamissoko, expert climatique de l’ONG Stop Sahel. L’organisation se bat contre l’avancée du Sahara vers le Sud. Jusqu’à présent avec peu de succès. « Le désert croît. Durant les vingt dernières années, la zone d’aridité s’est déplacée sur près de 200 kilomètres vers le Sud. C’est l’effet du changement climatique », conclut le spécialiste.

Pendant que les récoltes se dessèchent à Berenimba, à quelques kilomètres de là, Balandougou est une véritable oasis de verdure. Il y a quatre mois, Stop Sahel a inauguré dans ce village un barrage, grâce au 55’000 francs offerts par le Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement. « Sans ce barrage, nos animaux seraient déjà morts depuis longtemps avec cette sécheresse », affirme Ladji Coulibaly, membre du comité de l’eau du village. Mais la bénédiction pourrait devenir une malédiction. « Si les gens du Nord apprennent que nous avons encore de l’eau, ils pourraient affluer en masse. Ce serait le début de tensions, car il n’y en a pas assez pour tout le monde », craint Kaim Diakite, 76 ans.

Réfugiés climatiques

Les jeunes rêvent de partir. Comme Moussa Traoré, ils pourraient être nombreux à devenir des réfugiés climatiques sous peu. « Je suis un agriculteur. Mais sans pluie, nul ne peut être un agriculteur », lance le jeune homme de 26 ans. Il veut maintenant gagner suffisamment d’argent dans une mine d’or pour acheter son billet de bateau pour l’Espagne ou la France. Traoré n’a pas de passeport, ne parle ni espagnol, ni français. Mais il est convaincu qu’en Europe, il pleut souvent et qu’il peut gagner beaucoup d’argent comme ouvrier dans une ferme. Morissimo Diallo souhaite aussi fuir le Mali. « Il n’y a pas eu de pluie cette année, la récolte a été si mauvaise que mes parents n’avaient plus les moyens de m’envoyer à l’école », confie la jeune fille de 15 ans.

Victimes du Nord

Et les prévisions ne sont pas bonnes. « Au Mali, les températures vont probablement continuer à grimper à l’avenir et les précipitations diminuer. La production céréalière pourrait tomber de 30%. Le changement climatique pourrait donc défaire les progrès péniblement grappillés ces dernières décennies dans la lutte contre la pauvreté mondiale », prévient Jan Urhahn, expert climatique à l’ONG britannique Oxfam. De nombreux Maliens sont amers de souffrir d’un phénomène qu’ils n’ont pas provoqué. Au Mali, près de la moitié de la population survit avec moins de 1,50 franc par jour. Le pays n’émet que 600’000 tonnes par an de CO2, soit plus de mille fois moins qu’un gros producteur comme l’Allemagne.

Regretté Kadhafi

Pour faire face aux conséquences de ce changement climatique, le gouvernement malien a élaboré un plan ambitieux. Mais les moyens manquent. Depuis que le colonel Mouammar Kadhafi - l’un des rares soutiens financiers de Bamako - a été renversé, l’argent afflue encore moins. « Les sommets de Copenhague et Cancún nous ont déçus. Il y a eu de grandes promesses des pays industrialisés pour compenser les conséquences du changement climatique. Mais pour l’instant, rien ne se passe. Nous espérons que Durban sera différent », explique Kamissoko. Selon les estimations, près de 30% des enfants souffrent déjà de malnutrition. La Commission européenne vient de débloquer près de douze millions de francs supplémentaires pour combattre la faim dans la région du Sahel. Selon l’Union européenne, sept millions de personnes au Mali, Niger, Tchad, Mauritanie, Nigeria et Burkina Faso souffrent de la faim suite aux mauvaises récoltes.

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