L’exil paisible des nantis de l’ère Moubarak

L’ancien ministre des Finances égyptien Youssef Boutros Ghali a été condamné pour corruption à 30 ans de prison et à 8 millions d’euros d’amende. Image : Raafat (licence CC)
20 avril 12 - Des centaines de proches du président déchu courent toujours, malgré des mandats lancés contre eux. A l’exception de l’homme d’affaires Hussein Salem, qui devrait être extradé d’Espagne, rares sont ceux qui voient leur exil troublé.

Le Caire, Cam McGrath/InfoSud-IPS - « Les associés de Moubarak sont loin de vivre reclus dans la clandestinité », dénonce Amir Marghany, avocat et expert dans la lutte contre la corruption. « Nous savons très bien où nombre d’entre eux séjournent et travaillent. Mais on dirait que personne n’essaie vraiment de les attraper. » Depuis la chute de l’ancien président il y a plus d’un an, des centaines de personnes liées à l’ancien régime – qui font l’objet d’enquêtes ou de procès pour enrichissement illégal et corruption – vivent confortablement en exil. Si certains sont frappés d’un mandat d’arrêt international, d’autres n’ont toujours pas été inculpés par la justice égyptienne.

Pour l’avocat, le battage médiatique de la presse, locale et internationale, a donné la fausse impression d’une chasse à l’homme internationale contre les nantis de l’ère Moubarak. Mais, en réalité, seule une poignée de pays, dont la Suisse, sont passés à l’acte en gelant leurs actifs et les autorités égyptiennes ont fait preuve de passivité. Des critiques se font entendre contre les procureurs qui se sont limités au cercle très restreint des proches de l’ancien président, tout en négligeant nombre de fonctionnaires et hommes d’affaires qui ont des liens étroits avec le Conseil militaire actuellement au pouvoir.

« L’ancien régime mène toujours le bateau, et il semble que les autorités ont toujours des intérêts financiers avec les personnes accusées [de corruption]. Autant dire qu’ils sont plutôt réservés à l’idée de poursuivre ou de récupérer l’argent que ces personnes ont volé au pays », analyse Amr Adly, chef de l’Unité de justice économique et sociale à l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR).

Ministres en fuite

C’est avec fureur que les Egyptiens ont appris en janvier que Youssef Boutros Ghali, ancien ministre des Finances, avait été repéré en train d’assister à un forum public à la London School of Economics (LSE). Pour beaucoup, il représente l’emblème d’un régime qui s’est enrichi au détriment des pauvres. En juin 2011, il avait été condamné par contumace pour corruption à 30 ans de prison et à 8 millions d’euros d’amende. Bien qu’il soit activement recherché par Interpol, « jusqu’à présent personne n’a levé le petit doigt contre lui », ajoute Amir Marghany.

C’est aussi le cas de Mahmoud Mohieldin, actuel directeur général de la Banque mondiale et ex-ministre de l’Investissement entre 2004 et 2010. « Les Egyptiens sont surpris qu’il soit toujours en fonction », confie Amr Hassanein, président du Meris, une filiale régionale de l’agence de notation Moody’s. La police anti-corruption l’accuse d’avoir abusé de sa position en tant que chef du programme de privatisation pour vendre à des investisseurs étrangers des biens publics à un prix très en deçà de leur valeur. Malgré de nombreuses allégations de malversations financières, aucune charge n’a été retenue contre lui.

Autre cible intouchable pour l’instant, Rachid Mohamed Rachid. Le Tribunal pénal du Caire a condamné par contumace l’ex-ministre du Commerce et de l’industrie à 5 ans de prison pour avoir détourné des fonds publics. Avant d’alourdir la peine à 15 ans de plus en septembre. Interpol a émis un mandat pour son arrestation. Selon des sources proches de Rachid, il serait au Qatar.

Mais parfois, la traque donne des résultats. Le 2 mars, un tribunal espagnol a donné son accord à l’extradition de l’homme d’affaires égyptien en fuite Hussein Salem, et de son fils Khaled. L’ancien militaire et ex-agent du renseignement est soupçonné d’avoir obtenu des contrats lucratifs, notamment pour l’exportation de gaz en Israël, grâce à ses liens avec l’ancien raïs égyptien. Les enquêteurs ont demandé le gel de 36 millions d’euros. La police a aussi saisi des résidences d’une valeur de 10 millions d’euros, y compris sept villas dans la station balnéaire andalouse de Marbella. Pourtant, malgré l’ordre d’extradition, il reste dans les cellules espagnoles. « Les gens commencent à s’impatienter, déclare Amir Marghany. Le tribunal espagnol a ordonné l’extradition de Salem il y a plus d’un mois. Alors, qu’attendent-ils ? »

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