L’égalité entre les sexes est rentable

« Le rôle capital que jouent les femmes dans le développement et dans l’économie, en particulier dans celle du Sud, fait l’objet depuis quelques années d’une vraie prise de conscience ». Image : © http://www.aufeminin.com
4 novembre 11 - L’ONU a lancé une campagne visant à promouvoir la place des femmes dans l’économie. En Suisse, les trois premières entreprises ont signé une déclaration de principe.

Dominique Hartmann/Le Courrier - « Quand on investit dans un homme, on touche un individu, quand on investit dans une femme, c’est toute une communauté qui se transforme. » Cette conviction est à la base de la campagne lancée par UNIFEM et le Pacte mondial des Nations Unies, une campagne centrée sur l’adoption en entreprise de sept principes d’autonomisation donnant aux femmes « les moyens de participer pleinement à la vie économique, dans tous les secteurs et à tous les niveaux de l’activité économique ». Au niveau mondial, 250 CEOs ont d’emblée signé les principes promulgués par les deux programmes onusiens – dont le premier est aujourd’hui dissous dans UN Women. « Le rôle capital que jouent les femmes dans le développement et dans l’économie, en particulier dans celle du Sud, fait l’objet depuis quelques années d’une vraie prise de conscience », explique Caterina Meier- Pfister, du comité suisse UN Women. En Suisse, où l’action a été lancée ce printemps, la Poste et l’agence de placement Freestar ont rejoint Novartis, parmi les premiers signataires.

Les sept principes élaborés par UN Women couvrent un vaste champ : les entreprises signataires sont censées garantir la santé et la sécurité de leurs collaborateurs des deux sexes, promouvoir la formation et le développement professionnel des femmes, favoriser l’égalité grâce à des initiatives communautaires et à la mobilisation en entreprise et rapporter publiquement les progrès réalisés en faveur de l’égalité des sexes. Quant au principe visant à « autonomiser les femmes en matière de développement d’entreprises », il peut se traduire par la nécessité de développer des relations commerciales avec des entrepreneurs femmes ou de tenir compte d’une perspective de genre au niveau du crédit et de l’obtention de prêts.

Une question de visibilité

« Pour susciter l’attention au niveau mondial, le 8 mars 2010, UNIFEM et le Pacte mondial – parfois plus connu sous le nom de UN-Global Compact – ont destiné leurs premiers efforts aux entreprises membre », explique Caterina Meier-Pfister. Il s’agit de très grosses entreprises telles, en France, Total ou Alcatel-Lucent, Infosys Technologies Limited en Inde, Symantec Corporation aux Etats-Unis. Une façon d’inscrire au fronton de l’édifice entrepreneurial l’importance des femmes dans l’économie et de récolter les fruits de cette émulation. « Le mouvement en est encore à ses débuts, précise la coordinatrice suisse. Lancé ce printemps, il réunit pour l’heure quelque 250 entreprises, réparties très diversement sur la planète : le Brésil, qui a pu s’offrir l’appui d’un « motivateur » compte ainsi un très grand nombre d’entreprises signataires.

Le discours fondant ce réseau mondial pour la gestion d’entreprise est celui de bien des actions menées aujourd’hui en la matière : plus qu’un simple droit humain, l’égalité est source de profit. Simple slogan tentant de revitaliser l’égalité entre les sexes ou évidence criante ? L’étude McKinsey publiée en 2007 a du moins bien montré comment la présence des femmes dans l’entreprise rend celle-ci plus compétitive : impact sur la motivation des employés et celle de la clientèle, améliorations organisationnelles, réponse à la pénurie de travailleurs qualifiés, etc.

A la Poste, l’un des trois signataires actuels de ces principes, la promotion des femmes s’intègre dans une politique de la diversité. Ce concept relativement récent vise à condamner les discriminations liées à l’emploi en favorisant toutes les catégories de la population sous-représentées telles les personnes avec handicap, d’origine étrangère ou de sexe féminin – une des limites du concept étant que l’on peut être à la fois femme, étrangère et handicapée. « Historiquement, les métiers postaux restent assez masculins, explique Nathalie Salamin, porte-parole du géant jaune. En signant ces accords, la Poste donne un signal qui augmentera peut-être l’intérêt des femmes pour ces métiers. » Même discours chez Sandra Bernet, responsable des cadres à l’agence de placement Freestar, première PME signataire des Principes : « Dans les domaines techniques, certaines PME se plaignent de ne pas trouver la main-d’œuvre. Manifester son engagement en matière d’égalité peut être une aide. »

Une démarche volontaire

Bien que la direction de la Poste soit entièrement masculine et que seuls 8,2% (2010) des cadres supérieurs soient des femmes – la parité est presque atteinte sur l’ensemble des employés –, l’entreprise a rejoint les rangs des signataires en août 2011. Quelle est la légitimité de ces entreprises à arborer le label UN, alors même que l’un des sept principes prévoit que la direction soit « favorable à l’égalité des sexes au plus haut niveau des entreprises » ? « A l’instar de l’affiliation à UN-Global Compact, la démarche est volontaire », nuance Caterina Meier-Pfister. Avec son maigre poste de travail, le comité suisse n’aurait d’ailleurs formellement pas les moyens d’effectuer des contrôles : « La publicité faite autour d’une signature exerce bien sûr une certaine pression sur l’entreprise. Le public sera attentif à la cohérence entre la déclaration de principe et sa mise en œuvre. » L’attente du public apparaît d’ailleurs clairement parmi les motivations des premiers signataires. « Il s’agit plutôt d’entrer dans un processus, d’engager une évolution », précise Caterina Meier-Pfister. « Mais l’entreprise ne doit pas nécessairement démontrer de succès déjà acquis, ni attester de progrès obtenus. En revanche, elle s’engage à documenter ses actions, si possible sur une base chiffrée et genrée et à alimenter ses statistiques, ce qui facilitera le rapport sur les progrès en la matière et l’échange d’expériences entre les signataires. »

Pour Sandra Bernet, l’un des gains évidents de la démarche lancée par ONU Femmes réside précisément dans cette possibilité de réseautage, très utile lorsqu’on est comme elle – également – chargée de la recherche de fonds. En « contrepartie » de sa signature, Freestar a développé son travail de mentoring, jusqu’alors bénévole et ponctuel. Proposé sous peu aux clients, il vise désormais à accompagner les femmes sur la voie d’une position de cadre. Convaincue que les femmes sont souvent elles-mêmes artisanes de leur exclusion, Sandra Bernet croit beaucoup à l’importance de la mobilisation : « Motiver les femmes à créer des réseaux, à réclamer des salaires égaux, à ne pas se combattre entre elles est capital. » Une nouveau programme d’action ? « Pourquoi pas ? Il faudra bien sûr que nos entreprises partenaires soient acheteuses. »


« Les femmes peuvent tout faire »

Pour les dix lauréates désignées par la Fondation Sommet Mondial des Femmes WWSF, prendre leur place dans la marche économique de leur pays n’est pas un concept, mais un combat quotidien récompensé récemment par le Prix WWSF pour la créativité des femmes en milieu rural 2011. L’ONG, qui mène jusqu’au 19 novembre sa campagne Ruban jaune contre la violence envers les enfants, aura ainsi déjà récompensé 375 femmes depuis 1994. Le prix décerné par la WWSF, fondée et dirigée par Elly Pradervand, récompense des femmes ayant fait preuve d’un « courage et d’une persévérance exceptionnels », et lancé des démarches novatrices se distinguant par un impact durable sur la communauté et respectant l’environnement.

Toucher les mères pour changer les vies : c’est ainsi que la Cambodgienne Saman Buth, l’une des lauréates, a choisi d’agir. Elle-même profondément traumatisée par les années Pol Pot, elle fonde en 1999 une petite ONG, la Children and Life Association (CLA), pour améliorer la vie et les conditions de vie des pauvres. Notamment en donnant aux femmes les moyens de prendre soin de leurs enfants. Elle éduque et forme également les femmes à gérer les finances de leur foyer et devenir membres de groupes d’entraide de microfinance. Au Kenya, Betty Munga a choisi de renforcer les capacités économiques des femmes du village de Mtwapa. Elle a conduit 108 groupes de vingt membres chacun, à se rassembler, économiser de l’argent et lever des fonds à leur propre manière. En s’accordant sur la somme que chacun devait mettre de côté, les membres du groupe ont rassemblé leurs économies pour former un fond commun et bénéficier ainsi de prêts pour lancer leurs propres commerces.

Poussée à étudier par son père, Prativa Subedi a choisi de défier la conception traditionnelle des rôles des femmes au Népal et de donner à celles-ci une nouvelle vision de la dignité de leur vie. Elle fonde ainsi le Women Awareness Centre au Népal (WACN) en 1990 grâce auquel des milliers de femmes ont pu bénéficier de formations et soutiens relatifs à des pratiques agricoles durables, soit 41 coopératives de femmes comptant de 200 à 1200 femmes actionnaires. Au final, 25 000 femmes sont également devenues membres de groupes d’épargne informels ou groupes de crédit.

« Les femmes peuvent tout faire » : c’est la certitude de la Kirghize Shaiyrbubu Abdyldaevauit. A la suite d’une enquête identifiant les principales sources de préoccupation de la communauté, sa fondation Umai Ene découvre que la vente de lait – l’une des principales sources de revenus pour un grand nombre de familles rurales – est un sujet d’inquiétudes massives. Au Kirghizistan, 70% de la population vit dans des zones rurales. Shaiyrbubu Abdyldaevauit lance donc l’idée novatrice de mettre en place un point de collecte de lait où 1500 familles peuvent livrer du lait en tout temps. Le revenu des familles double et huit nouveaux endroits sont créés pour que les femmes rurales puissent transformer le lait. Cette initiative a permis d’accroître la capacité d’agir des femmes à devenir socialement et financièrement indépendantes.

Au Tadjikistan, enfin, Rano Kosimova a ouvert un atelier de couture où 60 jeunes filles ont reçu une formation. Des cours de développement commercial y sont également assurés pour que les femmes disposent des compétences nécessaires à l’établissement d’un commerce durable et prospère. D’autres projets mis en place par Rano Kosimova mobilisent des leaders communautaires autour de problèmes sociaux et d’éducation sanitaire en milieu scolaire, mais aussi autour de la participation des communautés locales aux processus de décision.

DHN

ONU : une pour toutes, toutes pour une

En 2010, l’Assemblée générale des Nations Unies a choisi de regrouper quatre agences en une, UN Women, dont UNIFEM et le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme, qui œuvraient jusque-là séparément à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes. L’ONU espère que le regroupement en une seule agence aidera à renforcer son impact et sa visibilité dans le pilotage mondial des activités liées aux questions de genre. L’agence a pour rôle d’appuyer des organes intergouvernementaux « dans l’élaboration de politiques, de règles et de normes mondiales » et d’aider les états membres à appliquer ces règles. A charge de chaque comité national de constituer un réseau qui alimente la démarche, par émulation et échanges. Le comité suisse de UN Women cherche ainsi à favoriser l’échange entre entreprises signataires ou intéressées à signer et à implémenter sept principes d’autonomisation des femmes dans leur entreprise. Mais pour conserver son bureau (doté d’à peine un poste à temps plein), celui-ci doit recourir à du travail bénévole. Comme le relève sa responsable Caterina Meier-Pfister, l’image d’agence des Nations-Unies forcément dotée par la puissante maison-mère ne rend pas toujours service. « En réalité, nous recevons d’autant moins de soutien que les appels aux états membres n’ont même pas permis de couvrir la moitié du budget prévu pour les activités de UN-Women, pourtant adopté par ceux-ci. »

DHN

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