L’OMS sommée d’être plus transparente

InfoSud
L’entrée du siège de l’OMS à Genève. Photo : OMS
18 mai 10 - L’Organisation mondiale de la santé tient sa 63e Assemblée annuelle. Critiquée pour sa gestion de la pandémie de grippe A, elle déplore la réduction de ses budgets.

Sandra Titi-Fontaine/InfoSud - Alors que la lutte contre le virus H1N1 avait largement dominé les débats en 2009, la 63e Assemblée mondiale de la santé se focalise cette année sur le suivi des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Dans la perspective de l’échéance de 2015, sont-ils suffisamment éclectiques pour que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne s’attarde pas sur les questions délicates ? L’ombre du H1N1 plane toujours, et avec elle de nombreuses interrogations restées sans réponses.

Cité par l’AFP, Paul Flynn, le parlementaire britannique qui dirige la commission d’enquête du Conseil de l’Europe sur le sujet, affirme que « des sommes énormes ont été dépensées par beaucoup de pays pour acheter des antiviraux et vaccins qui n’ont jamais été utilisés et n’allaient jamais l’être ». Soit une facture exorbitante de 83 millions de francs rien que pour la Suisse, où seulement 1,3 million de doses ont été utilisées sur les 10 millions produites.

Face à une menace de pandémie apparemment surévaluée, Paul Flynn et d’autres accusent l’OMS d’avoir cédé aux pressions des groupes pharmaceutiques. Mais pour Margaret Chan, directrice générale de l’agence onusienne, il s’agit « d’une simple question de chance ». Et d’ajouter dans son discours d’ouverture : « Les vaccins se sont montrés très fiables, avec des effets réduits. Si la situation a été moins grave que prévu, l’OMS est prête à répondre à la critique sur sa gestion de la santé publique. »

Avec des Etats membres qui lui demandent sans cesse de réduire les dépenses d’un budget qui n’a pas augmenté depuis vingt ans, selon une source travaillant pour l’agence onusienne, « l’OMS est depuis longtemps sensible à l’influence des politiques qui défendent les intérêts de leurs pharmas ». Les enjeux sanitaires cristallisent les tensions Nord-Sud, notamment sur les questions de propriété intellectuelle et de production de génériques.

« Les Etats du Nord protègent avant tout les brevets déposés par leurs industries », souligne Patrick Durisch, responsable de la santé pour la Déclaration de Berne, association pour un développement solidaire. « Le plan d’action de l’OMS pour relancer la recherche et le développement au Nord en faveur des maladies qui touchent le Sud n’est toujours pas opérationnel depuis son adoption en 2008, en raison notamment d’un manque de financement et de l’opacité de ses experts, accusés de connivences avec les trusts pharmaceutiques. »

Leishmaniose, maladie du sommeil, dengue… Autant de maladies négligées affectant près d’un milliard de personnes, surtout dans les campagnes du Sud, « qui ne représentent pas un marché rentable pour les pharmas », estime Patrick Durisch. Si la Suisse se montre généreuse pour la recherche et le développement en général – en 2010, les suisses Roche et Novartis se classent respectivement au 2e et 3e rang mondial des industries pharmaceutiques, selon une étude de Pharmactua –, la Confédération consacre seulement 3 millions de francs par an, en moyenne, pour les maladies négligées. Et délègue ensuite la transformation en médicaments au secteur privé.

De toutes les batailles d’importance pour la santé, celle des contrefaçons est certainement la plus emblématique aujourd’hui. L’OMS a récemment durci sa définition et donc ses restrictions en matière d’imitations, pénalisant aussi la production et l’exportation de médicaments génériques. Souvent fabriqués en Inde, peu coûteux, ils sont pourtant utilisés par une majorité de malades du Sud.

En ce sens, les membres de la société civile et des ONG espèrent que cette énième conférence sur la santé débouchera sur une résolution pour un processus plus transparent de l’OMS sur ses mécanismes de financement et sur les critères de sélection de ses experts. Pour la Déclaration de Berne, l’agence onusienne doit « donner un signal fort en supprimant les nouvelles restrictions internationales sur la propriété intellectuelle pour mieux renforcer les dispositifs nationaux de surveillance ».

Mais la pression n’est pas près de retomber : selon le cabinet en conseil économique PricewaterhouseCoopers, le marché mondial de l’industrie pharmaceutique devrait tripler pour atteindre près de 1300 milliards de dollars à l’horizon 2020.

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