Kirghizistan : la démission du Conseil des droits de l’homme

Jean-Claude Buhrer. copyright : JC Buhrer
3 juillet 10 - La 14e session vient d’être marquée par une réunion spéciale sur l’attaque de la flottille par Israël, alors qu’il n’y a pas eu le moindre débat sur le massacre en cours des Ouzbeks en Kirghizie. Dans ce contexte de fortes tensions, l’approbation le 27 juin d’une nouvelle constitution est remise en cause par la minorité ouzbek, victime des violences.

Jean-Claude Buhrer/InfoSud - Illustration du « deux poids, deux mesures », neuf islamistes turcs pèsent plus lourd pour le Conseil des droits de l’homme (CDH) qu’une centaine de musulmans pacifiques en prière massacrés par des fondamentalistes au Pakistan, et que les innombrables victimes des récentes violences inter-ethniques en Kirghizie.

Dès l’arraisonnement le 31 mai de la flottille pour Gaza, la réaction a été immédiate au CDH, orchestrée comme d’habitude par l’Organisation de la conférence islamique (OCI) et la Ligue arabe. La 14eme session venait à peine de s’ouvrir que le représentant du Pakistan, porte-parole attitré de l’OCI, se précipitait à la tribune, saisissant le prétexte pour faire diversion et reléguer dans l’ombre le carnage de Lahore lors de l’attaque, trois jours plus tôt par des kamikazes, de deux mosquées ahmadites, une communauté non-violente qualifiée d’hérétique par l’islam orthodoxe.

Quant à la tragédie humanitaire en Kirghizie, alors que le bilan des affrontements entre Kirghizes et Ouzbeks s’alourdissaient quotidiennement, il aura fallu attendre l’ultime jour de la session, le 18 juin, pour que le Conseil adopte sans débat une résolution consensuelle présentée par la Kirghizie elle-même, avec le concours des Etats-Unis, demandant au gouvernement kirghize une enquête « transparente » et non « internationale » comme pour Israël début juin.

Sept sessions sur dix consacrées à Israël

Tout empêtré dans son indignation sélective, le CDH a délibérément ignoré le nettoyage ethnique des Ouzbeks en cours en Kirghizie. Une fois de plus, le conflit israélo-arabe aura été l’arbre qui cache la forêt des multiples violations à travers le monde. Le jour même de l’ouverture de la session, le Pakistan pour l’OCI, et le Soudan pour la Ligue arabe, avaient obtenu la convocation sans délai d’une réunion d’urgence sur l’abordage des bateaux des sympathisants du Hamas, la 7ème session spéciale dédiée une fois encore à Israël sur les dix consacrées à un pays spécifique depuis la création du Conseil en 2006. Toute honte bue au lendemain du carnage qui venait d’ensanglanter Lahore, c’est la République islamique du Pakistan qui concoctera la résolution condamnant Israël et demandant la création d’une commission internationale d’enquête sur l’intervention contre la « flottille » .

Après ces nouvelles gesticulations stériles, une 2eme journée était entièrement consacrée à dénoncerIsraël dans le cadre du point 7 de l’ordre du jour sur « la situation des DH en Palestine et dans les autres territoires arabes occupés », si bien qu’Israël est l’unique pays à être ainsi mis régulièrement en accusation. Ainsi a-t-on vu la Libye, la Syrie, l’Iran, le Soudan, la Corée du Nord, le Venezuela, l’OCI et la Ligue arabe se livrer à leur surenchère rituelle, au moment même où la Kirghizie sombrait dans l’horreur. Ce jour-là, le 14 juin, on comptait officiellement déjà 198 tués, 1’500 blessés, 100’000 réfugiés, tandis que la Croix-Rouge avertissait que la crise humanitaire « empirait d’heure en heure ». De son côté, Dilmurad Ishanov, un défenseur ouzbek des droits de l’homme à Och, lançait un cri d’alarme : « Ils sont en train de tuer les Ouzbeks comme des animaux. Presque toute la ville est en flamme. »

« Pogroms d’une violence inouïe »

Obnubilé par le seul Proche-Orient, le Conseil est resté sourd au drame des Ouzbeks de Kirghizie. Pas un mot pour ces victimes de règlements de comptes inter-musulmans et encore moins de session spéciale dans l’urgence pour tenter d’arrêter le massacre. Quand le Conseil a finalement adopté quatre jours plus tard une résolution de pure forme, le déferlement de violence avait poursuivi son œuvre et le nombre de morts avait été multiplié par dix, les estimations officielles faisant état de 2’000 Ouzbeks tués dans de « véritables pogroms d’une violence inouïe » selon l’envoyée spéciale du « Monde ». Dans un pays d’un peu plus de cinq millions d’habitants, un million de personnes ont été affectées par la crise, des centaines de milliers ont été déplacées et 400.000 Ouzbeks ont été poussées à fuir le bain de sang vers l’Ouzbékistan voisin.

Devant tant de « barbarie », personne ne comprend que la communauté internationale ait laissé faire sans réagir, rapportent des journalistes témoins des atrocités. Comme au Sri Lanka l’an dernier, l’ONU et son CDH ont failli, les pays musulmans sont restés muets, la Turquie d’Erdogan ne s’est guère préoccupée de ce conflit sanglant entre deux peuples turcophones qui pratiquent la même religion, l’islam sunnite. La plaie reste ouverte au lendemain de l’approbation par referendum, le 27 juin dernier, d’une nouvelle constitution voulue coûte que coûte par les nouvelles autorités. Victime des récentes violences, la minorité ouzbek n’a pas tardé à remettre en cause la validité de la consultation, et s’interroge sur la capacité de la présidente par intérim, Roza Otounbaeva, à assurer la sécurité et la stabilité du pays.

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