"L’eau doit devenir un droit"

Le Temps
Martin Huth, directeur adjoint pour les droits de l’homme au Ministère allemand des affaires étrangères. Photo M. Bührer
22 mars 07 - L’Allemagne et l’Espagne se sont engagées ces derniers mois sur la scène internationale pour promouvoir un « droit universel à l’eau », bien dont sont aujourd’hui privées, selon les Nations unies, 1,2 milliard de personnes dans le monde. En cette journée internationale de l’eau, interview de Martin Huth, l’un des principaux défenseurs du projet.

Propos recueillis par Etienne Dubuis - L’accès équitable à l’eau potable n’est pas un droit reconnu. Pourtant, le précieux liquide est plus vital encore que l’alimentation. Les choses pourraient changer.

Pourquoi un droit à l’eau ?

Affirmer ce droit, c’est affirmer que l’eau est un bien commun, qui appartient à toute l’humanité, et qu’elle n’est pas seulement une marchandise à commercialiser comme une autre. Cette approche a des implications concrètes, notamment lorsqu’il est question de privatiser l’eau ou de lui fixer un prix. Elle donne aux Etats l’obligation de distribuer l’eau de manière équitable et sans discrimination. Nous parlons là d’un droit individuel à l’eau comme boisson et comme produit essentiel à la santé. Cela n’a rien à voir avec l’eau d’irrigation ou les prétentions des Etats sur certains bassins hydrauliques.

A quoi peut servir ce droit quand l’eau manque, purement et simplement ?

Ce droit à l’eau doit être compris comme un droit à l’eau à disposition. Lorsque la ressource n’existe pas en suffisance, ce concept ne signifie en effet plus rien. Mais il est rare que l’eau manque complètement : je ne connais en tout cas aucun pays qui en soit totalement dépourvu. En revanche, il arrive souvent qu’il y en ait bien assez mais qu’elle soit mal distribuée. Et c’est là que nous intervenons.

Cela signifie-il que l’eau doit être gratuite ?

Pas forcément. Cela signifie que l’eau doit être distribuée à un prix abordable aux différentes catégories de personnes concernées. En conséquence, elle peut très souvent se payer. Mais l’Etat doit la fournir gratuitement à ceux qui ne disposent d’aucune ressource financière.

Comment expliquez-vous que les Nations unies n’aient pas décrété jusqu’ici un droit à l’eau ?

Un certain nombre d’Etats sont philosophiquement opposés aux droits économiques et freinent tout développement dans ce domaine. Cela dit, le droit à l’eau n’est pas à proprement parler inexistant. Il peut être déduit d’autres droits de l’homme, tels le droit à un niveau de vie décent (article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels) et le droit à la santé (article 12 du même document). Mais il n’est pas mentionné explicitement comme, par exemple, le droit à l’alimentation. Notre ambition est de lui donner davantage de visibilité, afin de le renforcer.

© Le Temps, 2007. Droits de reproduction et de diffusion réservés.

Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  Impressum  |  contact
Palais des Nations, Bureau S-84  |  Avenue de la Paix 8-14  |  CH-1211 Genève 10  |  T: +41 22 917 29 30  
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire le temps L´Orient-Le Jour Geopolitis swissinfo LE COURRIER rue 89 Slate Afrique ipsnews