L’hiver menace des millions de Pakistanais sinistrés

District de Swabi. Camp de personnes déplacées soutenu par le CICR et le Croissant-Rouge du Pakistan. Photo : Croix-Rouge néerlandaise/J. Oerlemans
26 octobre 10 - Quelque 12 millions de Pakistanais – sur les 21 millions touchés par les inondations d’août dernier – sont toujours sans abri. L’approvisionnement en nourriture est problématique. Le point avec Karl Schuler de la Croix Rouge Suisse, de retour du terrain.

Sandra Titi-Fontaine/InfoSud - Les inondations de cet été ont mis à genoux un Pakistan déjà très fragilisé. Les dégâts sont évalués à 9,7 milliards de dollars. Sur 21 millions de sinistrés (dont 1,5 millions toujours dans les camps des provinces du Sindh et du Penjab), près de 12 millions ont toujours besoin d’assistance.

De retour du Pakistan, Karl Schuler, responsable de l’information pour la Croix-Rouge Suisse, s’inquiète de l’arrivée de l’hiver.

InfoSud : Quel est le souci majeur pour les sinistrés aujourd’hui ?

Karl Schuler : Avec l’hiver, les températures vont chuter en-dessous de zéro la nuit et les zones montagneuses seront couvertes de neige. Or, beaucoup de sinistrés retournés dans leurs villages ne sont pas équipés pour se protéger du froid.

Mais l’Etat pakistanais ne leur a-t-il pas promis des aides financières ?

K.S. : En ce moment, le mot magique sur place se résume à Watan Card, littéralement « la carte nationale ». Cette prestation gouvernementale octroie 20’000 roupies, soit environ 250 francs suisses, à chaque famille sinistrée.

C’est beaucoup pour des gens qui n’ont rien, mais pas assez pour reconstruire sa vie : à la campagne, une maison coûte entre 800 et 1’000 francs.

Pour le moment, seule une maigre partie a été distribuée. Pour y avoir droit, les conditions sont très restrictives. Or ces personnes ont tout perdu dans les inondations y compris les papiers demandés.

Quels seront les effets à long terme de cette catastrophe ?

K.S. : Le Pakistan a toujours été un pays sujet aux migrations intérieures. Non sans conséquences. Par exemple, dans la province du Sindh, des tensions persistent entre la population autochtone, les Sindhi, et les migrants Pachtoun venus du Nord ces dernières décennies. Cette catastrophe va sans doute renforcer ces déplacements internes.

Mais, si un Pakistanais sur neuf a été touché par cette catastrophe, impossible de savoir encore quel pourcentage va rentrer dans son village ou partir. Cependant, on a constaté que beaucoup de sinistrés regagnaient leur terre d’origine, soutenus par leur famille. Pour moi, c’est certainement le facteur le plus important en matière d’entraide.

Réunis à Bruxelles vendredi dernier, les Amis du Pakistan – forum de 26 Etats et organisations internationale que la Suisse aimerait rejoindre – ont déclaré que l’aide sera conditionnée à des réformes en profondeur, notamment fiscales. Les Occidentaux n’ont donc pas confiance dans le gouvernement pakistanais ?

K.S. : Très peu de fonds sont canalisés par le gouvernement national : il y a donc un facteur méfiance de la part de la communauté internationale, surtout en matière de corruption.

Le gouvernement pakistanais est-il capable, en ce moment, de se réformer ?

K.S. : Pas du tout. Mais pas forcément par mauvaise volonté. Pour le moment, sa seule force logistique, c’est l’armée. Ce qui n’est pas étonnant, puisqu’avant les inondations près de 30 à 50% des dépenses publiques étaient destinées à l’appareil militaire, au détriment des investissements pour la santé et l’éducation.

D’autre part, le gouvernement est très centralisé. Et les communes n’ont ni autonomie ni budget. Donc dans certaines très vastes régions, l’Etat, surtout le service public, est très déficitaire. Voire absent.

Quant aux partis politiques, comme le Parti du Peuple Pakistanais (PPP) au pouvoir, s’ils sont très bien implantés au niveau local, ils restent avant tout liés, presque de manière féodale, aux grands propriétaires terriens et aux industriels influents. Ce qui n’arrange pas non plus la démocratie.

Voir en ligne: Le CICR au Pakistan
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